Niger : Situation insolite

Quel pays au monde est capable de laisser un candidat à l’élection présidentielle se présenter en étant incarcéré ?
C’est le cas au Niger, ou vient d’avoir lieu le premier tour des élections présidentielles, couplées aux élections législatives. Les résultats, contre toute attente, n’ont pas permis au Président sortant, Mahamadou Issoufou de passer au premier tour, comme il en était convaincu.
Un score honorable de 48,41 %, certes, mais perturbé par la répartition des votes au profit d’une multitude de candidatures (15), dont l’expression, plus ethnique que politique a fortement handicapé le candidat Issoufou.
Les élections trafiquées auxquelles les pays africains nous ont habitué, n’ont pas été de mise lors de ce premier tour .Il serait, en effet, inconcevable que le Président sortant ait pu « tripatouiller » et ne pas être élu pour seulement 1,5 %. Pour mémoire, des résultats proches des 100 % sont fréquents sous les tropiques .Ceci dit, il n’y a pas si longtemps, les morts votaient en France.
Les Commissions Electorales Indépendantes créées dans de nombreux pays africains n’ont d’indépendant que le nom et les résultats sont le plus souvent définis dans le bureau du Ministre de l’intérieur, premier homme de confiance du Président. Ce ne fut pas le cas à Niamey, ou la CENI (Commission Electorale Indépendante du Niger) qui a quelque peu peiné à égrener les résultats, a le mérite de n’avoir pas avoir été sous tutelle et a annoncé des résultats justes.
Le nombre de députés acquis par le parti du Président Issoufou est plus certainement près de la réalité des véritables intentions de la population en sa faveur. La majorité absolue est déjà acquise à l’assemblée Nationale.
La victimisation de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, incarcéré à Filingué, d’ou il gère sa campagne en toute quiétude aurait du, si il avait encore l’acception des Nigériens, lui permettre d’obtenir un score sans précédent.
Le dossier pour lequel il a, dans un premier temps fui le Niger, puis regagné son Pays, persuadé que son arrivée provoquerait un mouvement d’amplitude pour l’exonérer, est dans les esprits des Nigériens. Ce dossier est plus ambigu qu’il n’y parait.
Hama Amadou est accusé (ainsi que son épouse et d’autres notables) d’avoir importé du Nigéria voisin des enfants dont il se serait attribué la paternité.
Il faut savoir que dans certaines ethnies en Afrique, une femme stérile (les hommes ne le sont jamais) peut être répudiée ou mise à l’écart. La succession devant être assurée et les adoptions légales n’étant pas dans les traditions, il faut impérativement trouver un moyen de substitution. L’achat d’enfants sans aucune formalité est pratiqué dans de nombreuses contrées africaines et plus particulièrement au Nigéria voisin
Là ou le bat blesse ; c’est la relation entre l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok dans le nord du Nigeria , prises en otage par Boko Haram, dont certaines ont été « engrossées » de force pour revendre des enfants conçus sous le viol et la contrainte.
L’implication d’une personnalité, obligatoirement informée des pratiques en amont, dans un circuit écœurant, ne plaide pas en sa faveur.
Nombres d’électeur Nigérien, ont certainement fait cette analyse, et les voix du Modem/Lumana (Parti d’Hama Amadou) se sont dispersées dans la nature, mais ne se sont pas reportées sur sa candidature (17,8 % seulement).
Les états-majors de la droite française n’ont pas été dupes. Pendant ses treize mois passés à Paris, il a tenté de rallier ses contacts à sa cause, mais tous ont refusé d’appuyer ouvertement la candidature d’Hama Amadou, et pour cause ; un homme politique a suffisamment de sources d’informations à disposition pour éviter de cautionner si il y a un risque.
La situation ubuesque, d’un candidat derrière les barreaux, attire les médias, et plus particulièrement les médias occidentaux. On assiste à un marronnier médiatique qui, bien évidement n’utilise pour accrocher le lectorat que la partie victimisation et ne cherche pas trop d’informations sur l’origine de son incarcération.
Aujourd’hui, les signataires de la coalition de l’opposition (COPA), qui s’étaient entendus pour soutenir le meilleur au deuxième tour, ne sont plus tous d’accord pour donner des consignes de vote au profit d’Hama Amadou qui n’a obtenu que 5 % de plus que l’ex-premier Ministre Seyni Oumarou.
