OPINION : La philosophie d’une cellule-classe !

Dans notre tradition pédagogique, les cellules se composent des professeurs d’une même discipline et sont chargées de procéder au diagnostic qualitatif et quantitatif des enseignements-apprentissages de ces disciplines. Elles permettent aussi de jouer un rôle dans l’harmonisation et l’évaluation de l’exécution des programmes d’enseignement-apprentissages. D’une manière générale, une cellule pédagogique pourrait se définir comme un cadre de concertation, d’échanges et de réflexions permettant de formuler des propositions sur les orientations pédagogiques et éducatives à inscrire dans un plan d’actions opérationnel. Le concept de cellule-classe repose sur les fondements d’une réorientation et d’une refondation du système éducatif pour un pilotage efficace et efficient à l’échelle locale de l’école. Il s’agit de repenser un nouveau paradigme dans la chaine de transmission des connaissances qui permettra de réveiller le potentiel intellectuel qui dort chez la plus part de nos apprenants. Ce dispositif pédagogique innovant et rénovateur mettra en synergie l’ensemble des compétences des acteurs pour valoriser le système éducatif dans toutes ses dimensions au triple plan de l’accès, de la qualité et de la gouvernance.

Dans ce contexte de crise généralisée du système éducatif, les nombreuses grèves des élèves et des enseignants ont réduit drastiquement le quantum horaire et ont développé chez nos apprenants la paresse intellectuelle qui est assimilable à une nouvelle maladie des temps modernes ou plus exactement certains diront un mal vivre de la pauvreté intellectuelle dans l’appropriation du savoir et des connaissances. Le taux de réussite et l’intérêt pour les études baissent fortement pour des raisons sociales, culturelles et économiques. Il faut trouver un palliatif pour amener les élèves à aimer les études et à y réussir dans le cadre d’une nouvelle orientation sur la mise en place d’approches pédagogiques innovantes, sur une bonne gouvernance scolaire reposant sur une gestion participative à tous les niveaux.

Ce projet de cellule-classe vise essentiellement à développer chez nos apprenants les reflexes d’auto-défenses pour combattre la paresse intellectuelle qui les habite en les mettant en situation pour retrouver la plénitude de leurs potentialités intellectuelles. Il s’agit pour chaque apprenant d’auto évaluer son état d’esprit, d’en mesurer la portée intellectuelle pour appliquer la thérapie qui convient le mieux en s’auto-administrant les remèdes appropriés pour guérir. La Cellule-classe correspond à un ensemble de microprojets qui vont stimuler un nouveau souffle dans la redynamisation d’un potentiel intellectuel sur une masse critique avec un effet d’entrainement positif sur l’ensemble de la classe.

Ce nouveau concept permet d’opérer un saut qualitatif dans le processus de déconcentration et de décentralisation avec une approche de proximité mettant en synergie la mutualisation d’une gestion participative, partagée et inclusive impliquant tous les acteurs de la communauté éducative. Dans cette situation de crise qui perdure, le Système éducatif sénégalais doit opérer une mutation profonde dans son fonctionnement, son environnement et sa gouvernance. Il s’agit de s’adapter aux nouvelles exigences d’une gouvernance de responsabilisation accrue des différents segments de la communauté éducative ; il s’agit surtout de mieux impliquer les élèves dans la définition et la conception des projets éducatifs performants et valorisants qui mettent en confiance l’apprenant et le place au cœur du système. Une nouvelle vision qui renforce l’éducation citoyenne, qui favorise une saine émulation intellectuelle et qui engendre l’acquisition de compétences développant chez les élèves de fortes personnalités dans tous les domaines. Ce projet vise à atteindre les objectifs essentiels suivants : l’éclosion des talents, la performance intellectuelle et l’affirmation d’une véritable aspiration au leadership intellectuel.

Notre pays est connu pour la stabilité et la solidité de ses Institutions Républicaines fruit d’une longue et riche tradition démocratique. Malgré les insuffisances notées çà et là dans le système éducatif, le Sénégal résiste à la crise et parvient à faire des résultats acceptables dans la mise en œuvre de programmes alternatifs. Le système éducatif en vigueur aujourd’hui et qui est diagnostiqué par les Assises de l’Education et de la Formation résulte des applications issues des recommandations des Etats Généraux de l’Education tenus en 1981 qui a sonné le glas de l’école élitiste héritée du colonialisme et qui a adopté la vision d’une Ecole Nationale, Démocratique et Populaire. Pour sa matérialisation et sa survie, cette école devrait être financée par les ressources propres du Budget national. Confronté à l’insuffisance des ressources propres, l’Etat a alors sollicité les financements extérieurs à travers le Programme Décennal de l’Education et de la Formation, et d’autres Projets. De nombreuses réformes portant sur les institutions et les programmes d’enseignement sont intervenues mais dans l’application des difficultés majeures et contraintes ralentissent le processus de mise en œuvre de ces changements. Je voudrais illustrer ces propos en prenant l’exemple du Décret N°337 du 16 mars 2000 portant création des Conseils de gestion dans les établissements d’enseignement moyen et secondaire général. Dans son application, les premières contraintes sont liées à l’interprétation du texte sur la classification des ressources additionnelles en fond public et la réglementation qui sied à leur utilisation. On se rappelle des conflits qui ont éclaté dans certains établissements entre les parents d’élèves et l’administration.

