Procès HABRE : Les Hadjaraï entre manipulations et luttes pour le pouvoir…

Dans le cadre du procès Habré, depuis plusieurs jours, des Tchadiens d’ethnie Hadjaraï se présentent à la barre et parlent de leurs plaintes, exposent des faits vécus ou relatés par des tiers.
Et cet exercice important pour eux, l’a été, aussi pour beaucoup d’autres Tchadiens qui les ont suivis, eux aussi, certains ont vécu les faits, d’autres pas.
Et le sentiment de ceux qui les ont observés, et attentivement écoutés, est de constater que décidément, les mensonges, les approximations, les silences parfois sur des détails importants, les contradictions sont assumés par des personnes qui ont, pleinement, conscience qu’un processus, bien loin du Tchad, a été mis en branle pour leur donner une revanche ou une vengeance selon l’esprit et la coutume tchadienne, avec la collaboration active de l’Etat du Sénégal, bras armé de la France dans ce dossier.
Les problèmes entre Tchadiens sont, eux, restés intacts au Tchad et avec désormais, la nouvelle donne introduite par l’action du Sénégal à travers les CAE, à savoir que chacun désormais attendra son heure de revanche ou de vengeance.
Mais de toutes ces déclarations et récits de la bouche même des plaignants, plusieurs choses ressortent de manière très claire, au sujet de la place occupée par les Hadjaraï au sein du régime du Président Habré.
Ils ont occupé des postes très importants, prestigieux ; Ministre des Affaires Etrangères, dans le gouvernement, Secrétaire d’Etat, des postes de Directeurs généraux d’importantes sociétés nationales, ils ont été nommés à des postes d’ambassadeurs, ils étaient aussi dans l’administration territoriale comme Préfets, dans le Parti UNIR, occupaient aussi une place de choix, dans l’administration centrale, dans l’armée au sein de laquelle, ils étaient responsabilisés. De même, dans le secteur privé, ceux qui étaient des opérateurs économiques se voyaient octroyer des marchés de l’Etat etc.
Autrement dit, cette participation des Hadjarai à la gestion de la chose publique, leur présence dans tous les rouages de la machine économique, politique, militaire, diplomatique et administrative du pays est la résultante de la politique du Président Habré qu’on découvre comme une politique de rassemblement, de partage, de cogestion concertée de leur pays entre Tchadiens. Autrement dit, une politique qui s’éloigne des pratiques tribalistes, claniques, discriminatoires, ethnicistes.
D’ailleurs, le fait est important pour être souligné, aucun des plaignants n’a parlé de pratiques de discrimination, de maltraitance, de frustrations au sein de leur communauté pouvant justifier- en l’absence d’un traitement politique d’éventuelles revendications- le recours à une lutte armée comme solution à la résolution de problèmes soulevés.
Ainsi, tout le monde a été témoin de l’histoire racontée d’une insurrection militaire organisée sans réelle cause, si ce n’est le refus de la mort d’Idriss Miskine, qu’on peine 31 ans, après les faits, a explicité autrement, si ce n’est
par des rumeurs et des accusations gratuites.

Le "Chef" de cette communauté Hadjaraï au sein du pouvoir du Président Habré était M Idriss Miskine. Il travaillait au sein de la STEE( Société tchadienne d’Eau et d ’Electricité), en 1978, lors des Accords de Khartoum avec le Général Malloum, Hissein Habré devient Premier Ministre, il s’installe dans la capitale. Idriss Miskine comme beaucoup d’autres Tchadiens le rejoignent et adhèrent aux FAN. De là, date sa collaboration avec le Président Habré, elle se poursuivra dans la confiance mutuelle, ils partageront tous les moments durs de la lutte contre l’armée libyenne et ses 10 groupes politico militaires supplétifs mais aussi la victoire finale sur la Libye.
