Procès Habré : Pleins feux sur le septembre noir de 1984. A défaut de preuves, les témoins veulent qu’on les croît sur parole.

Le procès a repris ce lundi 30 novembre 2015 après une interruption de 5 jours pour défaut de témoins et victimes. Vous avez relevé comme tout le monde le nombre important de suspension d’audience dans ce procès. Vous vous demandez aussi où sont passés les 4.456 personnes qui se seraient constituées partie civile que Jacqueline Moudeina a annoncé lors de l’ouverture du procès le 20 juillet 2015. Evidemment, vous avez aussi relevé qu’on évoque plus maintenant les 40.000 morts et les quelques 200.000 personnes ayant subi des actes de tortures comptabilisées... Sur ces questions cruciales quand ils sont interpellés, Jacqueline Moudeina et sa bande répondent sans gêne : "Ça, c’était pour mousser l’affaire, pour la supercherie.".

Nous l’annoncions dans notre publication d’hier que ces derniers jours les témoignages se suivent et se ressemblent. Une vague de témoins-victimes, essentiellement issus de l’ancienne garde Codos transformés pour la cause, ont défilé à la barre pour narrer des histoires toutes proches et sans aucune preuve comme toujours. Des histoires qui dégagent le Bil Bil ou le Kondorong et qui vous donnent, à force de chercher à saisir quelque chose de semblable à la réalité, des terribles maux de tête. Trois messieurs se sont relayés à la barre ce lundi 30 novembre. Le 1er est un Enseignant, le 2ème est un Agriculteur et le 3ème un employé de la Cotontchad. Voici leur histoire.

L’enseignant explique qu’en juillet et décembre 1984, il a été victime et témoin d’un massacre perpétré par les FAN dans son village au Sud du Tchad. Il raconte que lorsque les soldats de FAN sont arrivés, ils ont d’abord encerclé le village avant que quelques uns y pénètrent pour arrêter près de 70 personnes, exclusivement des hommes et mettre le feu dans les cases. Les autres villageois ont fui pour se réfugier dans la brousse. Les hommes arrêtés ont été ligotés et conduits hors du village, puis couchés au sol, ils ont été mitraillées par 20 soldats et enfin les corps ont été arrosés d’une huile ULV (utilisée pour décaper les moules) et brûlés au feu.

De ce massacre gratuit, il ne reste qu’aujourd’hui que 3 survivants dont le témoin. Ce dernier soutient qu’il a eu la vie sauve parce que la cartouche lui a seulement effleuré la fesse gauche et que tout son corps a été mouillé par le sang de son frère tué, ce qui lui a évité d’être brûlé. Seuls ses cheveux ont pris feu un temps avant qu’il n’enfonce la tête dans le sol mouillé pour l’éteindre. Au départ des soldats, chaque famille s’est chargée de l’enterrement de ses morts dans des fosses communes et puis tout le monde a abandonné le village. Ce massacre se serait produit en juillet 1984. Quant à celui de décembre de la même année, le témoin expliquera que contre toute attente, les FAN sont revenues pour perpétrer une seconde tuerie.

Les Juges, le parquet général et la partie civile poseront des questions pour mieux cerner les deux événements et conforter les dires du témoin. C’est face à la défense assurée par des avocats commis d’office que les incohérences seront relevées. Ainsi, le témoin avouera qu’il n’a pas assisté au second massacre de décembre 1984 car il a été mentionné dans le procès verbal de son audition qu’il avait quitté son village après le premier massacre et n’est revenu qu’en février 1985.

Sur le premier massacre, on apprendra que le village vivait déjà dans la terreur des Codos, contrairement à ce que le témoin a toujours soutenu que son village était paisible et n’avait vu l’ombre des Codos. Pour preuve, un fait divers anodin mais très révélateur qui traduit très bien l’état d’esprit des villageois, a été évoqué par le témoin dans sa déposition mais passé sous silence par les autres parties au procès. C’est l’histoire d’un chasseur d’un village voisin qui a abattu à l’aide d’un fusil de chasse un hibou. Un seul coup de feu tiré dans la nuit à 2 Kms du village a provoqué la fuite de tous les villageois vers la forêt pour y passer la nuit et ne revenir que le lendemain matin. Comment expliquer donc une telle panique pour des gens qui vivaient paisiblement et n’ont jamais entendu des coups de feu ? A cette question, le témoin dira que de temps en temps ils entendaient les tirs provenant de Moïassala et même de Sarh où les Codos ont été délogés par les FAN et ils vivaient dans l’hantise de cette attaque. Or, il se trouve que Moïssala est à 52 Km du village et Sarh à plus de 100 Km. On ne peut pas entendre même un canon à cette distance.

D’autres questions resteront sans réponses, notamment pourquoi les villageois ont enterrées leurs victimes dans des fosses communes ? Ce qui est contraire au rite local. Déroutant quand le témoin affirme qu’il ne se rappelle d’aucune autre identité parmi les 70 victimes. Il informe que lorsqu’il a été affecté comme enseignant dans le BET à partir de septembre 1985, il a dû brûler toutes ses archives et notes qu’il avait consignées dans un cahier. Concernant sa mutation de Sahr au BET, l’avocat lui a demandé de préciser la ville ou localité du BET où il a été affecté. L’enseignant, comprenant où l’avocat est entrain de l’entraîner, fera peser un lourd silence dans la salle avant de lâcher : Faya. Et sans surprise, l’avocat lui rappelle que Faya était sous contrôle l’opposition armée de Goukouni-Acheikh-Djogo soutenue par l’armée libyenne du Colonel Khadafi.

