POLITIQUE : Macky SALL : Entre pire des choix et choix du pire ?

L’élection présidentielle sénégalaise de 2012 fut certainement la plus disputée depuis qu’elle se déroule au suffrage universel direct. Elle est aussi bien partie pour être la plus gigantesque mascarade électorale de toute l’histoire politique du Sénégal, depuis que des révélations font peser de très forts soupçons sur un financement de la campagne de l’opposition d’alors par l’argent de la drogue et de la corruption. L’homme au cœur de ce scandale sans précédent qui ébranle la démocratie sénégalaise est l’ex-président de l’Association internationale des Fédérations d’athlétisme (IAAF). Lamine Diack est aujourd’hui multi inculpé avec son fils Papa Massata Diack, pour "corruption passive" et "blanchiment aggravé." L’ancien patron de l’athlétisme mondial et éphémère candidat fantoche à l’élection présidentielle de 2012, a reconnu devant des enquêteurs français, avoir contribué avec l’argent du dopage russe, au financement depuis 2009, de l’opposition sénégalaise "pour renverser le régime du président Abdoulaye Wade." Des faits reconnus et des aveux tellement circonstanciés qu’ils vont ternir pour longtemps encore, l’image de la politique sénégalaise et jeter le trouble sur l’élection de Macky Sall. L’exercice de dénégations peu convaincantes auquel s’est récemment livré le président de la République dans un média français, n’éloigne pas pour autant le Palais, de l’épicentre de l’onde de choc provoquée par les aveux de Diack. Et ce ne sont pas les incantations de quelques néo crypto-mackysards agglutinés autour des ors du pouvoir et sous inspiration de Aminata Touré ou l’hystérie collective d’une horde de déficients intellectuels amenée par Abdou Mbow qui y feront quelque chose.
Le "bennogate ou diackgate" ne sera pas sans conséquence
La réalité est là. Déjà bien accablante. Mais elle pourrait être pire que ce que nous pouvions présumer. Cette affaire d’une extrême gravité éclabousse non seulement la quasi totalité des partis réunis sous la bannière de la coalition Benno Bokk Yaakar, mais elle touche aussi d’éminents membres de la société plutôt "incivile" sénégalaise dont son emblématique mouvement "Y’en a marre" ainsi que quelques barons de la médiacratie dakaroise. L’intrusion des forces de l’argent sale et l’infiltration des forces de l’esprit mafieux dans notre système politico-médiatique pour renverser un pouvoir n’a pas de précédent connu au Sénégal. Et dans ce scandale, il y a les faits invoqués avec force détails par Lamine Diack lors de sa garde à vue, mais il y a aussi et surtout le contexte politique de l’époque. Si les premiers sont corroborés par l’enquête en cours, ils sont sidérants et effrayants, car constitutifs d’un acte de viol sans précédent de notre démocratie par un gang de malfaiteurs à col blanc au sommet duquel, trône l’organisation "Diack et Fils," en association avec un cartel de majordomes politiques et médiatiques au service de Macky Sall. N’en déplaise au président de la République, cette affaire entache sérieusement son élection et conforte de nombreux sénégalais dans l’idée que le scrutin de 2012 fut avant tout, une corrida électorale financée avec l’argent sale étranger pour la mise à mort politique de Abdoulaye et Karim Wade. Et sauf improbable cataclysme politique, la déflagration Diack ne sera pas sans conséquence sur l’avenir électoral de Macky Sall. Le "bennogate" ou encore "diackgate" c’est selon, n’en est qu’à ses débuts mais il pourrait être l’accélérateur d’explosion du réacteur à scandales de la mandature Sall.
Macky Sall, un président "made in incompétence ?"
