Non aux leurres : Pour une constitution par le peuple et pour le peuple

La déclaration solennelle du Président de la république, le lundi 16 février 2016, a précisé la mise en perspective de la réforme constitutionnelle préconisée et le retrait de la réduction du mandat en cours des modifications prévues. Or, cette question est restée pendant longtemps la focalisation de certains de ses partisans qui souhaitaient conserver le statu quo mais aussi de nombreux citoyens et surtout de ses détracteurs qui espéraient écourter son magistère. Pourquoi, le Président a-t-il choisi de manquer à cet engagement cardinal qu’il a proclamé de manière systématique au Sénégal et sur la scène internationale ? Mépriserait-il les archétypes qui fondent les vertus qui sommeillent encore au sein du peuple sénégalais ? De toute façon, les enjeux, les intérêts et les prospectives des uns et des autres ont impulsé une controverse plus vive et un mouvement dans les lignes de démarcation. En effet, les alignements et les clivages se dessinent et, dans une certaine mesure, les cassures et les séparations inévitables dans les tournants historiques s’amplifient. Dès lors, il est de la responsabilité des citoyens de participer à la construction du sens du moment historique.
Il faut, tout d’abord, rappeler qu’après la proclamation des quinze points de réforme constitutionnelle du Président Macky SALL, beaucoup de citoyens focalisés sur la réduction du mandat en cours considéraient encore le jeu comme normal et que les règles assureraient l’équité. Or, depuis son adresse du 16 février 2016 et la convocation précipitée du référendum, les déceptions et les désillusions se sont renforcées. Pourquoi le Président et ses services avaient-ils fait miroiter un référendum au mois de mai pour finalement l’arrêter à la date du 20 mars ? Agiraient-ils par ruse afin de surprendre les adversaires ?

