Sénégal : à quoi joue Ousmane Tanor Dieng ?

Il avait promis qu’il partirait, mais il est toujours là, inamovible dinosaure. Le secrétaire général du Parti socialiste soutiendra-t-il Macky Sall à la prochaine élection ? Laissera-t-il la jeune garde émerger ? L’intéressé continue d’entretenir le mystère. Quitte à faire tanguer le parti.

« Si notre secrétaire général national ne veut pas du retour du parti au pouvoir, nous, les militants, le ferons par nous-mêmes. » Pour Modou Ndiaye, un cadre du Parti socialiste (PS), l’heure de la fronde a sonné. Fin novembre, au lendemain de l’université d’été du parti fondé jadis par Senghor, il publiait une lettre ouverte au vitriol contre Ousmane Tanor Dieng, accusé d’être « un pion du président Macky Sall », tout en glorifiant « le futur sauveur [du] parti » en la personne de Khalifa Sall, le maire de Dakar. Ambiance.

Après quatre années de compagnonnage avec Macky Sall, le PS sénégalais existe-t-il toujours ? Pour nombre de responsables et de militants, les orientations fixées par son inamovible secrétaire général, qui tient les rênes depuis 1996, l’ont progressivement dissous dans Benno Bokk Yakaar (BBY), la coalition présidentielle, au point de le transformer en un modeste porteur d’eau du chef de l’État. « Il est temps de faire le bilan de ce compagnonnage, estime un élu socialiste. Nous aurions dû négocier une plateforme de gouvernement avant de nous engager à soutenir la politique du président. »

Le PS en perte d’influence ?

Avec 20 députés sur 150, deux portefeuilles ministériels (l’Élevage et l’Éducation nationale) et une poignée de présidents de conseils d’administration, le PS a-t-il bradé son allégeance à Macky ? « L’alliance ne s’est pas faite au détriment du PS », conteste Cheikh Seck, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Selon cet élu loyaliste, « si le PS est parvenu à ce niveau de responsabilité, c’est parce qu’Ousmane Tanor Dieng a su jouer le rôle qu’il fallait ». Et de rappeler qu’en 2012 l’actuel chef de l’État avait repris dans sa feuille de route une partie des conclusions des assises nationales, dont le PS avait été l’un des principaux initiateurs.

Pourtant, dans les rangs de l’ancien parti unique, qui a dominé la vie politique sénégalaise pendant quarante ans, les avis sont partagés. Si le PS, qui revendique 400 000 militants, dispose toujours d’une force de frappe qui en fait un mouvement de premier plan, quelques chiffres suffisent à illustrer sa perte d’influence. En 2000, Abdou Diouf était arrivé en tête du premier tour de la présidentielle. Sept ans plus tard, Ousmane Tanor Dieng s’était classé troisième. En 2012, il n’était plus que quatrième. Après avoir appelé ses troupes à reporter leurs suffrages sur Macky Sall, il avait choisi d’engager le PS dans BBY, devenant un coéquipier loyal du président fraîchement élu. Une décision qui n’a pas fait l’unanimité parmi ses troupes.

« Khalifa Sall considérait que cette coalition avait pour but de faire élire le candidat le mieux placé face à Abdoulaye Wade, mais qu’ensuite chaque parti devait s’en retourner à ses propres affaires », témoigne un proche du maire de Dakar. « Nous aurions dû nous réorganiser afin de repartir à l’assaut du pouvoir en 2017 », ajoute la députée Aïssata Tall Sall, maire de Podor, qui qualifie de « fraîches » ses relations avec Tanor, qu’elle a défié en 2014 afin de lui ravir, sans succès, la direction du parti.

Le PS aura un candidat, la question étant de savoir s’il proviendra de ses rangs ou d’un autre parti, commente Cheikh Seck
Dans l’entourage du secrétaire général, on minimise le débat interne, parfois musclé, entre partisans de l’émancipation et défenseurs de la coalition. Depuis quelques mois, celui-ci se cristallise autour de la conduite à tenir lors de la prochaine présidentielle. Pour les uns, le PS ne saurait s’abstenir de présenter son propre candidat. Pour les autres, comme Cheikh Seck, « le PS aura un candidat, la question étant de savoir s’il proviendra de ses rangs ou d’un autre parti ». En d’autres termes, la perspective de soutenir la réélection du président sortant n’est pas exclue.

