TERRORISME : Peut-on parler d’échec du Renseignement français ?

Je me démarque de cette euphorique compassion aveuglante suscitée par la tristesse des tueries de Paris pour analyser avec plus de rigueur, de sérénité et d’objectivité ce sujet qui touche la sécurité nationale française et mondiale. Pour faire cette analyse, j’ai résisté à toute pression médiatique et à cette forme de propagande outrancière des média français (France24, Rfi, LeMonde, iTélé, BfmTv etc…) qui tentent d’indiquer au monde entier la direction à regarder même dans les réseaux sociaux. Au soir des attaques, l’Etat français a mis en place un dispositif de communication à l’Elysée, au Ministère de l’Intérieur, à la Préfecture de Paris, à la Police et à la Gendarmerie nationales pour donner des consignes aux populations à travers les réseaux sociaux qu’ils ont pris en contrôle. Tous ceux qui ont suivi ces évènements à travers les média français n’ont eu qu’une seule version des faits et risquent d’être victime de manip et d’intox. Il faut être anesthésié de cette forme de propagande française pour mieux appréhender les choses si nous voulons nous approcher de la vérité. Pourquoi les terroristes ciblent toujours la France sur son sol et moins l’Allemagne, la Russie, la Belgique ou l’Angleterre plus arabisée que le pays d’Hollande ? Il ne faut pas qu’on se leurre, tous les exclus de la société française vont se rebeller en rejoignant les organisations islamiques terroristes ou en créant une délinquance urbaine dans les rues de Paris. La société française exclut ses propres fils d’origine étrangère. Les français d’origine africaine, arabe, maghrébine etc… marginalisés vont se faire entendre de la pire des manières. Hollande a raison de dire que la France est en guerre. Elle est en guerre contre elle-même. La France en guerre contre la France, contre ses propres fils. En Syrie, le Gouvernement français a armé les rebelles du front Al-Nosra pour combattre Asad, en Irak il lâche ses bombes dans les villes occupées par l’Etat islamique (Ei). La réplique de l’Ei c’est d’armer elle aussi des français exclus de la société française pour mener la guerre sur le sol français. Dans ce qui suit, nous resterons sur le terrain purement technique et professionnel pour essayer de comprendre les modes opératoires des assaillants qui ont réussi ce grand coup en plein cœur de Paris, une ville où on ne peut pas circuler 100 mètres sans croiser des agents de sécurité « Vigipirate » fortement armés.
L’ALERTE
Les agents de renseignement ne sont pas des dieux. Ils n’ont aucun don de voyance. Ils s’appuient sur des faits concrets pour en tirer des conclusions mises à la disposition de l’autorité. Mais ils ne sont pas toujours écoutés et leurs recommandations sont, des fois, classées sans suite dans des tiroirs pour des raisons purement politiques ou personnelles. Les Services chargés du renseignement n’ont pas le pouvoir de décision, ils aident l’autorité à prendre une décision, la bonne décision. Si l’autorité, pour des raisons politiques ou personnelles n’anticipe pas en prenant la bonne décision, elle sera responsable de tout ce qui arrivera. Les derniers attentats de Paris n’ont pas surpris la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (Dcri) de Paris. Plusieurs faits le confirment.
Le premier fait c’est qu’après l’attaque de « Charlie Hebdo », un responsable religieux d’AQPA, Harath Al-Nazari, s’était félicité de l’attaque « tout en mettant en garde la France si elle continue sa guerre contre les musulmans » en Irak et en Syrie. Cette mise en garde était très sérieuse et les services de renseignement français y ont travaillé. En outre, ce samedi 13 novembre 2015, dans un communiqué, l’Etat islamique a encore proféré les mêmes menaces contre la France. « La France et ceux qui suivent sa voix doivent savoir qu’ils restent les principales cibles de l’Etat islamique » lit-on sur le communiqué repris par la presse. Les terroristes peuvent-ils être plus précis dans leurs menaces et mises en garde ? Ces propos ont été bien pris au sérieux par les services de renseignement français. Mais qu’en est-il des autorités politiques ?
Plusieurs centaines de jihadistes français sont mis sous surveillance par les services de renseignements. Ils sont filés dans leur moindre déplacement sur le territoire français et en dehors. Leurs communications téléphoniques, leurs activités sur les réseaux sociaux sont épiées par les grandes oreilles du renseignement technique. Ceux qui sont rentrés de la Syrie, de l’Irak ou du Yémen sont également identifiés et traqués par les services de sécurité. Mais cette fois-ci, les opérations ont été dirigées par des individus inconnus des services de renseignement. Ils se sont bien entrainés aux techniques d’opération militaires de courte durée dans une ville qu’ils connaissent comme leur chambre à coucher et avec des moyens très limités.