Dans l’optique d’une refondation du système, la réactualisation de ces textes pour les adapter aux réalités socioéconomiques et socioculturelles est une impérieuse nécessité. Dans le même registre il s’agit de faire un toilettage systématique des textes obsolètes et désuets qui ne répondent plus aux normes d’une gouvernance locale participative. Dans cette réforme en profondeur qui va remettre le système éducatif sur les rails de la performance et de la qualité, la révision des textes réglementaires qui régissent le fonctionnement des services est une nécessité impérieuse et indispensable. Il est vraiment navrant de constater que le texte qui réglemente les tests d’entrée dans les Lycées et collèges date de 1992 alors que les attributions du Conseil de Gestion couvrent l’organisation et le contrôle des activités pédagogiques et éducatives. Paradoxalement le Corps des Inspecteurs Vie Scolaire est spécialement créé pour visiter l’univers de ces textes réglementaires pour les réviser, les réactualiser et en proposer de nouveaux permettant d’avoir un dispositif réglementaire de qualité performant et valorisant. Il est vraiment temps que ce corps d’élite joue à fond la carte de la réflexion pour accélérer la cadence des réformes.

Dans le dispositif de pilotage du système éducatif à l’échelle locale, le chef d’établissement en est un maillon essentiel, un élément fédérateur et incontournable de la chaine. Cette position lui donne des responsabilités difficiles à assumer isolément. Voilà pourquoi un Collectif des chefs d’établissement est né. Il s’agit de mutualiser les compétences individuelles, de créer une synergie d’actions, d’adapter les orientations nationales aux stratégies régionales permettant de rendre le système plus efficace, plus efficient et plus attractif. Le Collectif doit pouvoir transmettre au niveau le plus haut de la hiérarchie les fortes vibrations que le système ressent dans les coins les plus reculés des CEM de proximité. Le Collectif est un cadre de réflexion, d’échange et de partage contribuant ainsi à l’effort de construction nationale du système éducatif. Il participe à la mise en œuvre des projets éducatifs permettant d’améliorer l’accès, la qualité et la gestion dans les établissements scolaires.

Dans ce pilotage, quelle doit être la place des parents d’élèves ? Que devrons-nous attendre des parents d’élèves dans cette refondation du système éducatif ? Ont-ils déjà évalué leurs responsabilités dans la crise ? Quels sont les impacts et les enjeux significatifs de leurs rôles dans le système ? Ces différentes questions concernant les parents d’élèves peuvent être formulées vis-à-vis des collectivités locales : quel est le sort réservé à l’éducation dans l’acte III de la décentralisation ? Les bourses scolaires vont-elles réapparaitre dans les paquets de services des collectivités ? Est-il possible pour les collectivités de prendre en charge la gratuité des fournitures scolaires y compris les tenues scolaires ?

Au sortir des Assises, le peuple sénégalais voudrait voir émerger un nouveau type d’enseignant : celui-là qui regardera son élève avec les yeux d’un éducateur bienveillant, qui considérera ses connaissances comme un bien public et les mettra gracieusement à la disposition de tous ceux qui en auront besoin. Un nouveau type d’élève qui est conscient de son niveau et décidé à se remettre en cause en s’auto-évaluant pour s’approprier un état d’esprit apte à conquérir les merveilles de la connaissance et du savoir. Au dessus de l’élève et du maître, les Administrateurs scolaires devraient être les modèles de probité morale et intellectuelle, de compétence avérée dans le management. Dans cette chaine de valeurs intimement liées, les responsabilités des uns et des autres doivent être clairement définies en évitant la confusion et l’enlisement dans l’insubordination ou la subordination. Chacun doit être conscient de ce qu’il doit faire et s’en limiter à ses responsabilités et éviter d’empiéter sur celles des autres.

Dans la configuration d’une cellule-classe, l’innovation pédagogique réside dans les projets de classe, l’évaluation des activités pédagogiques, le plan d’actions annuel de la classe. La finalité est de renforcer l’autonomisation de fonctionnement de la classe sous la supervision et le regard bienveillant du chef d’établissement. Les enseignants et les élèves, principaux bénéficiaires de ce pilotage, devraient mieux appréhender leurs missions et leurs responsabilités dans les succès et échecs des réformes qui ont jalonné l’évolution du système éducatif au Sénégal. L’institutionnalisation de ce dispositif organisationnel des enseignements-apprentissages dans les écoles pourrait considérablement améliorer l’accès, la qualité et la gouvernance des établissements scolaires. Il reviendra au chef d’établissement d’en faire un puissant instrument de pilotage, un levier de la transformation structurelle du modèle de gouvernance en vigueur.

En terminant, je me dois de préciser que ce projet de cellule-classe a été conçu en 2013 au Lycée Ibou Diallo dans le cadre d’un projet d’établissement. Dans un cadre plus général et plus technique, les termes de référence du projet de cellule-classe feront l’objet d’une communication au Forum sur les dimensions du développement scientifique et technique dans la Région de Sédhiou que le Groupe d’appui au développement, à l’éducation et à la formation (GADEF) et ses partenaires envisagent d’organiser au mois de mai 2016.
Par Mamadou Daffé enseignant à la Retraite
Ex-proviseur du Lycée Ibou Diallo Sédhiou



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