Idriss Miskine a démontré sa force de caractère et sa loyauté en refusant de se prêter à la trahison sur instigations libyennes et françaises. Approché par ces pays, il ne gardera pas pour lui ces initiatives pernicieuses, il en informera le Président Habré qui, à son tour, décida d’accord avec lui, d’en informer le peuple tchadien officiellement. Le Conseiller aux Affaires Africaines, Guy Penne, sera mis à nu et par cette dénonciation officielle, l’image d’Idriss Miskine s’en est ressortit, grandie au sein de l’opinion nationale. La tentative de déstabilisation conduite par les Français et les Libyens venait de buter sur la fidélité d’Idriss Miskine .
Quoi d’étonnant que les manœuvres aient été redirigées vers d’autres petits chefs au sein de cette communauté Hadjaraï, jaloux, quelque part, de cette présence imposante d’Idriss Miskine en leur sein et de la difficulté pour certains d’émerger. Sans compter que, si de manière globale, on parle d’ethnie Hadjaraï, les sous groupes ethniques au sein de cette ethnie rivalisent en termes de poids politique, en termes de représentation dans l’armée etc. L’accession au pouvoir et la participation à la gestion de l’Etat ont fait naître des ambitions au sein de cette ethnie, de la part des autres petits chefs, et si l’on peut dire, celles-ci vont croiser les manœuvres incessantes de la France et de la Libye déployées en permanence dans la recherche d’un successeur au Président Habré.
La mort brutale d’Idriss Miskine d’un neuro palu va être l’élément de manipulation attendu par les Français et les Libyens, les autres petits chefs de la communauté Hadjaraï vont l’utiliser à fonds pour manipuler une partie de leur communauté.
Idriss Miskine n’avait aucun problème avec le Président Habré, et aujourd’hui, 31 ans après sa mort, aucun élément n’a pu être apporté pour poser l’existence d’un quelconque différent entre eux. Idriss Miskine n’avait aucun projet de renversement ou de Coup d’Etat contre le Président Habré. Il n’avait aucune raison objective de le faire. Bien au contraire, sa loyauté réaffirmée, a permis au peuple tchadien et au régime de savoir que les Français et les Libyens continuaient à chercher les moyens pour renverser le régime. Aussi, devant leur échec dans la recherche d’une trahison d’Idriss Miskine, ces pays se sont retournés vers les autres petits chefs de cette communauté.
Il est intéressant de souligner les propos tenus par le fils d’un des cerveaux de l’insurrection d’une partie des Hadjaraï, M Mahamat Nour Dadji devant la barre : "Les Hadjaraï étaient 50% des effectifs des FANT, je dis bien 50%." Ces propos sont très intéressants car ils appartiennent au registre de la manipulation. Au delà, du fait que cette affirmation est totalement fausse qu’importe ! L’essentiel pour ceux qui la propagent est de créer un sentiment de puissance dans la tête de ceux qu’on veut utiliser et de faire croire en l’existence d’une force capable de renverser le régime en place.
Ce genre de discours a permis d’encourager les gens à l’insurrection. Ceux qui diffusent et construisent cette manipulation c’est-à-dire les réseaux français, libyens et leurs sous traitants locaux ne se préoccupent pas de savoir si l’insurrection qu’ils ont encouragé, va réussir. Ce qui est, avant tout recherché, c’est la déstabilisation, c’est la division des tchadiens, c’est affaiblir un régime qui commence à peine à s’installer, et qui sort d’une longue et terrible guerre qui a crée beaucoup de traumatismes, de souffrances, tant de Tchadiens ayant perdu la vie dans la guerre contre la Libye. C’est aussi créer les conditions pour empêcher ce pouvoir de se consolider par l’installation d’un régime nationaliste fort. Et on le verra bien, car après l’échec de la manipulation des Hadjaraï va succéder, la manipulation des Zaghawa menée, organisée et conduite de bout en bout par, encore et toujours les français et leurs acolytes libyens agissant contre les intérêts des populations tchadiennes.