C’est une peur panique qui s’est emparée du plus haut sommet de l’État depuis le déclenchement de "l’affaire Diack". Le pouvoir tente aujourd’hui et par tous les moyens, d’étouffer un scandale qui risque de se propager à certains cercles très proches de la Présidence. La violente campagne de presse lancée au Sénégal contre le quotidien "Le Monde" et le journaliste à l’origine des révélations sur l’argent sale injecté dans la campagne de 2012, s’inscrit dans le cadre d’une stratégie d’intimidation de tous ceux qui seraient tentés de mettre de trop près leur nez, dans la plus grande arnaque démocratique du Sénégal indépendant. D’où ses flambées colériques, qui restent la marque émotionnelle de Macky Sall.
Les transes autoritaristes du Chef de l’État et la fébrilité observée dans son entourage rien qu’à l’évocation du nom Diack, sont autant de signes de l’inquiétude qui règne au cœur d’un pouvoir qui n’atteint le point culminant de sa compétence que lorsqu’il est dans la menace, la revanche, la réaction et l’intimidation. Bienvenue au Sénégal en 2016, un pays dont le couple présidentiel et lui seul peut aujourd’hui dire la date exacte de la prochaine élection. Bienvenue au Sénégal en 2016, une nation embourbée dans l’illisibilité, un État enlisé dans les incertitudes, une société déchirée par la haine et balayée par des crispations ethniques qui à coup sûr, vont dessiner les lignes de démarcation politique lors des prochaines échéances électorales. Ce fanatisme identitaire est inédit au Sénégal car jamais avant Macky Sall, un président en exercice n’avait osé à ce point, avec autant de violence et en un aussi court laps de temps, déchiqueté une cohésion nationale en construction depuis plus d’un demi siècle. C’est un précédent dangereux, créé par un président qui chaque jour qui passe, voit s’élargir le gouffre entre ses capacités intellectuelles et les exigences présidentielles, un président qui chaque scandale qui passe, voit se creuser l’écart entre ses mots sur la bonne gouvernance, l’éthique, l’exemplarité et les maux tels que corruption, gestion autoritaire, ethnique, clanique et consanguine du pouvoir, qui sont les marqueurs émergents de sa mandature. Les charges pour instruire le procès du quatrième président sénégalais sont lourdes, voire très lourdes. De là à penser que Macky Sall est un chef "made in incompétence" et sous dimensionné pour diriger le Sénégal, nombreux sont ceux qui n’hésitent désormais plus à franchir le pas. Il a beau être plébiscité il ya trois ans avec plus de 65% des voix, mais cela ne fait pas forcément d’un excellent candidat un bon président. La vision, l’envergure ou le charisme ne s’acquièrent pas sous les lambris d’un palais fut-il présidentiel. On les possède ou pas et à ce niveau d’exercice du pouvoir, Macky Sall traîne un déficit abyssal.
Le président et ses girouettes sonnantes, trébuchantes et transhumantes
Pour avoir oublié que devenir président de la République n’est pas une revanche ou une tyrannie, Macky Sall aura beaucoup déçu. On espérait, à défaut d’être un bon président, le voir se muer en bon "Père de la nation." Mais à force de nous stigmatiser, gronder, menacer, frapper et emprisonner, beaucoup préfèrent aujourd’hui rester orphelins. Me El Hadji Amadou Sall ne s’y est pas trompé en disant que "jamais dans l’histoire du Sénégal, un pouvoir ne s’est effondré aussi rapidement dans le cœur des populations." Tant il est aujourd’hui incontestable qu’une majorité de ton Sénégalais, y compris ceux qui lui avaient octroyé leurs suffrages, ont fermé leur cœur et leur esprit à ce président qui n’arrive même plus à faire illusion, sauf auprès d’un groupe de fidèles, d’une poignée d’éditocrates amis et de quelques transhumants et leurs dizaines de militants encore en stock dans leur village ou leur quartier. Sauf qu’il n’est pas sûr que les électeurs soient prêts, même en se bouchant le nez, à voter par procuration pour ces girouettes sonnantes, trébuchantes et transhumantes que sont dans le désordre Serigne Mbacké Ndiaye, Djibo Ka, Thierno Lô, Ousmane Ngom, Modou Diagne Fada...tous d’anciens opposants fraichement enrôlés par le pouvoir lors du dernier mercato politique. Le recrutement tous azimuts de cette reptation de politiciens du ventre ressemble à une opération de desperados de la part d’un president qui n’a réellement jamais été au service de sa fonction, mais d’une obsession : sa réélection.
