SOCIETE :: Mieux s’habiller que bien manger :: Quand devenir sexy fait oublier les pleurs de l’estomac

Il est de coutume pour les grandes agglomérations, telles que Dakar, d’être le poumon de la mode. En tout genre. D’un endroit à un autre, d’un coin à un autre, la mode évolue à un rythme des plus cadencé. Fort de ce constat, que les Dakaroises, toutes catégories confondues, ont adopté un port vestimentaire qui se veut, et se dit « moderne » et…sexy. Un choix, pourtant pas toujours accessible à tout le monde, selon les bourses et les points de vente. Avec une telle démarche adoptée, il n’est pas rare chez certaines jeunes filles de chercher et de trouver un certain plaisir, préférant mieux s’habiller que bien manger.

Dans la configuration sociale, Dakar est le point de convergence de toutes les communautés venant de toutes les localités du pays et de l’étranger. Un cas de figure divisant la capitale en trois catégories et en trois parties. Le premier lot qui se veut celui de la bourgeoisie est localisé sur les bords de la mer, partant du quartier du Nord Foire, passant par les Almadies, une partie de Yoff et quelques quartiers environnants. Le second lot, ou zone semi-résidentielle, est éparpillé dans plusieurs localités de la capitale. Cependant que Dakar, à travers une troisième catégorisation, reste un véritable poumon de familles à faibles revenus et à faibles moyens. Ces lieux d’habitation, dits quartiers résidentiels, populaires pour certains, bidonvilles pour d’autres, laissent entrevoir de véritables foyers de la mode, qui se veut et se dit moderne et…sexy. En s’appropriant ce nouveau port vestimentaire, il est devenu très rare de trop se soucier du prix. L’important étant de s’habiller au même titre que les autres, ou mieux que les autres. Quel que soit le revenu. Pourtant dans nombre de cas, le constat se voudrait presque unanime. Plusieurs Dakaroises, pour le plaisir d’être sexy, s’habillent mieux qu’elles ne mangent.

Point de convergence : achats riment avec sollicitation et provocation

Ce sont des chiffres d’affaires colossaux que les différents vendeurs spécialisés en habillement réalisent chaque mois, pour ne pas dire chaque semaine, et chaque jour. En effet, Dakar à travers ses coins et recoins est devenu un « gros » marché de vente en habillement. Chacun y trouvant son compte. Mais, pour trouver la qualité et la bonne, certains endroits sont mieux indiqués que bien d’autres. En provenance d’Europe, des États-Unis et d’’ailleurs, les marques pleuvent, comme pleuvent les coupes en tout genre. Jean, robe, pantalon, body, lunettes, chaussures, surtout les bottes en cuir ou en matière de toile et bijoux en or, argent et fantaisies sont proposés aux nombreuses clientes. Loin d’’être excessives, les boutiques spécialisées en vente d’habillement sont retrouvées un peu partout dans les quartiers de Dakar, bien que le centre- ville et le marché des Hlm, soient les points de convergence de nombre de clientes et clients.

« Effectivement, il ne passe un jour sans que nos boutiques ne soient visitées par les clientes. Ce sont plusieurs catégories. Certaines ne discutent pratiquement pas les prix, car elles disposent des moyens. Mais ce n’est pas le cas pour bien d’autres. Parfois, certaines clientes vont jusqu’à te supplier de leur vendre un produit, surtout les jean et les body. D’autres vont jusqu’à te proposer des parties de plaisir. Ce que j’ai toujours refusé, car je me mets à leur place. Je les comprends, car elles n’ont pas de moyens, mais voudraient se faire belles comme leurs camarades, histoire de se faire respecter », raconte un vendeur du marché Hlm.