« Macky Sall ne peut aucunement être le candidat du PS parce qu’il n’est pas un militant socialiste », estime le député Barthélémy Dias, maire de Mermoz-Sacré-Cœur, qui renvoie Ousmane Tanor Dieng à ses propres déclarations, selon lesquelles « le rôle d’une formation politique, c’est de reconquérir le pouvoir ». Aïssata Tall Sall, qui ne cache pas son ambition de briguer la candidature socialiste lors d’une primaire qu’elle appelle de ses vœux, est sur la même longueur d’onde. À la tête du parti, on fait pourtant valoir que cette question ne saurait être tranchée en l’absence d’un calendrier électoral clair. Or, depuis mars 2012, Macky Sall laisse planer le doute. Annoncé pour mai 2016, le référendum censé entériner la réduction de sept à cinq ans de son mandat présidentiel n’a toujours pas été confirmé.

Dans les instances dirigeantes du PS, on semble s’accommoder de cette incertitude. « Qui connaît la date de la prochaine présidentielle ? » interroge Cheikh Seck, sous-entendant que son parti ne tranchera pas la question d’une candidature autonome s’il ignore le calendrier du scrutin. Une position défendue depuis plusieurs mois par Abdoulaye Vilane, le porte-parole du PS, selon qui le parti « se prononcera en temps voulu, une fois connue la date de l’élection ». Dans l’entourage d’Ousmane Tanor Dieng (qui n’a pas donné suite à nos sollicitations, malgré plusieurs relances), on fait savoir qu’on est « dans une coalition qui travaille » et que « le temps de la politique viendra plus tard ». Macky et Tanor sont donc en phase sur ce point : rien ne presse. Une lenteur qui aiguise la suspicion.

Le rôle de Tanor

Ousmane Tanor Dieng a deux visages. En interne, on lui reconnaît le mérite d’être un homme d’appareil rodé, qui règne sans partage sur les instances du parti et qui a su se maintenir au sommet durant près de vingt ans, tenant la barre pendant la traversée du désert lors des années Wade, quand nombre de cadres socialistes influents choisissaient de transhumer. Mais, sur la scène politique nationale, la froideur apparente et le manque de charisme de ce « techno » n’ont jamais vraiment séduit les électeurs, cantonnant le parti le mieux structuré du pays aux seconds rôles.

En 2009, son mariage avec l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse et divers mouvements progressistes au sein de la coalition Benno Siggil Sénégal avait présagé une possible résurrection. Les élections locales furent un succès, le PS réussissant même l’exploit d’arracher au Parti démocratique sénégalais (PDS), alors au pouvoir, la mairie de la capitale. Mais, trois ans plus tard, Niasse et Tanor ne parvenaient pas à s’entendre sur une candidature présidentielle commune, laissant filer leurs chances de conquérir un jour la présidence. « Nous n’avons pas su incarner le noyau dur de l’opposition, analyse Aïssata Tall Sall. Le PS s’est dilué dans Benno Siggil, laissant la mangue tomber dans le panier de Macky Sall. »

Cette défaite douloureuse aurait dû marquer la fin de l’ère Tanor. En janvier 2012, ce dernier n’avait-il pas livré à Jeune Afrique une double promesse ? « Quoi qu’il arrive le 26 février, ce sera ma dernière candidature. […] Que je perde ou que je sois élu, je laisserai la place [à la tête du PS]. » Et de citer, parmi ses camarades à même d’incarner l’avenir, Aïssata Tall Sall et Khalifa Sall. Mais, en 2014, Tanor allait rempiler à la faveur d’une primaire contestée où il aura obtenu le retrait de son unique challenger, Aïssata Tall Sall. Désormais, certains de ses fidèles claironnent, à l’instar de Cheikh Seck, qu’il serait un bon candidat pour la présidentielle en 2017 ou en 2019. Indéboulonnable, Tanor ?

