SENEGAL : Déclaration commune sur la mise en place d’un Haut Conseil des Collectivités Territoriales

DECLARATION COMMUNE SUR LA MISE EN PLACE
D’UN HAUT CONSEIL DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES (HCCT) AU SENEGAL

La convocation d’un collège électoral restreint aux seuls élus locaux en vue de l’installation du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT), institué à l’issue du référendum constitutionnel maquillé du 20 mars dernier, offre une illustration caricaturale des abus et manquements répétés dont se sont rendus coupables nos chefs d’Etat successifs.
Tout le monde sait déjà que cette nouvelle institution de la République répond, non pas au souci démocratique de renforcement de la décentralisation et du pouvoir local, ni de rééquilibrage et de séparation des pouvoirs, mais plutôt aux appétits insatiables de la parentèle et de la clientèle politicienne du Parti-Etat en gestation. Par sa composition égale en nombre à celle de l’Assemblée nationale et le mode de désignation discrétionnaire de près de la moitié de ses membres par décret présidentiel (70 sur 150), autant que par le taux de leurs indemnités mensuelles fixé aux deux tiers de celles servies aux députés, sans oublier la superposition avec le Conseil économique, social et environnemental, tout montre que ce HCCT n’est rien d’autre qu’une copie de contrefaçon de l’ancien Sénat… tout aussi inutile mais encore plus budgétivore !

Ce rétablissement déguisé du défunt Sénat, même camouflé sous l’étiquette d’une disposition figurant dans l’Avant- Projet de Constitution de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), est facile à démasquer. Une brève rétrospective y suffit. C’est en 1999 seulement que le Président Abdou Diouf a mis en place le premier Sénat de l’histoire du pays. Son successeur, Abdoulaye Wade, se verra contraint de le dissoudre à la demande pressante tant de l’opinion que des partis membres du Front pour l’Alternance (FAL). Cependant, malgré sa disparition de l’agencement institutionnel à l’occasion du référendum constitutionnel de 2001, c’est le même Président Wade qui n’hésitera pas, au lendemain de son « un coup, KO ! » frauduleux de 2007, à recréer un Sénat, tellement décrié par la suite que sa suppression deviendra une exigence des Assises Nationales, consignée dans la Charte de Gouvernance Démocratique. Si bien qu’au lendemain de la seconde alternance en 2012, le nouveau Président MackySall, cosignataire de cette Charte au même titre que la quasi-totalité des partis membres de sa coalition victorieuse, Bennoo Bokk Yaakaar, n’aura d’autre choix, en dépit de quelques tergiversations initiales, que de respecter l’engagement de supprimer une institution massivement rejetée par l’opinion nationale.

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, après avoir décidé de renier ouvertement toutes ses promesses préélectorales, il rétablit de facto et en catimini, un équivalent de l’ex-Sénat, dont la Présidence serait, semble-t-il, confiée, suprême ironie, au dauphin d’Abdou Diouf à la tête du PS, autre signataire défaillant de ladite Charte !

Quoi qu’il en soit, tout ceci prouve que la manipulation politicienne des institutions de la République par les chefs des trois Partis-Etat qui se sont succédé à la tête du pays, est un jeu à la fois malsain et dangereux, comme en attestent d’ores et déjà les violentes rivalités d’ambitions entre candidats à l’investiture pour un mandat de « Haut Conseiller » au sein de la mouvance présidentielle ou de ce qui en reste…
Toujours est-il que si les professionnels de la politique sont constants dans leurs turpitudes et conséquents dans leur logique alimentaire, il incombe alors aux forces de l’alternative de faire preuve de cohérence en maintenant le cap fixé par les Assises Nationales et la CNRI, abandonné et saboté par son principal bénéficiaire. En pratique, cela signifie qu’aucun patriote et démocrate sincère ne saurait cautionner des manœuvres aussi nuisibles à la cohésion nationale qu’à l’Etat républicain, à la paix civile qu’à la sécurité publique.
C’est pourquoi, les partis signataires de la présente déclaration lancent un appel solennel à l’ensemble de nos concitoyennes et concitoyens, d’abord aux Conseillers communaux et départementaux, à s’abstenir massivement de prendre part à cette mascarade : fausse élection et véritable nomination.

Nous invitons en conséquence tous les élus locaux membres de nos partis respectifs, d’associations et groupes qui récusent l’avènement d’une « monarchie républicaine » rampante à la tête du Sénégal, à ne pas aller voter le 4 septembre 2016 et à expliquer à leurs collègues des Conseils communaux et départementaux pourquoi ils doivent agir de même, dans l’intérêt supérieur de la démocratie, de la République, du peuple et du pays.

Dakar, le 15 Août 2016

Signataires :
- Citoyens pour l’Ethique et la Transparence/Jariñ sama réew
- Parti Demain la République/ Aar li nu bokk
- Les Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité/ PASTEF
- Rassemblement National Démocratique /RND
- Taxaw Temm
- Yoonu Askan Wi/ Mouvement pour l’Autonomie Populaire



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