Présidentielle burkinabé : une continuité dans la révolution ? (Par Adama SADIO ADO)

La présidentielle du dimanche 28 novembre 2015 au pays des Hommes intègres est la première depuis presque 30 ans sans le président Blaise Compaoré. Farouchement opposée à la volonté de ce dernier de tripatouiller l’article 37 de la Constitution, une mobilisation populaire inédite a réussi à le déboulonner le 30 octobre 2014 et à faire échouer la tentative de putsch du Général Diendéré un an plus tard. Le « 1er coup KO » de Roch Marc Kaboré (53,49%) est très riche en enseignements après deux « révolutions » où le sacrifice suprême n’était pas de trop pour des filles et fils du Burkina Faso pour « re »mettre, enfin, leur pays sur les rails de la démocratie.
Le système compaoré était incarné par des femmes et des hommes qui ont accompagné l’ancien homme fort du Faso au cours de sa gestion du pouvoir. Parmi ces derniers, Roch Marc Kaboré a pratiquement traversé avec lui tout son parcours présidentiel. En effet, sur les 27 ans de présidence sans partage de Blaise Compaoré, le Président nouvellement élu a été au cœur du dispositif compaoré aussi bien dans l’appareil d’Etat qu’à celui du CDP, l’ancien parti présidentiel. Nommé à l’âge de 27 ans directeur général de la Banque internationale du Burkina par le capitaine Thomas Sankara en 1984, le jeune Roch Marc Kaboré survit au régime sankariste.
Rentré dans le Gouvernement en 1989 suite à sa nomination au poste de ministre des Transports et de la Communication par Blaise Compaoré, Roch Marc Kaboré occupa d’importants postes. De ses fonctions étatiques, on peut citer sa nomination à la Primature (1994-1996), son élection à la vice présidence de l’Assemblée Nationale (1997-2002) et à sa présidence (2002-2007) suite à la démission de son prédécesseur Mélégué Maurice Traoré. Et au niveau du CDP, Roch Marc Kaboré fût successivement le Secrétaire exécutif (1999-2003) et le Président (2003-2012) du parti. Ce n’est qu’en 2011 que Roch Marc Kaboré commence à manifester publiquement son désaccord par rapport à l’orientation politique du parti qu’il préside et se garde de briguer à nouveau sa présidence en 2012. Il quitte le navire CDP en janvier 2014 en compagnie de deux autres membres du cercle restreint de Blaise Compaoré en l’occurrence Salif Diallo, le stratège du Président, et Simon Compaoré pour créer le MPP.
Au regard de ses fonctions étatiques et politiques hyper importantes dans le système compaoré, le Président nouvellement élu ne peut se targuer d’une virginité dans la responsabilité dans les actifs et passifs de l’ancien régime. Rappelons que Roch Marc Kaboré avait bel et bien soutenu le projet de tripatouillage constitutionnel de Blaise Compaoré avant de rejoindre la dynamique contestataire en février 2014, autrement-dit juste à 8 mois de la chute de l’ancien Président. Pourtant, l’esprit « officiel » de la modification du Code électoral en avril 2015 était d’écarter de la présidentielle et des législatives les candidats déclarés et partis politiques ayant soutenu le projet de Blaise Compaoré.
L’analyse des résultats de la présidentielle nous révèle l’esprit « officieux » et « machiavélique » de la révision du Code électoral par les autorités de la transition. Cette jurisprudence très liberticide n’était, en réalité, motivée que par le souci d’acteurs politiques d’évincer, sous le paravent du combat citoyen, des adversaires politiques susceptibles de bénéficier d’un puissant appareil électoral, le CDP. Les résultats font connaitre que les candidats de l’opposition classique et ceux de la société civile ont certes une réelle capacité de nuisance, mais leur force électorale est de très loin en dessous. Zéphirin Diabré, candidat de l’UPC et chef de file de l’opposition contre Blaise Compaoré, enregistre 29,65% des électeurs et aucun des autres candidats n’a dépassé 5% des voix. Il serait très difficile de démontrer que le Président nouvellement élu ne s’est-il pas appuyé sur sa famille politique naturelle, le CDP. Il serait très difficile à prouver que ses anciens camarades du CDP ne se sont-ils pas sentis plus à l’aise dans le discours de l’ancien Président de leur parti qu’à ceux de leurs adversaires classiques. Si le Général Diendéré a voulu passer par la fenêtre, Roch Marc Kaboré a, lui, emprunté la voie royale. En démocratie, le pouvoir se conquiert par les urnes. Une victoire de la démocratie et du vaillant peuple burkinabé.

Adama SADIO ADO
Chercheur en Sciences Politiques et en Sociologie
adosadio@yahoo.fr




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