Doit-on soutenir un allié qui n’a pas obtenu l’ensemble des voix de son propre parti et prendre le risque d’être marginalisé pendant cinq ans pour avoir soutenu un candidat qui n’est plus un leader de poids et qui , de surcroit , risque d’être condamné par une justice Nigérienne indépendante du pouvoir législatif ?
C’est l’épineuse question qui taraude les signataires : l’ancien Premier ministre Seyni Oumarou qui a obtenu 12,11 % des suffrages, l’ancien président Mahamane Ousmane 6,25 % et Amadou Boubacar Cissé 1,48 %.
Ibrahim Yacouba dissident du parti du président Issoufou qui a raflé 4,34 %, a déjà pris la bonne décision.
Tous conscients que le marronnier médiatique perdra ses feuilles et ne laissera que les bogues dans quelques semaines, qu’adviendra t’il d’eux pendant les cinq années qui viennent ? Quatre d’entre eux s’interrogent sérieusement sur les conséquences de leur soutien à Hama Amadou.
Les Nigériens sont conscients des véritables changements apportés par Issoufou durant son mandat.
Au plan sécuritaire , même si le Ministère des Affaires Etrangères français classe le Nord Niger en zone rouge ; l’entourage du Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian s’accorde à dire que c’est, à ce jour l’un des pays les mieux protégés de la sous région, ne serait-ce que par la présence des forces françaises et américaines qui veulent préserver la stabilité et la sécurité dans ce pays entouré par Daesh, Al-Qaïda au Maghreb Islamique, Ansar Eddine, Al Morabitoune et Boko Haram et victime de la destruction de l’équilibre ethnique en Lybie suite à l’intervention de la France et des Etats Unis en 2011.
Le Niger étant l’un des principaux points de passage des migrants avant leur départ pour la Lybie et la traversée de la Méditerranée, la mise en place de centres d’accueils et de cellules d’aides à la prise de conscience sont en cours d’installation pour inciter les candidats à la traversée à renoncer à un projet dangereux et souvent sans espoir et les réorienter vers leur pays d’origine.
La manière dont le Niger a su accepter l’aide des puissances occidentales sans pour autant être inféodé n’a pas échappé aux Nigériens.
Le partage du pouvoir avec les Touaregs et les ex rebelles Touaregs du MNJ (Mouvement Nigérien pour la Justice d’Aghali Alambo) et ceux du FLAA (Front de libération de l’Aïr et de l’Azaouak de Rhissa Ag Boula), a permis de ne pas assister à une fracture comme c’est encore le cas au Mali ou les derniers accords restent lettre morte. Le premier Ministre nommé par le président Issoufou, Brigi Rafini est Touareg, et de nombreux Touaregs détiennent des postes clés au sein du pays.
Dans un pays ou l’une des seules richesses était l’uranium, l’abandon par Areva du site d’Imouraren et la chute des cours auraient du conduire à une récession sans précédent. La compensation par les rentrées pétrolières, les exportations agricoles (6% de taux de croissance) et les aides internationales utilisées à bon escient ont permis la réalisation d’infrastructures dont le peuple a bénéficié : écoles, hôpitaux, routes, voie ferrée, électrifications, barrages.
L’effort considérable pour redonner aux journalistes le droit de s’exprimer à conduit le Niger de la 139e à la 47e place en matière de liberté de la presse.
Un frein visible à la corruption mis en place depuis deux ans, incite les bailleurs de fonds à accorder une aide particulière à ce pays dans lequel les fonds ne retournent pas dans les paradis fiscaux ou ne retransforment pas en biens mal acquis.
Le résultat du deuxième tour des élections présidentielles devrait refléter le résultat des législatives, et reconduire le Président Issoufou pour un deuxième et dernier mandat. Il ne changera pas la constitution pour briguer un troisième mandat, contrairement à nombre de ses voisins heureux ou malheureux. L’histoire prouve qu’au Niger, l’armée loyaliste et légaliste, laisse le pouvoir aux politiques mais ne leur permet pas de tripatouiller la constitution…
Robert DULAS
Ex Conseiller Spécial de Présidents, Ambassadeur Itinérant et Plénipotentiaire
Co-auteur de Mort pour la Françafrique aux éditions Stock




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