Evidemment, les partis qui prévoyaient l’élection présidentielle en 2017 n’avaient pas perçu la nécessité de rejeter les leurres que le Président proposait au référendum afin d’asseoir un pouvoir personnel. C’est pourquoi, les manquements aussi importants qu’ils fussent leur paraissaient secondaires voire dérisoires. Alors, toutes les hypothèses s’articulaient sur la prochaine présidentielle, la conquête du pouvoir et une promesse de reconstruction du pays.
Dans cette mouvance, ils oubliaient que rien d’essentiel ne limitait le pouvoir du Président de la république. Or, l’hypertrophie de cette fonction est au centre des débats et des préconisations de réforme. C’est pourquoi, la soustraction du mandat en cours du projet référendaire allait engendrer un réveil brutal, un effondrement des stratégies mais surtout des cassures et des séparations dans les partis politiques et les coalitions. En vérité, le désir de conserver le pouvoir a finalement renié l’engagement du Président et remis la place de la parole donnée, au centre des débats.
Aussi, les partisans du Président s’acharnent à l’illustrer comme un champion du respect de la parole, ils savent que cette vertu persiste encore dans les profondeurs de la conscience des populations. Toutefois, il n’est pas aisé de nier l’évidence. Le Président a manqué à sa parole et ceux qui avaient dénoncé la glissade de son prédécesseur éprouvent des difficultés à faire accepter cette face obscure et négative du « Wax Waxeet ». Le conseil constitutionnel n’y peut rien. La quête d’un prétexte ne disculpe pas le Président. Au contraire, la versalité de ses conseillers qui, une fois au pouvoir, ont changé de science, a effrité considérablement la confiance que devrait susciter sa parole.
De toute évidence, ce reniement est en contradiction flagrante avec les archétypes qui permettent à la société sénégalaise de résister encore aux vagues destructrices des valeurs négatives et à la dérive. En effet, dans les diverses composantes de celle-ci, l’héritage historique et culturel est marqué par le respect de la parole donnée. Elle est, dans ces cas, un pacte que rien n’abroge si ce n’est la mort ou la disparition des conditions de son exécution. Ainsi, il n’est pas étonnant que se répandent au sein des populations de base la déception, le désaveu et le rejet. En effet, les débats qui ont traversé les mouvements sociaux ces dernières années ont replacé le respect de la parole donnée à la surface du système des idées.
Pourtant, de l’autre coté, la défense des privilèges, des avantages et autres intérêts acquis à la proximité ou au sein du pouvoir incite certains à renier leurs engagements afin de couvrir le « Wax Waxeet » du Président. S’agirait-il pour ceux-là de participer à une machination pour affaiblir et anéantir la volonté du peuple ?
De toute façon, ceux qui évoquent les dispositions transitoires de la constitution de 2001 font semblant d’oublier que ses rédacteurs ont déjà précisé, dans les controverses antérieures, que sans les dispositions précitées il était possible de limiter à cinq ans le premier mandat de l’alternance de 2000. Et, certaines indiscrétions laissent croire que ce sont les rédacteurs qui avaient convaincu le Président WADE de maintenir le septennat pour ce premier mandat et d’en faire la mention dans le texte. C’est pourquoi, il n’est pas décent de se refugier derrière cette « tradition historique ».
Du reste, le reniement sur la question du mandat en cours n’est pas le seul. Au contraire, ils sont nombreux sous le magistère du Président SALL. Et, que faire de son engagement pour une nouvelle constitution ?
A la vérité, la plupart des intellectuels et des directions politiques ont proclamé à un moment ou à un autre la nécessité de concevoir une nouvelle constitution. Ils n’ont pas été démentis par les travaux de la commission nationale de réforme des institutions commandés par le Président SALL. De plus, il est admis par tous que les constitutions adoptées jusqu’ici au Sénégal sont des copies de celles des anciens colonisateurs. Elles ne s’adossent pas sur les archétypes qui fondent les valeurs positives mises à jour par l’histoire et la culture du Sénégal et de l’Afrique. Pourtant celles-ci recèlent de modèles de gouvernance vertueuse, d’abnégation et de don de soi pour le service des autres. Pour exemple, au XVIIIe siècle Ceerno Süleyman BALL n’insistait-il pas sur le principe de l’égalité de tous devant la justice et l’élection du dirigeant pour sa compétence, ses qualités de désintéressement et sa disponibilité pour être au service des autres ? De la même façon, l’histoire du Sine n’a-t-elle pas laissé en survivance le culte de la solidarité et du respect de la parole donnée ?
Les diverses composantes de la société sénégalaise ont élaboré des valeurs qui pourraient être reformulées pour l’édification d’une société plus forte et qui préserverait le mieux être de tous les citoyens.
Il est évident que la constitution actuelle reste l’affaire des élites intellectuelles et politiques qui la manipulent et la modifient au gré des intérêts conjoncturels. Les populations de base en gardent une compréhension très superficielle. Il n’est pas faux de considérer que celle-ci leur est étrangère même si elles la subissent. En plus, la lacune de la langue d’expression est un obstacle à son appropriation massive.
Dés lors, n’est-il pas venu le moment de changer et de renverser la perspective ? En effet, il faut s’accorder sur le fait que la constitution n’est, exclusivement, ni la volonté du Président de la république ni l’affaire d’experts en techniques juridiques (les constitutionnalistes). Elle doit être, au contraire, l’expression de la volonté du peuple, le véritable constituant. C’est pourquoi, dans l’optique de la démocratie participative le peuple est placé au centre de l’élaboration de la constitution. Aussi, pour rendre la décision au véritable souverain, le peuple sénégalais, il faut susciter de larges concertations dans lesquelles toutes les propositions et tous les travaux dans les domaines relatifs à la constitution seraient visités par les populations de base.
Une telle démarche faciliterait l’élaboration d’une constitution mieux partagée, mieux appropriée par le peuple et mieux portée par celui-ci.
En définitive, on peut accepter que le Président SALL convoque un référendum selon les prérogatives que lui confère sa fonction. Toutefois, la réforme constitutionnelle qu’il propose actuellement ne change pas l’hypertrophie du pouvoir du Président de la république. Elle escamote l’essentiel des réformes agitées depuis plusieurs années dont certaines apparaissent dans les conclusions de la commission nationale de réforme des institutions. De plus, la démarche est fondée sur le reniement de la parole et la ruse.
Ces valeurs négatives ne construisent pas une société forte, elles sont aux antipodes des archétypes qui font la fierté du peuple sénégalais. C’est pourquoi, il est juste de rejeter cette réforme et d’inviter à voter « non » au référendum du 20 mars 2016. De toute façon, la situation nécessite un large refus et la transformation de toutes les formes qu’il revêtirait en un vaste mouvement populaire constituant qui se baserait d’abord sur l’héritage historique et culturel du peuple sénégalais.

28/02/2016
Alioune DIOP




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