Ce qu’il faut dire pour compléter la question de cette insurrection d’une partie des Hadjaraï, c’est que l’un de ses leaders M Maldom Abbas qui menait les offensives militaires contre le pouvoir de Habré, sera arrêté au Soudan, mis en prison pour activités militaires sur le territoire soudanais. Lorsque la France et la Libye montent une armée clé en mains au Soudan pour Idriss Deby, la Libye demande au Soudan, désormais partie prenante à la guerre pour renverser le régime du Président HH, de libérer Maldom Abbas afin qu’il y ait une composante Hadjaraï dans la formation d’une coalition hétéroclite pour renverser le régime Habré.
Idriss DEBY s’installe au pouvoir le 1 décembre 1990. Et à peine, un an après, le 1 octobre 1991, Il accusera Maldom Abbas de fomenter un coup d’Etat. Des affrontements terribles opposeront les deux camps. Maldom Abbas sera arrêté, mis en prison. Une terrible purge sera faite. Soulignons, le silence total des Hadjaraï qui sont venus devant les CAE, parler de leurs histoires sans évoquer la suite des événements qui se sont déroulés avec Idriss DEBY. Maldom Abbas sera libéré après que les forces armées aient été expurgées de la majorité des Hadjaraï . Une fois libéré, il tombera malade et décèdera des suites d’une courte maladie.
Des membres de cette communauté accuseront Idriss Deby de l’avoir empoisonné, mais la France et la Libye fermeront d’une part, les yeux sur les liquidations, sur la purge mais aussi d’autre part, boucheront leurs oreilles sur leurs accusations contre Idriss Deby. Plus, la France et la Libye donneront les moyens à DEBY d’écraser totalement toute velléité d’insurrection au sein des Hadjaraï qui l’ont aidé à renverser le Président Habré.
C’est ainsi donc, qu’une partie des Hadjaraï impliqués dans ces événements se sont retrouvés sans hommes dans l’armée, sans argent, sans logistique, sans équipement militaire, sans aucun soutien politique, diplomatique, médiatique de la part de la France et de la Libye, nouveaux parrains du régime d’Idriss Deby si ce n’est qu’une recommandation ferme à la soumission à ce nouveau pouvoir. Que pouvaient-ils faire dans ces conditions ?
Idriss Deby en tant que Conseiller chargé des questions de sécurité et de défense dans le régime du Président Habré avait, aussi, géré la question de l’insurrection Hadjaraï, il en avait tiré beaucoup de leçons, et a compris qu’ils pouvaient à nouveau refaire le même coup. Aussi, a t-il très rapidement procédé à leur totale mise à l’écart, une fois, installé au pouvoir.
Une partie des Hadjaraï, à qui, le Président Habré avait tout donné, l’ont trahi en suivant certains de leurs chefs qui les ont utilisés dans une lutte pour le pouvoir, qu’ils ont au finish perdu. Certains d’entre eux n’avaient pas compris le jeu de la France et de la Libye dans l’intérêt et l’attention que ces pays leur réservaient. Ils n’avaient pas réalisé que leur unique objectif était de semer la zizanie, la division des Tchadiens pour agir contre le pouvoir du Président Hissein Habré.
Et aujourd’hui, encore-en les voyant se positionner devant les juges des CAE pour évoquer une histoire partielle et tronquée des événements politico militaires concernant les luttes de pouvoir au sein de leur communauté- on réalise que la prise de conscience des membres de cette communauté Hadjaraï tarde à se faire au sujet de la manipulation dont ils font l’objet par la France et ses démembrements les ONG, dans l’exigence qui leur est faite de taire la suite de leur histoire, de ce qui s’est passé sous le régime d’Idriss Deby devant les CAE.
Ainsi va, la vie des nations fragiles où la mort ordinaire d’un homme, peut être exploitée par des hommes politiques ou des pays hostiles pour déstabiliser un régime, déclencher des guerres, des morts d’hommes et continuer à manipuler des groupes sur des bases ethniques et religieuses.
25 ans après le départ du Président Habré, le temps d’une génération, la représentation des Hadjaraï dans le régime d’Idriss DEBY est insignifiante et n’est, en aucun cas, comparable avec la place que leur a donné le Président Hissein Habré. L’ont-ils seulement réalisé ?

Mme Fatimé Raymonne Habré



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