Un baroud d’honneur à plusieurs centaines de millions
Qu’est-il donc arrivé au président de la République ? Comment Macky Sall peut-il à ce point, être naïf ou désespéré pour croire que son micro régiment de coquilles vides de la dignité politique, aux convictions et à la représentativité factices, peut lui assurer un second mandat ? Est-il à ce point lacunaire pour comprendre que la persécution judiciaire et policière sélective de ses opposants n’a fait qu’exacerber le désamour des Sénégalais et dégrader son image déjà bien abimée. Est-il à ce point autiste pour ne pas se rendre compte que l’emprisonnement de son plus sérieux adversaire après un procès fabriqué à partir d’accusations grossièrement mises en scène et jamais avérées, ne touche pas seulement Karim Wade, mais des millions de sénégalais désormais acquis à sa cause, une véritable lame de fond qu’aucune campagne d’intimidation ou velléité d’oppression ne pourra enrayer. Au moment où ses lignes sont écrites, le Groupe de travail des Nations Unies vient de confirmer son premier avis qui considère la détention de Karim Wade "arbitraire et illégale." C’est un cinglant camouflet pour l’État du Sénégal et ses avocats qui après coup et à travers un grossier communiqué, tentent encore une fois de plus, de dénigrer le travail de cette instance des Nations Unies. Mais avec quelques centaines de millions de francs d’honoraires perçus pour la crucifixion de Karim Wade, Me Yerim Thiam et compagnie peuvent bien et à peu de frais, s’offrir cet ultime baroud d’honneur. Mais qu’à cela ne tienne, cet avis prononcé en faveur de Karim Wade n’en reste pas moins une défaite qui atteint personnellement et directement le président de la République. Celui que ses partisans considèrent aujourd’hui comme un détenu politique croupit depuis trois ans en prison, pour reprendre une célèbre formule, "par la volonté d’un homme, par l’acharnement d’un homme, Macky Sall qui est aussi président de la République." Avec le désaveu que l’ONU vient de lui infliger, c’est la spirale infernale de la vengeance aveugle qu’il a enclenchée qui vient de lui exploser en plein visage.
L’honneur d’un homme
Quatrième et plus jeune président de la République sénégalaise, Macky Sall symbolisait l’espérance. Mais après bientôt trois ans à la tête de l’État, son compteur affiche la pire côte de popularité qu’un locataire du Palais ait jamais eu. Le désarroi d’une majorité de Sénégalais est aujourd’hui immense. Aucun homme politique, excepté son nouveau défenseur et mentor Abdou Diouf, n’avait à ce point incarné la déception et la désillusion avec un mandat qui n’a été jusque-là, qu’un catalogue de maladresses et de dérives. Son impitoyable acharnement contre Karim Wade et ses partisans et la longue violence psychologique exercée sur son père Abdoulaye Wade, un vieil homme de plus de 85 ans qui lui aura pourtant tant donné, resteront à jamais gravées dans l’inconscient collectif des Sénégalais dont une grande majorité ne lui pardonnera pas de si tôt, son crime de "lèse gorgui." On se demande d’ailleurs, encore et toujours, comment Macky Sall a-t-il pu se laisser entraîner dans pareille dérive ?
Certes personne n’est à l’abri d’une faute car nul n’est infaillible. Si l’honneur d’un homme est de reconnaître ses erreurs ou ses échecs, il ne tient alors qu’à Macky Sall et qu’à lui seul, d’attendre d’être dans le mur...

Malick SY
Journaliste



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