Psychose généralisée : Macky, on a compris ! (Par Momar Mbaye)

On croirait entendre le président Nicolas Sarkozy dans ses agitions habituelles. Ou encore George Bush, sa campagne antiterroriste et sa fameuse obsession de l’« axe du Mal ». Un mal aux racines profondes, mais que voudrait éradiquer, mains nues, un président Macky Sall qui n’est ni George Bush ni Nicolas Sarkozy.
On a encore poussé le ridicule loin et il faut reconnaître que le président Macky Sall est fort. Fort dans ce qu’on pourrait qualifier de manipulation des masses et de l’opinion et rien que pour cela, il mériterait un second mandat. En termes de suivisme, notre pays fait mieux que la France et les États-Unis où les conséquences de la politique de la peur instaurée par les gouvernements cumulés de Bush et Sarkozy se font encore ressentir aujourd’hui. Dakar, qui a choisi de porter le combat politique de ses bailleurs financiers, sans en dévoiler la contrepartie, devra en assumer les conséquences. Toutes les conséquences.
En effet, sauver les résidents d’un immeuble en flammes n’est pas un jeu. Et ce n’est pas parce qu’on enfile un ridicule costume de soldat du feu qu’on devient subitement un pompier. Notre pays serait-il devenu la caisse de résonance de la France et des États coalisés contre le terrorisme sous sa nouvelle acception occidentale ? Une terre de tolérance, le Sénégal a jusqu’ici accueilli et intégré toutes les sensibilités sociales et religieuses, quelles qu’elles soient, des homosexuels aux mœurs les plus dépravées, aux porteurs de burqa ou tchador les plus radicaux. Mais depuis quelques jours, on assiste à une libération de la parole politique sur un thème sensible, aussi, à une théâtralisation des arrestations d’imams, de femmes voilées, détenus dans des conditions méconnues de tous, en toute violation des droits de la personne humaine.
En téranga sénégalaise, tout le monde était jusqu’ici le bienvenu, tant qu’on ne constitue pas une menace pour la république, pour la paix et la cohésion sociale. Mais on risque fort de dire adieu à ce havre de paix tant envié dans la sous-région, du fait des choix politiques d’un président impopulaire, prêt à instrumentaliser la peur pour cristalliser l’opinion autour de sa personne, pour ensuite enfiler le treillis de sauveur que tout le monde se sentira obligé de remercier. Parce qu’il y aura un avant et un après forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Parce que nos gouvernants ont suffisamment joué avec les étincelles d’un feu devenu un brasier planétaire dont l’ampleur risque de les consumer et les populations avec, de la tête aux pieds telle une détonation émanant d’une burqa enflammée…
Aphones, les avocats et les organisations de défense des droits de l’homme le sont devenus subitement, eux, si prompts à réagir, mais qui ici ne se sont guère préoccupés des conditions de détention des personnes arrêtées, présumées innocentes jusqu’à ce qu’un tribunal les déclare coupables. Mais de quels crime ou délit les poursuit-on, en dehors des accusations, en dehors de la suspicion ? L’apologie du terrorisme ! Voilà le crime des temps nouveaux qui a valu la prison à sursis à l’humoriste Dieudonné en France. Un terme fourre-tout, aussi insensé que l’article 80 sur le délit d’offense au chef de l’État, toujours en vigueur au Sénégal sous Macky Sall. On y est, la politique de la peur. Installer une psychose générale et permanente au sein de la population. Quitte à faire fuir les investisseurs étrangers ? Monopoliser les médias et catalyser les attentions sur un vrai faux débat que l’on a fini d’imposer à une opinion pas très outillée pour faire la différence entre les ratés d’une communication politique assourdissante et aux desseins inavoués, et une problématique réelle que l’on cherche à récupérer pour rebondir politiquement. Ailleurs, la lutte contre le terrorisme a permis de faire réélire un Premier ministre en Espagne, et un président au pays de l’Oncle Sam. Mais le Sénégal n’est ni l’Espagne ni les États unis encore moins la France où un président avait fait de l’arrestation d’imams et de l’interdiction du voile intégral les clés de sa réélection, rejetée par un peuple mûr, qui avait tout compris...
