Nigeria : comment le gouvernement poursuit sa lutte contre Boko Haram

Il y a un an, Muhammadu Buhari remportait l’élection présidentielle au Nigeria. Un évènement démocratique important dans l’histoire du pays. L’ancien militaire à la retraite avait notamment promis d’éradiquer, d’ici décembre 2015, l’insurrection armée du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Boko Haram), qui déstabilise aussi le Niger, le Tchad et le Cameroun.
Le gouvernement du Nigeria est optimiste, parce que Boko Haram ne contrôle plus de grandes villes dans le pays. A l’été 2014, les insurgés de ce groupe jihadiste avaient proclamé un califat à Gwoza. Or, l’armée affirme les avoir totalement délogés des principales villes des Etats de l’Adamawa, de Borno et de Yobe. Il n’y a officiellement pas d’attaques « frontales » avec l’armée, comme l’indique Femi Adesina, l’un des conseillers du président Muhammadu Buhari.

« Lorsque le président a été investi en mai 2015, pas moins de 14 gouvernements locaux étaient encore entre les mains de Boko Haram. Les insurgés avaient planté leurs drapeaux, proclamé des califats, et ils avaient totalement administré ces lieux. Aujourd’hui, au moment où je vous parle, ils ne contrôlent plus un seul gouvernement local. Cela démontre que les forces armées ont vraiment beaucoup agi, sous l’administration de Muhammadu Buhari, pour renverser la tendance et les choses ne peuvent qu’aller dans ce sens maintenant », a-t-il déclaré.

La direction des forces armées remaniée

Dès son arrivée au pouvoir, Muhammadu Buhari a renouvelé l’ensemble de l’encadrement des forces armées, dont la gestion de la crise avait été largement décriée. Autre mesure importante : le transfert du centre de commandement des opérations militaires d’Abuja, la capitale fédérale du pays, vers Maiduguri, dans l’Etat de Borno. Cela a permis de mieux coordonner les opérations militaires, explique Nnamdi Obasi, chercheur à l’International Crisis Group -ICG).

« On observe des améliorations sur le plan tactique. Des contingents de l’armée de terre et de l’air ont été déplacés près des sites où Boko Haram est présent. Le nouveau chef d’état-major des armées tente réellement de transformer les mentalités des soldats. Ces derniers ont été plus offensifs sur le terrain, notamment parce qu’ils ont reçu de meilleurs équipements. Ils reçoivent régulièrement leur solde, leur alimentation a été améliorée et le moral est meilleur », note-t-il.

Certains obstacles demeurent

Parmi les obstacles rencontrés dans cette lutte contre Boko Haram, il y a d’abord la configuration géographique du Nigeria. Boko Haram contrôle encore plusieurs parties de la forêt de Sambisa, un terrain hostile qui borde la frontière camerounaise. A cela s’ajoutent les divers pièges posés par les insurgés.

« Les militaires avec lesquels je me suis entretenu racontent qu’ils tombent régulièrement sur des mines. Ces zones sont infestées d’engins explosifs improvisés. Ils doivent se déplacer prudemment, car ils n’ont pas suffisemment d’équipement pour déminer. Or le territoire ciblé est très vaste », explique encore Nnamdi Obasi.

Les déplacés gardent l’espoir de rentrer chez eux

Les familles des camps provisoires proches d’Abuja vivent dans l’espoir de pouvoir retrouver leurs villages. Bala Youssouf est un jeune diplômé, venant d’une localité proche de Gwoza. Réfugié avec sa famille dans la périphérie d’Abuja, ce jeune émet une seule condition à son retour à Gwoza : l’assurance d’un environnement sécurisé. Les conditions ne lui semblent pour le moment pas réunies.

« Mon village est occupé. C’est difficile de dire aux gens de rentrer. Rien que la semaine dernière, on a reçu des informations selon lesquelles des éléments de Boko Haram ont attaqué l’armée dans notre village et des lieux aux alentours. C’est le genre de choses qui nous décourage. Nous pensons en permanence à la manière de rentrer, de retrouver un lieu sûr, où on pourrait de nouveau mener des activités agricoles. Un lieu avec des hôpitaux, des écoles et surtout, un endroit où la sécurité est assurée. Nous voulons rentrer chez nous », observe-t-il.

Au-delà des questions militaires, à moyen terme, c’est la reconstruction de toute une région qu’il faut envisager ; remettre en route les services publics de base, les écoles, reconstruire les infrastructures. Afin de permettre un retour dans de bonnes conditions. JEUNE AFRIQUE




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