POLITIQUE : La déclaration de Serigne Fallou Mbacké, Président du CD de Mbacke

La notification des Arrêtés interministériels N°04858 et 04864 en date du 29 mars 2016 portant respectivement répartition des Fonds de dotation de la décentralisation et de concours a confirmé la volonté délibérée de l’Etat du Sénégal d’empêcher le département de Mbacké de remplir correctement sa mission : celle d’ impulser le développement économique et social de notre terroir, pour la prise en charge de toutes les problématiques de développement pour lesquelles nous sommes légitimement fondés à intervenir.
Depuis notre installation en juillet 2014, en effet, et malgré la remise aux plus hautes autorités de notre pays d’un courrier les informant sur la situation intenable de notre conseil départemental, l’Etat persiste dans sa logique de nous priver des ressources adéquates en termes de dotations que nous sommes en droit d’attendre, pour la viabilité de notre institution.
Pour rappel, lors de la répartition du personnel du défunt Conseil régional de Diourbel en 2014, nous avions accepté, suite à l’insistance du représentant de l’Etat, en l’occurrence Monsieur le gouverneur, que l’on nous affecte 80% du personnel. En effet, il paraissait évident à l’époque qu’au vu de notre importance démographique, au vu de notre poids économique et de la position stratégique de notre département, une future répartition équitable des ressources destinées au fonctionnement des conseils départementaux nous permettrait de remplir correctement nos obligations.
Cela n’a jamais été le cas. Nous sommes toujours laissés pour compte au moment de la répartition des fonds de dotations et de concours, qui ne repose sur aucun critère objectif, mais semble de plus en plus uniquement guidée par des raisons politiciennes, et la volonté éhontée de faire plaisir par là à une clientèle politique.
Car, nous ne pouvons pas comprendre déjà que pour l’année 2015, 50 millions de francs supplémentaires aient pu être attribués à un Conseil départemental qui ne compte que trois employés, faisant passer sa dotation globale de fonctionnement de 120 millions à 170 millions, en ne nous octroyant que 130 millions, au même moment.
Cette année, ce sont les mêmes pratiques qui ont été reconduites.
Précisons ici que le Conseil départemental de Mbacké est l’un des trois conseils à compter 100 conseillers départementaux. Nous sommes pourtant le seul conseil départemental à avoir reçu 132 millions de francs de dotation de fonctionnement, avec 65 millions de fonds de concours. Thiès qui compte le même nombre de conseillers départementaux a reçu 142 millions en FDD et 70 millions en FC, tandis que Mbour a reçu 149 millions en FDD et 67 millions de FC.
Après avoir parcouru les arrêtés cités ci-dessus, nous avons pu par ailleurs noter des dotations octroyées à d’autres conseils départementaux, dont le montant révèle des calculs politiciens et un clientélisme sans vergogne que nous dénonçons ici avec la plus grande vigueur :
-  Kolda a reçu 210 millions de francs de dotation de fonctionnement, et 70 millions de francs de fonds de concours, alors que son conseil ne compte que 60 conseillers ;
-  Matam a reçu 240 millions de dotation de fonctionnement, et 70 millions de francs en fonds de concours, pour 60 conseillers élus ;
-  Kaffrine a reçu 200 millions de francs en dotation de fonctionnement et 70 millions de francs en investissement, pour 40 conseillers
Nous dénonçons d’autant plus ce parti pris manifeste de l’Etat que notre Conseil départemental traverse des difficultés notoires sur lesquelles l’Etat a décidé de fermer les yeux :
-  Le représentant de l’Etat ayant cherché en vain un local administratif à nous affecter, nous avons été obligés de prendre en location un immeuble pour faire office de siège en 2014. Nous en avons été expulsés au mois d’octobre 2015, pour défaut de paiement de loyers. Aujourd’hui, la dette globale due s’élève à 28 320 000 F CFA.