Les Services de renseignement français avaient reçu l’alerte plusieurs semaines avant. Ils ont déployé d’importants moyens pour surveiller les potentiels suspects qui malheureusement n’ont pas été impliqués cette fois-ci. Les services de sécurité savaient que des attaques se préparaient à Paris. « Quand ? », « Par qui ? » et « Où » ? Voici les questions qui sont restées sans réponse jusqu’à cette nuit du vendredi 13 novembre 2015 après ces attaques qui ont coûté la vie à plus de 120 personnes.
Le second fait c’est ce message qu’un certain « cobra-sa-76 » a lancé dans les réseaux sociaux le 05 novembre 2015. Dans son alerte sur tweeter, il écrivait : « Lisez bien ceci est très grave. Bonjour à tous. D’ici quelques jours, il y aura des attentats un peu partout dans Paris. Dans des endroits différents. Protégez-vous. Ceci n’est pas une blague. Il y aura énormément de mort. Probablement plus de 100. Des explosions, des grenades, des kamikazes. Des mouvements de foule. Nous pouvons déjà lancer le hastag#prayforparis. Courage. ». Ce message ne pouvait pas échapper aux services de la police qui exploitent les données informatiques par des mots clés lanceurs d’alerte sur le Net. Qui est « cobra-sa-76 » auteur de cette alerte ? Il ne saurait être un terroriste car l’arme des terroristes est la surprise. Donc pas d’alerte. Or l’auteur de ce message invite les gens à se protéger parce qu’il écrit : « ceci n’est pas une blague ». « Cobra-sa-76 » peut bien être un agent des services renseignements outré par l’inertie des autorités politiques malgré les nombreuses notes d’alerte. Il a peut être pris l’engagement de violer le secret professionnel pour sauver des vies. Les autorités françaises ne pouvaient pas ignorer ce projet d’attentat. Un dispositif impressionnant est mis en place en France avec un système d’alerte à la portée des populations. Tout citoyen qui détenait des renseignements sur ce projet d’attentat allait, sans hésiter, aviser le poste de police le plus proche. « Cobra-sa-76 » n’est pas un amateur, c’est un agent avisé. Cette faille pose à nouveau les difficultés que rencontrent les agents de renseignement qui ne sont pas toujours écoutés par les autorités politiques. Et dans presque tous les cas, l’irréparable s’est produit.
Le troisième fait c’est le projet d’attentat déjoué par les services de sécurité. Ce 10 novembre 2015 Bernard Caseneuve, ministre de l’Intérieur de la France, avait confirmé l’arrestation par la Direction générale de la Sécurité Intérieure le 29 octobre 2015 d’un individu qui projetait une action violente à l’encontre des militaires de la marine nationale de Toulon. Grâce à leurs moyens techniques, les services de renseignement avaient placé cet individu sous surveillance et 370 autres personnes ont été interpelées pour les mêmes raisons lit-on dans un communiqué du Ministère de l’Intérieur. Les services français arrivent à mettre hors d’état de nuire des jihadistes mis sous contrôle.
Désormais, ce sont les cellules dormantes hors de contrôle des services de renseignement qui réussiront des actions d’envergure.
L’OPERATIONNEL
La France, emploie environ 16.000 personnes dont 4000 hommes spécifiquement pour le renseignement militaire et dispose d’un budget d’environ 524 milliards de FCFA par an. Avec moins de 1.000 euros, ces jeunes sont arrivés à frapper l’une des puissances nucléaires mondiales faisant près de 129 morts et plus de 352 blessés. Comment cela est-il possible dans un pays où tous les services de sécurité sont en alerte maximum ? Comment ces jeunes sont-ils arrivés à traverser l’une des villes les plus sécurisées au monde pour entrer dans la salle du Bataclan, dans les restaurants et au Stade de France où était le président de la République ? L’attaque du Bataclan semble être de la diversion. Voudraient-ils disperser les forces déployées pour la sécurité présidentielle au niveau du stade ? L’opération laisse penser que les terroristes avaient un projet d’attentat contre la personne du président Hollande. Ils ont bien préparé leur opération. Les jeunes seraient arrivés sur les lieux à bord d’une voiture noire. Ils étaient lourdement armés et avaient réussi à passer dans les mailles des filets de la police préoccupée par la sécurité du président Hollande dans le stade. Nous avons vu des actions bien réfléchies coordonnées par des professionnels de la violence bien formés aux techniques d’attaques. Selon les enquêteurs, l’un deux était parmi les jeunes migrants qui ont séjourné en Grèce. Aidés par des éclaireurs, les terroristes sont entrés dans les sites sans réveiller de soupçons. Les services de police surveillent certains assaillants mais d’autres sont inconnus dans le fichier des groupes terroristes. Et ce sont ces derniers qui ont été placés pour l’exécution de cette opération. Selon certaines informations, une partie de ce commando viendrait de la Belgique, de la Grèce, de la Turquie et de la Syrie. Le succès qu’a connu cette opération laisse penser que les jihadistes ont changé de mode opératoire parce qu’ils savent maintenant qu’ils sont sous surveillance. La nouvelle stratégie c’est de former des agents inconnus des services de renseignement pour leur confier la mission. Sans aucun doute, d’autres attaques auront lieu en terre française, tous les membres du commando n’ayant pas encore quitté la France. Seules 8 personnes ont été dénombrées mais il en reste encore dans les quartiers parisiens. C’est évident. En Europe, grâce aux données biométriques, les services renseignements arrivent dans un court délai à identifier toutes les personnes impliquées dans des actes criminels. Il suffit aux enquêteurs de faire des prélèvements sur les restes des corps des kamikazes et les envoyer à la police scientifique des pays de l’Union européenne pour les identifier. Lorsque les prélèvements sont envoyés par les enquêteurs français, les services grecs et belges ont levé un coin du voile sur l’identité des terroristes. C’est toute l’importance de la coopération dans le domaine du renseignement inter Etat.
