OPINION : De la palabre au véritable dialogue politique

A l’occasion de l’appel au "dialogue politique" lancé par le President de la République, certains politiciens sénégalais essaient, encore une fois, de trouver un nouveau souffle au "jeu" politique qui leur a permis de durer et de perpétuer un jeu de dupes qui assure la survie à des tas de personnes sans idées ni idéaux. Ne les laissons pas faire !

Oui le dialogue politique est opportun, nécessaire, impératif. Mais pourquoi ? sur quoi et à quelles fins ? Il serait temps de le dire de manière haute, lucide et conséquente.

Pourquoi ? En raison des enjeux de la complexité de la situation économique et sociale de notre pays, dans une Afrique en panne de dirigeants visionnaires et ambitieux, il nous faut restaurer le sens de l’engagement en politique. Redéfinir les valeurs qui le fondent et les paradigmes qui l’encadrent. Il faut donc se parler, mais surtout apprendre à s’écouter pour s’entendre...

Sous ce rapport, et pour parler très précisément du "dialogue politique " évoqué par le Chef de l’Etat, sans en définir les contours ni l’agenda ni les protagonistes, il conviendrait au moins d’en préciser l’objet. Autrement dit définir le sur quoi ?

Dans le souci de verser une contribution à la réflexion collective, je vous livre ici mon point de vue personnel. Ce point de vue se fonde sur l’urgence de donner à notre pays UNE chance de sortir des bavardages sans lendemains qui polluent l’espace public. Rappelons qu’un dialogue implique, nécessairement, une reconnaissance et un respect mutuel. Ici, le pouvoir comme l’opposition et les différentes parties prenantes au dialogue doivent neutraliser leur subjectivisme et mettre en avant les intérêts supérieurs de notre pays.

Ma proposition concrète est donc la suivante : que nous consentions tous à prendre comme base de travail les documents issus des travaux des Assises "Nationales" et ceux de la Commission Nationale de Réforme des Institutions ( CNRI). On se rappelle en effet que les Assises "Nationales " s’étaient tenues en l’absence du Chef de l’Etat, et du Parti majoritaire d’alors, qui les avait qualifiées "d’Assises de l’Opposition" . Sans esprit polémique ou partisan on peut, au demeurant, s’accorder sur le principe que, seul le Chef de l’Etat peut convoquer des Assises Nationales qui engagent véritablement la Nation ! C’est sous ce rapport que, si l’appel au dialogue du President Macky SALL est sincère et dénué de tout calcul stratégique à court terme, les travaux des Assises et de la CNRI peuvent valablement être soumises à amendements et validation pour bâtir un consensus fort qui transcende les clivages politiques pour sortir notre pays de l’ornière. Cet exercice aurait le double bénéfice de réconcilier les absents aux Assises avec les acteurs, fort respectables de cette initiative, mais aussi de fonder un dialogue politique sur du concret et non sur des ressentiments ou des stratégies de positionnement. De mon point de vue, il revient alors au President Macky SALL, en sa qualité de Chef de l’Etat, de convoquer un séminaire de partage de discussion et de validation des conclusions des Assises pour l’adoption, le plus largement possible, d’un document d’orientation stratégique et politique consensuel par les principales forces vives de la Nation. Il a le devoir et la légitimité de prendre cette initiative pour contribuer à la clarification du " jeu politique". De plus, il est de la hauteur de sa mission de dessiner les contours de l’Histoire de notre pays pour les prochaines décennies.

un consensus fort sur cette base devrait permettre :
une plus large appropriation des travaux des Assises qui restent une initiative privée malgré la qualité des ses animateurs.
Le qualificatif "Assises Nationales" qui ressortirait des travaux du Dialogue politique, ainsi convoqué par le Chef de l’Etat, après réexamen, discussion, enrichissement et validation la plus large possible de nouvelles " conclusions", serait plus inclusif.
La Nation en ressortirait ainsi plus soudée face aux défis sécuritaires qui nous assaillent. De plus, des réformes structurelles inédites pourraient être entreprises, notamment dans le secteur de l’Education Nationale qui est un enjeu prioritaire pour le devenir de nos enfants.
L’espace public seraient moins pollué par des discours dissonants sans lendemains ni substance.
Le chantier " Senegal" serait remis au cœur de toutes les préoccupations.

Ces objectifs valent quelques sacrifices. D’un point de vue méthodologique la simplicité des procédures et leur célérité peuvent, en utilisant toutes les ressources qu’offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication, assurer une collecte et une large diffusion de tous les input pour parvenir à un consensus fort !

Gardons à l’esprit que la montre tourne et nos horloges biologiques aussi. Le monde avance et des pays se bâtissent sous nos yeux, assurant l’épanouissement de leurs enfants et leur prospérité. Allons-nous continuer à assister , en spectateurs impassibles, à la marche du monde ? Ou allons-nous nous engager, résolument vers la construction d’un Avenir à la mesure de notre richesse spirituelle et morale ?

Le temps du pragmatisme éclairé frappe à nos portes. Sachons être à la hauteur de son rendez-vous.

Amadou Tidiane WONE
woneamadoutidiane@gmail.com




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