Dans la même foulée, un de ses collègues ajoutera, « il faut aussi savoir que certaines te jurent sur le Saint Coran qu’au retour, elles marcheront pour regagner leur domicile, parce que ayant mis tout ce qu’elles avaient pour acheter quelques habits sexy ou une paire de chaussures qui est à la mode ». Il poursuit, « si une cliente va jusqu’à te demander de l’eau, et ne refuse pas que tu l’offres à manger, alors qu’elle vient pour acheter, la situation se comprend. Certaines préfèrent s’habiller pour ensuite penser à manger ». Plus loin vers le centre-ville, Mbaye Diop, qui dispose avec ses petits frères, de quatre boutiques vendant des produits de beauté, habillements et autres accessoires se veut catégorique. En effet, défend-il, « moi je suis soumis à toutes formes de provocation de la part de certaines clientes. Parfois, je peux tomber dans ce jeu, parce que quand même je suis un homme. Mais ce que j’ai trouvé bizarre au départ, mais que je suis parvenu à comprendre, c’est le fait qu’une cliente arrive essoufflée. Chose compréhensible. Mais quand tu lui demandes si c’est la fatigue, et qu’elle te réponde, non j’ai plutôt faim, cela veut tout dire. Parce que pour moi avant de penser à autre chose, surtout que de m’habiller, c’est d’abord le ventre ». Pour d’autres vendeurs, au-delà de l’aspect sexy recherché par les filles en général, les hommes n’échappent pas à la règle.

Selon toujours Mbaye Diop, « beaucoup d’hommes qui viennent dans sa boutique ont parfois les mêmes réactions que les filles. La seule différence, c’est qu’ils recherchent à faire de toi un ami. Aussitôt arrivé, surtout quand c’est pratiquement l’heure de manger, ils prendront tout leur temps pour manger et ensuite partir. L’important également pour eux, est de se faire beau, pour épater les filles. Au prix de marcher sur de longues distances, sans d’abord penser à bien manger et à prendre le car. Et des fois, ils te disent, écoute mon gars vend le moi à ce prix c’est tout ce que j’ai. Je n’ai même pas pris le petit-déjeuner pour pouvoir acquérir tel ou tel produit. Alors, il faut simplement comprendre que la vie est dure, et tout le monde veut s’habiller convenablement, pour se faire plaisir et se sentir bien dans sa peau. Au prix de ne pas bien manger ou mieux manger ».

Marketing conquérant de… l’apparence

Au-delà des aspects déjà relatés, outre le plaisir de bien s’habiller et celui d’être sexy, le but se veut également un marketing de l’apparence des plus conquérantes. En effet, au vu de l’évolution ou de dégradation des mœurs, par l’adoption de tenues provocantes, le but est aussi de se faire voir, d’être apprécié et se faire… distinguer du lot. Comme la méthode adoptée en technique commerciale pour écouler un produit ou un service, l’habillement dans une moindre mesure se veut aussi une recette mercantiliste. Bien que l’adage dise que l’habit ne fait pas le moine, une affirmation ignorée de nos jours, chacun y va de son goût par une rime symbiotique des couleurs. Blanc/noir, orange/blanc, bleu/noir, etc., couleur unique ou vivante, c’est selon. Ce choix pour une apparence vivante, se veut un modèle, pour épater plus d’un.

En effet, faut-il aujourd’hui, compte tenu de plusieurs facteurs, entrer dans la danse de la mode provocatrice. Un choix également pour ne pas être regardé derrière le rétroviseur. Vendre et savoir bien vendre, en dévoilant des facettes qui souvent heurtent les sensibilités sociales. Un corps qui se dévoile, moulu dans un tissu transparent, un jean serré taille basse, un « haut » avec une poitrine bombée toute dehors, une certaine partie intime qui se laisse admirer de loin.

La mode, source de vie des temps modernes

Incontestablement, la mode est devenue aujourd’hui un véritable vivier des temps modernes. Au-delà de l’aperçu et de la perception de la mode en général, elle reste une source de gagne-pain pour bon nombre de personnes qui l’adoptent. En effet, le but recherché, entre autres, se veut un choix judicieux par rapport à la poche de son appât. Car, les hommes, dans leur écrasante majorité, préfèrent de loin les filles qui adoptent les tenues sexy. Un méli-mélo, où toutes les couches se valent.

En effet, avec l’accroissement des points de vente et les marchés submergés par l’habillement en tout genre, tout le monde peut se faire belle, et revêtir une tenue sexy au point de se confondre avec les plus grands « jets-setteurs » bien sénégalais… Toutefois, il ne faut pas oublier qu’avec les friperies, tout le monde y trouve sans compte sans grosses dépenses. Le secret est de ne pas être un…complexé.

Abdoulaye Mbow (actunet.sn)



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