Enfin, l’enseignant estime que c’est une moquerie la mesure punitive prise à l’époque par le gouvernement qui a fait exécuter 2 soldats suite aux dérapages constatés dans la conquête du Sud occupé par les Codos. Il aurait souhaité que 70 militaires soient exécutés même si c’est 20 soldats qui seraient responsables de la tuerie dans son village. Il rend le Président HH responsable car selon lui ces soldats ne pourraient agir sans son feu vert. Les orphelins de son village sont tous devenus des voyous et les filles des pétasses. L’avocat lui précise que le Président Habré était en pèlerinage à la Mecque en ce moment et lui demande s’il connaissait à l’époque un certain Idriss Deby et Brahim Itno, quelles étaient leurs fonctions dans l’administration et leur rôle dans les événements du Sud en 1984 ? J’entendais parler d’eux mais je ne savais pas leurs responsabilités, dira le faux Enseignant.

L’Agriculteur a relaté une histoire toute semblable. Une tuerie dans son village au Sud du Tchad où 25 personnes ont trouvé la mort et 15 autres ont été blessées. L’homme âgé de 26 ans à l’époque des faits explique que les soldats étaient arrivés à 2h du matin alors que tout le village dormait sauf lui qui prenait ses aises à l’entrée du village selon ses propres termes. Le chef du village qui n’est personne d’autre que son propre père sera exécuté en même temps que 24 personnes. Il explique qu’il a eu la vie sauve car les soldats l’ont épargné parce qu’il leur a préparé des poulets et de la viande grillée tôt le matin. Aussi, quand ils sont partis exécuter les personnes arrêtées en dehors du village, il s’est sauvé pour se cacher dans une case et ne ressortira qu’une fois les soldats partis. Et pourtant, il ne participera pas à l’enterrement de son père car ses bras lui faisaient mal à cause du ligotage.

Face aux avocats commis d’office, notre vaillant agriculteur perdra très rapidement son assurance et dira une chose et son contraire, démontant himself son propre histoire macabre. Voilà un agriculteur âgé de 26 ans en 1984, qui n’a jamais été à l’école dans son enfance et sa jeunesse et même plus tard et qui s’exprime presque normalement en français jusqu’à venir témoigner devant la Cour. Comment est ce possible ? Où est ce que vous avez appris la langue française puisque dans votre village il n’y a point d’école et de centre pour grands analphabètes, demande l’avocat ? L’agriculteur répond que c’est en échangeant avec des personnes instruites qu’il est parvenu à s’exprimer en français. Votre français n’est pas celui d’un autodidacte, pourquoi vous ne nous dites pas qui êtes vous réellement ? Le Président de tribunal intervient pour conforter l’identité du témoin. Ensuite, l’agriculteur mélangera les pinceaux dans le type de cultures et les périodes des semences et des récoltes de son village. Tout le monde a compris que nous avons à faire à un homme qui joue un rôle, celui d’un villageois agriculteur. Les avocats doutent de son identité, de sa crédibilité et jugent inutile de continuer à le cuisiner.

L’employé de la Cotontchad explique qu’il a été arrêté en 1983 et emprisonné durant 6 mois avant d’être libéré. Son malheur vient du fait qu’il a utilisé sa voiture 4x4 pour aller faire des achats dans un marché hebdomadaire à Kousseri. Au retour, il avait transporté une dizaine de personnes. Leur voiture a été mitraillée par une patrouille, les 10 personnes ont toutes été tuées et la voiture a pris feu. Seul lui est sorti indemne de ce carnage. Il explique qu’on lui reprochait de convoyer des hommes pour le compte de la rébellion de Kamougué.

La perquisition de sa chambre à Chagoua permettra de retrouver un pistolet 9mm et plusieurs chargeurs. Le gars déclare qu’il avait acquis cet arme au temps du GUNT en 1981. Le Juge voudrait savoir s’il possédait un permis de port d’arme ? Mais le Procureur général intervient et demande à ce qu’il ne soit pas interrogé sur la provenance ni comment il s’en a procuré de cet arme car les Chambres africaines ne sont compétentes que sur la période 82-90. Incroyable ! Et pourtant il utilisait ce pistolet en 1983.

Les Avocats commis d’office s’intéresseront au montage financier qui lui a permis d’acquérir ce véhicule 4x4 pick up et deux motos avec son salaire mensuel net de 35.000 F Cfa. Et aussi à l’utilité de tous ces engins. L’employé expliquera qu’il travaille depuis 1979 et qu’il a acquis le véhicule 4x4 Pick-up d’occasion à 1.200.000 F Cfa en 1981 et plus tard les deux motos. Sachant que la période 79-81 était troublée et les salaires étaient irréguliers, en 2 ans l’employé ne pouvait économiser pour rassembler les 1,2 million de francs Cfa pour acheter ce véhicule 4x4 Pick up en plus des deux autres motos. La provenance de cet argent doit être justifiée ? Je faisais aussi du petit commerce de temps en temps, ajoutera t-il.

Sur la dizaine de personnes qu’il transportait et qui auraient été abattues par une patrouille, aucune précision complémentaire n’a été fournie. Ni sur l’identité des militaires et encore moins sur les passagers de fortune. Ici, l’absence de l’instruction des juges sénégalais au Tchad a encore brillé de mille feux. Il faut croire sur parole maintenant les témoins-victimes ???




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