Dans l’entourage de Khalifa Sall également, on ne fait pas mystère de la distance qui s’est instaurée entre ce militant dévoué et son chef
Depuis plusieurs mois, à mots plus ou moins couverts, des cadres socialistes expriment leur défiance. Pour lui avoir rappelé, au lendemain du scrutin de 2012, sa promesse de passer la main, le jeune Malick Noël Seck s’est retrouvé éjecté sans ménagement. Aujourd’hui, la contestation anti-Tanor a pour fer de lance Aïssata Tall Sall, qui boycotte ouvertement les instances dirigeantes. Dans l’entourage de Khalifa Sall également, on ne fait pas mystère de la distance qui s’est instaurée entre ce militant dévoué et son chef. Selon ses proches, Khalifa a été progressivement marginalisé au cours des derniers mois : « On l’écarte de certaines réunions. » Et l’on présume que Tanor pourrait bien le lâcher pour Macky, malgré les ambitions de l’édile – dont la popularité semble faire de l’ombre à son mentor – de ressusciter le PS à la prochaine présidentielle.

Que cherche Tanor ? Même en privé, ses détracteurs butent sur cette interrogation. Si le PS n’est plus aujourd’hui dans l’opposition, il n’est pas non plus réellement au pouvoir. Peut-il se satisfaire de cet entre-deux ? Depuis plusieurs mois, au Sénégal et dans la diaspora, on a vu fleurir des comités de soutien à la candidature de Khalifa Sall, considéré par beaucoup d’observateurs comme un challenger crédible face à Macky Sall. Officiellement, selon une proche du maire, il s’agirait d’initiatives spontanées mais, parmi les pro-Tanor, on ne cache pas son agacement. « S’il veut être candidat, il n’a qu’à le dire, et qu’il arrête ces gens qui se réclament de lui et qui sont en train de mener des attaques contre le secrétaire général, contribuant à la déstabilisation du parti », tonne Cheikh Seck.

En coulisses, certains ténors n’en font pas mystère : si Tanor s’acharne à verrouiller le PS en dissuadant la génération suivante de tenter sa chance, un clash n’est pas à exclure. Pour l’intéressé, un tel scénario ne serait pas une première. En 1996, sa désignation comme dauphin par Abdou Diouf, au terme d’un « congrès sans débat », avait incité des cadres importants à faire leurs valises. Djibo Leyti Kâ s’en était allé fonder l’Union pour le renouveau démocratique (URD), et Moustapha Niasse, l’AFP. Une nouvelle hémorragie est-elle à craindre ? S’ils ne le confient qu’en privé, les principaux dauphins de Tanor ont les ailerons dans les starting-blocks.

KHALIFA SALL, ET SI C’ÉTAIT LUI ?

Si Macky Sall trouve un véritable challenger sur sa route en 2017 (ou en 2019), ça ne pourra être que lui. Abdoulaye Wade n’a plus l’âge des joutes électorales, son fils Karim est incarcéré jusqu’en 2019, Idrissa Seck apparaît plus effacé que jamais, et Moustapha Niasse a scellé une alliance inconditionnelle avec le président sortant… Quant à Ousmane Tanor Dieng, il ne saurait raisonnablement défier un allié de quatre ans.

Tout le monde, au Sénégal, le voit candidat, jusqu’à la présidence. Pourtant, l’intéressé n’a jamais confirmé cette intention ailleurs qu’en privé. Selon divers cadres socialistes, et une poignée de proches, il fourbit ses armes depuis 2012. Mais Khalifa Sall a un point faible : une tendance ancienne à l’autodiscipline partisane, doublée d’une réticence face aux antagonismes, qui, en politique, sonne comme un handicap.

Bravera-t-il Tanor au risque d’allumer un incendie au PS ? Défiera-t-il Macky, quitte à se mettre à dos la mouvance présidentielle ? Pour l’heure, Khalifa Sall n’est candidat à rien et laisse le Landerneau sénégalais gloser sur ses intentions. Mais son entourage n’est pas avare de confidences, laissant entendre qu’il est partie prenante d’une entente clandestine anti-Tanor et qu’il sortira du bois le moment venu. Des conjectures que le maire de Dakar, récemment réélu à la tête des Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA), semble prendre un malin plaisir à ne pas commenter. JEUNE AFRIQUE




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