-  Au chapitre des dettes, nous devons à nos conseillers départementaux trois sessions que nous n’avons pu honorer, soit 15 000 000 F CFA.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous en somme réduits à requérir le règlement de notre budget par le représentant de l’Etat, afin de ne pas augmenter le montant de ces arriérés de paiement d’indemnités de session.
-  Au titre des engagements du Conseil relatifs à notre participation à l’organisation des événements religieux d’envergure nationale et même internationale comme le Grand Magal de Touba, nos dettes cumulées s’élèvent à 35 000 000 F CFA.
-  Concernant ce que nous pourrions appeler les charges fixes de fonctionnement du Conseil départemental, elles s’élèvent mensuellement à 8 934 000 F CFA, en termes de salaires et autres indemnités.
-  Le Conseil départemental de Mbacké a reçu lors de la dévolution du patrimoine du Conseil régional un vieux véhicule tombé en panne de moteur depuis. Le seul véhicule fonctionnel est donc celui du Président
-  Le nouveau local pris en location pour abriter le Conseil départemental n’est pas équipé : il est composé de 11 pièces non fonctionnelles, fautes de moyens. Sa location démarrée depuis janvier 2016 s’élève à 345 000 F CFA TTC mensuels.
-  Par ailleurs, nous avions signé une convention de financement avec le PNDL, d’un montant de 85 millions de F CFA, soit 10 millions de FCFA pour la réactualisation du document du Projet Agroforestier de Mbacké dont la BOAD a confirmé la disponibilité du financement, et 75 millions de F CFA pour le démarrage de la construction d’un centre de santé à Taïf.
L’Etat n’a jusqu’à présent pas mis à disposition ces fonds. S’agirait –il d’une décision unilatérale de sa part de les confisquer ? Nous n’avons obtenu aucune information relative à leur disponibilité.
-  S’agissant du PAGF, malgré les courriers envoyés au Ministre de l’Environnement pour une audience afin d’évoquer avec lui la perspective de sa mise en œuvre et notre éventuel positionnement stratégique dans son pilotage, celui-ci a refusé de nous recevoir.
En désespoir de cause, nous portons à l’attention de toute la population du département de Mbacké qui nous a investis de sa confiance ces informations, afin qu’elle sache véritablement les raisons pour lesquelles notre conseil départemental n’est ni visible, ni opérationnel.
Cette situation découle de considérations totalement subjectives qui motivent sans doute les autorités de notre pays à ne pas accorder à notre département, et à notre communauté toute entière résidant à Touba ou ailleurs ce à quoi elle a droit, pour des raisons totalement étrangères à la démocratie, à l’Etat de droit et à la justice sociale.
Ce déni de justice repose sur les affabulations de l’ANSD, selon lesquelles Touba n’aurait connu qu’une croissance de 1, 3% entre 2005 et 2013, un taux scandaleusement inférieur à la moyenne nationale de la même époque, évaluée à 2,34% !
Forte de sa logique éhontée de priver notre département et Touba en l’occurrence de la considération et des moyens auxquels il a droit, le pouvoir en place a biaisé délibérément les résultats du dernier recensement démographique de la population, en estimant unilatéralement la population de Touba à quelques 600 000 mille habitants !
Selon les estimations des services propres au village de Darou Khoudoss seulement, le nombre de ménages de ce quartier se chiffre à 45 000, soit environ 300 000 habitants. Ajoutons-y les habitants des grands quartiers-centres comme Touba Mosquée, Gouye Mbinde, Ndamatou, Dianatou, Khayra et les quartiers de la banlieue, et nous obtenons une population comprise entre 1,5 et 1,7 millions d’habitants. Nous avons alors la preuve que les chiffres du recensement sont ceux d’une ANSD aux ordres du pouvoir dont le refus de respecter la loi, car elle est en notre faveur, est flagrante.
En effet, les dispositions réglementaires stipulent clairement que l’allocation des ressources budgétaires de l’Etat se fait en fonction du poids démographique et économique des différentes collectivités du territoire national.
En refusant d’évaluer la population du département et de Touba à leur juste taille, l’Etat viole la Loi, et nous prive en conséquence de moyens financiers auxquels nous pouvons légitimement prétendre. Nous sommes spoliés par le pouvoir. Nous sommes donc victimes d’une injustice fiscale, de la part d’un pouvoir en place qui privilégie des calculs politiciens anticonstitutionnels dans la mise en œuvre tronquée des politiques publiques censées permettre l’émergence cohérente et harmonisée du territoire.
Cette situation a atteint désormais des proportions insupportables, et nous avons décidé à partir d’aujourd’hui, d’y mettre fin, une fois pour toutes.
C’est pourquoi je lance solennellement un appel à tous les élus du département de Mbacké, de quelque obédience politique qu’ils soient, afin de nous mobiliser pour mener le combat pour le respect de nos droits légitimes, et de la considération qui sied à notre département.
Ce point de départ constitue en la matière le premier acte que nous posons en ce sens.



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