OPINION : Les (im)politiques et la sagesse du peuple

Le protocole de Rebeuss s’est terminé (?) dans un dé à coudre, après quelques flatulences polémiques dont le microcosme politico-médiatique est friand. Il en est de même des morceaux bavards et des prises de parole paroxystiques en guise de réponses aux questions posées après la libération de Karim Wade. Son « affaire », qu’on nous avait présentée comme une certitude, s’est terminée par un doute. Dès lors que le politique se mêle de justice, il l’altère. Les preux, les pieux et les gueux, tout le monde s’y est mis et quelques uns se sont réjouis de ses appels téléphoniques depuis Doha, où il a atterri en jet privé et où il « mange son argent ».
Nafi Ngom Keïta a rejoint l‘Inspection Générale d’Etat après une période d’hystérie dont elle a fait montre lorsque son mandat à la tête de l’Ofnac a été écourtée selon elle et ses partisans et arrivé à son terme selon Macky Sall et son gouvernement. Ousmane Sonko, n’est plus fonctionnaire de l’Etat, radié qu’il est, pour cause de « manquement à l’obligation de discrétion professionnelle ». Boy Djinné, après avoir fait plusieurs faux bonds à l’administration pénitentiaire, est « victime » d’une fausse mort. La presse nous fait chaque jour, dans son cyclique bombardement, le point sur les enjeux liés au pétrole et au gaz, sève dont se nourrit (déjà) et encore, quelque pérenne « pétrolier », devenu un des conseillers spéciaux de M. le président de la République, jusque là inconnu du grand public. Son portrait a failli nous le rendre intime et sa lettre-réponse, n’a, à vrai dire, pas eu l’effet d’une sainteté éthique. Les pages pleines des journaux, ont eu l’air de contenir des réponses. En y mettant le nez, elles ont senti l’odeur de caves vides. Dans notre cher Sénégal, pays de labour, les grandes fortunes, comme les douleurs, ont souvent été muettes, en tout cas discrètes. Mais le pétrole fait écrire publiquement.
Cette odeur âcre du pétrole a fait poser des questions par Abdoul Mbaye, ancien Premier ministre lui, dont le père avait conseillé, dans une de ses lettres, quand il venait d’être nommé à la tête de la Bhs de ne faire « confiance à personne. Ne fais rien d’important sans en discuter avec ton épouse. […]. Un banquier est comme un magistrat : il ne doit pas être accessible à tout venant. […] Garde-toi de tes nouveaux amis, ils seront les premiers à rigoler, si un jour tu te casses la figure ». Mais çà, c’était avant. En 1982. Un bail. La confiance, Abdoul Mbaye aujourd’hui en fait, non pas à personne, mais au peuple sénégalais. De son épouse, il prend ses avis au tribunal. De banquier, il est devenu opposant radical, au risque d’être envahi par les tout-venant. Son Macky, nouvel ami, le temps d’une rose, il ne le « reconnait plus ». Quant aux autres nouveaux amis, ils sont devenus, depuis qu’il n’occupe plus la station primatoriale, pour le compte de Macky Sall, une engeance élucubrant, prise de convulsions grossières, s’évertuant à s’accrocher à lui, peut-être pour mieux détourner notre attention de cette émergence qui porte comme des talons aiguilles sur la ligne de départ d’un sprint.
Dans cette guerre du pétrole qui fâche, le frère du président de la République, affolant le moulin de ce qu’il considère comme des rumeurs, s’écharpe avec tous ceux qui disent qu’il a les mains dans le cambouis, tout en s’exaspérant des bavardages sur sa personne. Mais nul et lui-même ne peuvent démentir qu’il a vraiment émergé politiquement et en affaires quand son grand frère est devenu président de la République. Cette évidence là, dénoncée par quelques observateurs leur a valu une déclaration de guerre. Aliou Sall aurait sûrement aimé que les Sénégalais et l’histoire le laissent en paix, avec son bon sens des affaires, ses contrats, son Frank Timis, ses sociétés, ses amis banquiers et ses administrés de Guédiawaye. Mais le Sénégal a changé deh !
C’est ce changement que n’a pas vu venir le Professeur Malick Ndiaye, occupé qu’il a été avec Senghor, puis Diouf, puis Wade, puis Sall, à se ranger du côté du manche, plutôt que de celui qui prend les coups. Quand il en a pris, la décharge était si forte qu’il ne s’est même pas rendu compte qu’il percevait deux salaires. Sa dernière sortie lors d’une émission de télévision a été le miroir grossissant, sinon, la loupe féroce qui souligne, accentue, caricature ses positions successives et ses changements de pied.
Ni charmeur ni séducteur, son outrecuidance et la réalité en ont fait un personnage tragi-comique, mimant ce qu’il avait été (un intellectuel), soulignant ce qu’il est devenu : un lance-roquette. La vie nous enseigne que parfois, c’est à de petits riens (dans ce cas précis, ses « vérités » lors de cette une émission de télévision) qu’on mesure l’étendue d’une faillite intellectuelle et morale.
Face à l’oralité de M. Macky Sall devenue infiniment réduite en direction de « tous les Sénégalais » dont il est le président, quelques gouvernants, élus ou non, mais tous politiciens s’évertuent, avec une brutale fermeté à mettre des couvercles sur les poubelles. Poser des questions, attirer l’attention, interpeller le pouvoir, susciter des débats parce que tout le monde n’est pas condamné à serrer les rangs en silence derrière eux, participe d’un dialogue démocratique toujours indispensable. Les « j’ai décidé un point un trait », les « attendez le 16 octobre », les « bayil lenn sokhor », les « il n’a qu’à dire ce qu’il sait », suffisent amplement à justifier les doutes qui taraudent les esprits pugnaces qui veulent qu’on leur dise la vérité sur la gestion de leur patrie. Cette vérité qui malgré les buttes et les chemins de traverse, se fraie un chemin parfois douloureux, en tout cas difficile, certainement malaisé pour aboutir vers une lumière qu’une caste refuse à tout prix. C’est donc face à ce narcissisme de caste que les électeurs sont souvent bien plus sages, plus méritants, plus lucides, et somme toute plus conscients de l’intérêt général que leurs gouvernants censés l’incarner.
Henriette Kandé Niang




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