Les analystes du renseignement oublient que les terroristes visent les symboles. Par prudence, jusqu’à nouvel ordre, les rassemblements publics doivent être interdits. Dans ce contexte, le championnat d’Europe de football 2016 est devenu un rendez-vous sportif à haut risque sur le plan sécuritaire. 1500 militaires circulent dans les rues de Paris depuis vendredi soir. Cette image suscite la peur et terrorise tous les esprits. C’est le but recherché par les terroristes. C’est-à-dire qu’on sente leur présence là où ils sont absents. Ce dispositif policier n’a qu’une force dissuasive surtout lorsqu’on sait que ces criminels n’apparaissent jamais là où ils sont attendus. Ils ont changé de tactique et d’approche. Ils ne portent plus de masque comme avant. Si les services de sécurité traquaient les porteurs de burqa, ils ont été trompés. Ces jeunes français (es) ne portaient plus de burqa. Ce sont des individus normaux parlant un français sans accent, qui s’habille correctement comme n’importe quel jeune français de la France. Le danger n’est pas dans la burqa ou le turban.
En dépit des nombreux moyens techniques dont disposent les services de sécurité, le commando a su tromper leur vigilance. Les terroristes ont abandonné les outils technologiques dans les préparatifs de leurs opérations militaires. Ils adoptent les méthodes classiques et anciennes de communication c’est-à-dire le « tête à tête » ou « ta bouche mon oreille ». Désormais, chez les jihadistes, l’information stratégique ou opérationnelle est transmise de bouche à oreille pour contourner les services de renseignement techniques. Car jusque-là, aucune trace de mail, de sms ou de communication téléphonique n’a été découverte. Ces assaillants savent qu’ils sont mis sous surveillance et que les services de renseignement ont les moyens de prendre en contrôle tous leurs outils informatiques pour surveiller ou intercepter leurs communications. L’Internet sert à la propagande mais lorsqu’il s’agit de passer aux méthodes opérationnelles, ils changent de procédé en utilisant d’autres moyens plus directs et dans des circuits courts.
Les terroristes vont continuer à opérer par surprise. Leurs assauts auront lieu dans des endroits où ils sont attendus le moins. Les policiers ne peuvent pas être partout et à tout moment. La présence policière dissuasive dans les rues parisiennes entraine des dépenses supplémentaires car ce sont des heures supplémentaires qu’il faudra rembourser aux agents. Il n’existe pas de sécurité absolue. La France doit changer de stratégie de lutte contre le terrorisme en opérant d’abord des changements dans sa politique étrangère. Le renseignement est la première arme dans cette guerre déclarée mais faudrait-il que tous les citoyens s’en mêlent et qu’ils soient sensibilisés. Le renseignement n’est plus l’apanage des policiers et des gendarmes. Chaque citoyen doit se mettre au service de la sécurité nationale. Les terroristes ne sont pas tombés du ciel. Ils vivent parmi nous et fréquentent les mêmes endroits que nous. Ce commando ne peut pas circuler dans Paris avec des armes de pointe sans une complicité locale. Il faut donc créer une culture de la collaboration entre le Citoyen et sa Police.
Aujourd’hui tous les Etats sont sous la menace, les Usa, la France et leurs alliés africains. L’Etat islamique vient de frapper la France, il faut s’attendre à des attaques de Boko Haram les jours qui viennent dans un pays de l’Afrique de l’Ouest. Ils se passent le mot.
Mamadou Mouth BANE
Journaliste Chercheur en Terrorisme et Renseignement




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