OPINION : Pourquoi je continuerai à émettre mes opinions, critiques et observations sur la justice de mon pays et sur son fonctionnement ?

D’abord parce que La LIBERTÉ, au-delà d’être un droit constitutionnel, est un droit naturel et inaliénable ; l’État de droit est plus important que la carrière d’un Procureur de la République, d’un Ministre de la justice, d’un parlementaire, voire d’un Président de la République et, le Sénégal est plus important que nos sorts personnels.

Monsieur le Procureur, la justice est dite au nom du peuple. Alors, pouvez-vous interdire à ce peuple de donner son avis sur la marche de la Justice de son pays ?

Monsieur le Procureur, vous êtes payé avec l’argent du contribuable à qui vous voulez nier la liberté d’émettre son opinion sur votre mission et sur le travail que vous faites pour atteindre cette mission.

Cette liberté ne se demande pas, ne se quémande pas, ne s’octroie pas. Elle s’exerce et elle ne sera jamais renoncée, quelle que soit la teneur des menaces et quelle que soit la station qu’occupe son auteur.

Monsieur le Procureur, vous ne pouvez pas vous arroger d’un droit que la Constitution ne vous donne pas, vous ne pouvez non plus légiférer parce que n’étant pas dépositaire d’un mandat, ni populaire, ni électif.

Monsieur le Procureur, même le Chef de l’Etat qui est dépositaire du mandat légitime du peuple sénégalais reçoit des critiques. Son action est soumise á l’appréciation de chaque citoyen. Il est l’institution la plus critiquée, la plus interpelée et pourtant celui qui l’incarne, c’est-à-dire le Président de la République, n’a jamais menacé le peuple sénégalais qui a l’a investi de sa confiance. Nous avons besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts, d’une justice exemplaire au moment de dire le droit et non des menaces. Les menaces sont l’arme des faibles.

Les institutions fortes inspirent respect, protection et obéissance.

Chaque citoyen sénégalais a le droit d’émettre ses opinions sur le fonctionnement des institutions de la République ; dans les grandes démocraties, c’est cela qu’on appelle : la culture citoyenne.

Oui ! Le peuple sénégalais est un peuple imbu de valeurs citoyennes et républicaines et l’on se demande, d’ailleurs, s’il n’est pas en avance sur ses dirigeants ou ses élites.

Gardons constamment à l’esprit que la Justice est dite au nom du peuple et, grâce à son talent, ses ressources et le budget de la nation, ce peuple dégage des ressources financières pour se doter d’un pouvoir judiciaire indépendant, comme d’ailleurs le stipule notre charte fondamentale : la Constitution du Sénégal.

Monsieur le Procureur de la République, saviez-vous que c’est l’argent du contribuable sénégalais qui paie le salaire de tous les fonctionnaires du Sénégal dont vous faites partie ? Saviez-vous que l’action humaine est, et doit être constamment soumise á l’appréciation de l’esprit et de l’intelligence humaine ? Elle l’est davantage lorsque celle-ci est publique.

Aujourd’hui, la menace d’une justice sélective, instrumentalisée et aux ordres, une justice qui conduirait notre pays à la ruine démocratique et morale, n’a jamais été aussi forte et manifeste.

Ensuite, j’ai aussi la conviction que les sénégalais attendent de leur justice un signal très fort, avec des actes qui traduisent son indépendance ; ils ne souhaitent pas voir toute une série de conquêtes historiques acquises au fil des années remise en cause. Il revient à chacun d’entre nous de les préserver.

Je crois profondément que l’image que nous nous faisons de la Justice dépendra de ce que chaque acteur pose comme acte dans l’accomplissement de ses missions. Malheureusement, les différents dossiers, sur lesquels vous vous êtes prononcé, suscitent des inquiétudes et interrogations et nous autorisent à réagir.

L’image qui nous a été présentée le vendredi 3 mars 2017, avec des dossiers qui ne sont « mis sous le coude » pour reprendre les propos du Président de la République, enrichit le débat et accentue l’impression qui habite le commun des sénégalais sur l’instrumentalisation de la justice pour liquider les opposants politiques. Notre pays ne mérite pas cette image qui ne fait qu’entacher sa démocratie.

En même temps, j’ai toujours eu la conviction que la décision de poursuivre des opposants politiques ne devrait pas obéir à un agenda de liquidation de potentiels adversaires politiques.

Au rythme des interpellations, la question que l’on se pose est de savoir qui sera le prochain sur la liste du Procureur. Je n’ai pas pu m’empêcher de me poser cette question, parce qu’ayant l’intime conviction que l’exemplarité des juges doit être l’ultime rempart pour rectifier les velléités du pouvoir exécutif. Il s’y ajoute que je crois profondément aussi au respect de l’institution judiciaire et à son indépendance.

Enfin, il revient à chacun d’entre nous de se battre, de toutes ses forces, pour défendre et exiger une Justice indépendante. A tous ceux qui, comme moi, ont pu s’interroger, je demande de continuer le combat pour nos idées, pour nos valeurs, pour la Justice que nous voulons et à laquelle nous avons droit.

Par : Mamadou Ibrahima FALL
Former UNPA Executive Representative
Former Global Human Referendum Executive Representative
Multilateral and Economic Diplomacy Senior Advisor
Titulaire d’un Diplôme d’Etudes Avancées/Executive Master Public Policy, Decisions making and International Negotiation

IHEID-GENÈVESWITZERLAND
Executive Certificate Multilateral Diplomacy
GCSP-IHEID-SWITZERLAND

Président-Fondateur ADD-SENEGAL



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