SENEGAL : Dialogue ou comédie politique ?

La notion de dialogue politique qui doit en soi être une pratique ou une culture politique est au Sénégal lui-même objet de débats stériles voire de disputes. Ce paradoxe est révélateur d’une grande tare de notre démocratie : ce ne sont pas les idées qui forgent notre destin, mais la duperie, la magie, l’argent et la violence. Le dialogue est à la fois une aptitude intellectuelle et une vertu morale : c’est dès lors évident que dans un univers où la médiocrité et la corruption morale règne, le dialogue ne peut prospérer. Dialoguer c’est avant tout échanger de « raisons » dans les différents sens de cette notion : les politiciens en ont-ils suffisamment ? Dialoguer c’est aussi faire preuve de tolérance, c’est-à-dire de respect de la différence : est-il dès lors possible de dialoguer dans un univers où la courtoisie est vue comme une faiblesse ?

Le destin de l’humanité est largement tributaire de sa faculté à communiquer : la communication n’est pas seulement le gage de notre sociabilité, elle est également la boussole de l’évolution des sociétés humaines. Le biologiste français J. Monod a, dans ce sens, bien cadré le débat sur la centralité du langage lorsqu’il a suggéré dans Le Hasard et la Nécessité que l’évolution de l’espèce humaine a probablement été accélérée par le langage qui est le principal instrument de constitution du patrimoine culturel de l’humanité. Sans le langage, en effet, toutes les innovations seraient évanouies avec la disparition de ceux qui les ont découvertes. Ainsi donc le langage est à la fois le fruit et le moteur de l’évolution ; et il semble que plus le langage est élaboré davantage l’évolution est complexe. Si l’homme et l’animal sont aptes à vivre en société (chacun suivant son modèle) c’est parce qu’ils sont aptes à communiquer : personne ne peut envisager une vie sociale sans le langage. L’humanité gagnerait donc à non seulement peaufiner sans cesse sa faculté à communiquer, mais aussi et surtout, à en faire le fondement et la règle de toutes ses entreprises. Ce que l’homme a de plus que l’animal c’est, entre autres facultés, la parole.

La parole est cet instrument sublime que Dieu nous a conféré après s’en être servi pour créer, selon les religions révélées, les cieux et la terre. Sous ce rapport, le langage est un miracle qui devrait sans cesse occuper notre esprit et nos méditations : si tout le monde savait avec exactitude ce que représente la parole, ce qu’elle symbolise dans notre dignité d’homme, dans notre relation à autrui et dans notre relation à Dieu (pour les croyants qui prient plusieurs fois par jour), si tout le monde mesurait tout ceci à sa juste valeur, tout le monde parlerait de façon extrêmement modérée et rationalisée.

La parole est l’ultime fondement de tout pouvoir et, principalement de celui sur nos semblables : l’autorité des parents sur les enfants commencent à chanceler dès que ces derniers accèdent à un discours plus vrai ou à une maîtrise plus complète du langage ; celle du maître sur ses disciples également disparaît quand le mystère et le charme de l’expression correcte font défaut. La parole est donc sacrée, de surcroît celle de l’autorité politique. Pour elle, la parole constitue un des piliers fondamentaux de son pouvoir ; de sorte qu’une défaillance ou un chancellement de la parole de l’autorité provoque d’une façon ou d’une autre une défaillance et un effritement de l’étendue et de l’effectivité de sa légitimité. Or que dire de la parole des différents protagonistes de ce pseudo dialogue politique ? Ils ont tous failli à leur parole ! Ils sont tous renier leur parole. Au nom de quoi le peuple devrait-il encore leur faire confiance ?

Avec l’émancipation et l’explosion de la communication, les principes saugrenus de raison d’État et de secrets d’État sont caducs. Il ne peut plus y avoir de décisions politiques qui ne soient assujetties au principe de la délibération : toutes les décisions doivent aujourd’hui recevoir l’assentiment de la communauté pour être appliquées. Mais la délibération repose sur des principes et des valeurs, c’est une affaire d’hommes de valeur. L’essence profondément humaine de la culture qu’expriment le partage et la tolérance trouve ici sa justification théorique : être homme c’est parler avec d’autres hommes, échanger avec eux, rechercher le vrai, le bien, le juste, avec eux. Avoir raison (dans tous les sens du terme) c’est l’avoir parmi des hommes à qui on reconnaît la faculté rationnelle et la capacité d’accéder à la vérité ; d’où l’évidence et l’urgence de la communication.

Dans un monde profondément humain et démocratique, rien ne doit échapper à la délibération et c’est seulement celle-ci qui peut constituer un rempart définitif contre l’exclusion et le mépris des minorités. C’est cela le principe fondamental de l’éthique communicationnelle posé par le philosophe allemand J. Habermas : d’abord, toute valeur, toute vérité doivent être soumises à la rigueur de la critique et ensuite, la nécessité de considérer notre interlocuteur comme être rationnel pouvant nous accompagner dans le débat, dans la quête d’un consensus et d’une intercompréhension. Á ce titre la distinction chez Habermas entre l’agir stratégique et l’agir communicationnel est fondamentale : le premier vise essentiellement l’efficacité tandis que le second vise le consensus et l’intercompréhension. Une telle éthique devrait absolument déboucher dans la pratique citoyenne à une tolérance absolue entre citoyens et à un principe de libre communication.

Le problème est qu’aujourd’hui on ne peut plus compter exclusivement sur le principe de la séparation des pouvoirs pour sauvegarder la liberté du citoyen encore moins sur l’action de la presse qui, on le sait, est accusée d’être un quatrième pouvoir. La seule alternative citoyenne face au complot de l’économie de marché et aux manœuvres des hommes politiques c’est la constitution d’un espace public par la communication universelle. Il est donc impératif que les politiciens sachent que le dialogue politique est une notion qui a complètement changé de contenu : vouloir le réduire au radotage stérile entre politiciens relève du mépris du peuple et de la culture de l’exclusion. Ce genre de dialogue n’entre pas en compte dans la définition d’une éthique communicationnelle pour la bonne et simple raison que c’est un dialogue exclusif. Sous ce rapport, il urge de travailler à ce que même les questions fondamentales de politique internationale comme les États-Unis d’Afrique et la question des APE proposés par l’UE soient reprises par les peuples, par les citoyens, sans exclusion. Cependant la question qui mérite d’être posée est de savoir si tout ce système de la délibération permanente et radicale n’est pas piégé ? La grande majorité d’émissions ludiques dans les médias n’est-elle pas symptomatique d’une déviation programmée de l’esprit de la délibération populaire et radicale ?

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès




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