La présence sur le territoire sénégalais, de personnes membres d’organisations estampillées terroristes, n’est pas une découverte comme le prétendent nos gouvernants qui risquent ainsi de réactiver des réseaux dormants. Seraient-ce les terroristes qui menacent la stabilité et l’avenir du Sénégal ou bien l’incompétence notoire d’une élite politique qui fait feu de tout bois y compris l’instrumentalisation de la peur ? En trois ans de gestion, on peine à prendre ses marques, on a usé et abusé des slogans, on a tabassé des députés opposants, on a réprimé des manifestations publiques, on a emprisonné bon nombre de ses opposants politiques et désormais, on veut réduire au silence des imams et des femmes voilées, dont personne ne sait ce qui leur est reproché, concrètement.
À la place du sommet de Dakar sur le terrorisme, le Sénégal et l’Afrique auraient dit leur préférence à un forum sur la création d’emplois, sur les fonds alloués à l’émigration clandestine depuis 2006, sur l’insécurité ambiante, sur les vols et les viols récurrents dans les quartiers de la banlieue de Dakar. Quelle est la proposition du gouvernement devant ces milliers de malades qui préfèrent mourir chez eux en toute dignité plutôt que de se rendre dans les hôpitaux, faute d’argent ? Que dire d’un forum sur la faim et la malnutrition qui minent des milliers de foyers sénégalais de plus en plus pauvres, n’arrivant plus à assurer les trois repas quotidiens, du fait d’une politique gouvernementale inadaptée, qui ne permet pas de créer ni richesses ni emplois, mais exclut les plus faibles du système...
Voir le Sénégal inscrit sur la liste officielle des organisations terroristes reste la dernière des choses dont nous avons besoin, parce que nous n’avons pas, comme la France ou les États-Unis, les moyens de combattre le terrorisme dans son acception générale, ce démon des temps nouveaux qui tue sans raison et trouble le sommeil des pays du Nord. Devrions-nous éviter la provocation, de faire le jeu des organisations terroristes en agissant de la sorte. Les Sénégalais sont une infime minorité, d’ailleurs très marginale, à être adeptes du voile islamique encore moins du voile intégral qui ne mérite pas tout ce tapage médiatique qu’on lui accorde. Devrions-nous aussi, rappeler au président Macky Sall qu’il n’a pas été élu pour s’immiscer dans la foi des uns et des autres. Encore moins pour dire son appréciation d’un mode vestimentaire adopté par une minorité de Sénégalais qui n’ont jamais posé le moindre problème à l’État, si ce n’est le droit de vivre en république laïque du Sénégal, en toute liberté, conformément à leurs croyances tant que cela n’empiète pas sur la sécurité du pays et la concorde nationale.
Mais, à écouter nos gouvernants, on a l’impression qu’un arsenal redoutable a été découvert chez les imams arrêtés, et que ces femmes dissimulées sous le voile intégral seraient prêtes à dérouler sur le sol sénégalais un drame doublement signé Boko Haram-Al Qaida. Jusqu’ici rien n’a été prouvé et la moindre preuve, existerait-elle, ferait la une des médias devenus la caisse de résonance du Palais.
Dans ce contexte d’agitations et de suspicion généralisée où les organes de presse concourent à semer les graines de la peur au sein de la population, il n’est pas difficile de comprendre les motivations inavouées de ces politiques aux discours alarmistes. Non plus il ne faudrait point s’étonner, dans les jours qui viennent, que la découverte d’un « engin explosif » probablement attribué à ces terroristes présumés, fasse le tour des médias. Parce que logiquement, si une bombe n’explosait pas dans les semaines à venir quelque part dans le pays, le président Macky Sall pourrait passer pour un plaisantin aux yeux de l’opinion, et de ce fait, il aurait ameuté les populations pour rien. Et, avec l’inversion de la charge de la preuve, il est à craindre qu’on ne demande à imam Ndao et cie de prouver qu’ils ne sont pas en lien avec des organisations terroristes. Qu’ils ne se sont pas non plus enrichis avec l’argent des pétrojihadistes...
Enfin, le danger qui guette notre pays n’émanerait pas de ces terroristes présumés arrêtés et qui ne sont pas passés aux actes si toutefois ils en avaient l’intention, mais l’effet qu’auront leurs arrestations chez les djihadistes et leurs soutiens à travers le monde, qui rêvaient sans doute d’un prétexte comme celui que leur offre le président de la République, pour venir investir le Sénégal… Macky, on a compris… Et si la République passait aux choses sérieuses ? Maintenant !

Auteur : Momar Mbaye - Seneweb.com



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