MONDE : Pourquoi l’ONU se méfie des enquêtes sur la corruption

Les indices de Transparency International ou de la Banque mondiale font autorité pour évaluer l’ampleur du fléau sur le continent. Mais, selon la Commission économique pour l’Afrique, ils déforment la réalité.

Entre fin 2015 et le début de cette année, Transparency International a successivement publié deux études visant à mesurer l’évolution de la corruption en Afrique. La première, un baromètre paru le 1er décembre et intitulé « People and Corruption : Africa Survey 2015 », indiquait que, pour la majorité (58 %) des personnes interrogées dans 28 pays, la corruption d’après la perception qu’elles en ont, a augmenté entre 2014 et 2015. La seconde enquête, sortie le 27 janvier, qui est en fait le classement annuel mondial des États à travers l’indice de perception de la corruption, présentait un tableau guère reluisant du continent.

Des résultats contestés

Et si tout cela ne reflétait qu’une part infime du phénomène ? Ou, au contraire, si les résultats de ces enquêtes surestimaient largement l’ampleur du fléau en Afrique ? Autant d’interrogations qui émergent à la lecture de la quatrième édition du rapport de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) sur la gouvernance en Afrique, publié le 2 avril. Dans ce document d’environ 120 pages, consacré cette année à la mesure de la corruption sur le continent, l’organisme onusien, très critique, soutient que « la plupart des indicateurs actuels ne présentent guère un tableau fiable du phénomène en Afrique ». D’après l’institution dirigée par le Bissau-Guinéen Carlos Lopes, « ces mesures, principalement fondées sur des perceptions et les vues très subjectives de quelques individus et entreprises, peuvent même présenter de manière déformée les réalités sur le terrain ».

« Nous affirmons que les indicateurs actuels ont de sérieuses limites parce qu’ils ne saisissent pas le phénomène dans sa globalité, explique Adam Elhiraika, le responsable de la division spécialisée dans les politiques macroéconomiques de la CEA. Par exemple, ils ne prennent pas en compte les problèmes de gouvernance qui sous-tendent la corruption, ils ignorent la dimension internationale du phénomène et ils n’aident pas les pays africains à en mesurer l’évolution dans le temps puisque, dans le cas de certains indices, les échantillons de sondés changent au fil des ans. »

Il se pourrait en fait que la corruption sur le continent ne soit pas pire que dans les autres régions du monde, selon les économistes de la CEA
Faut-il voir dans ce rapport, qui ne manquera pas de faire des vagues, une réponse à ceux de Transparency International ? « Notre analyse ne cible pas spécialement l’indice de cette ONG mais tous les indicateurs mis en place par toutes les institutions reconnues [Banque mondiale, fondation Mo Ibrahim, Afrobaromètre, etc.] », assure Adam Elhiraika.

Il ne s’agit pas non plus, soutient-on à la CEA, de minimiser la corruption et ses conséquences néfastes sur les économies africaines, à savoir « une hausse des prix pour les consommateurs, une diminution des recettes fiscales, l’incapacité des gouvernements à financer les dépenses budgétaires, etc. ». Bien au contraire. Alors que l’Afrique émerge économiquement, plutôt que de publier des indices qui ont tendance à jeter l’opprobre sur ses pays, il faut, d’après la CEA, élaborer des outils plus pertinents et des propositions pouvant les aider à lutter efficacement contre ce fléau. D’autant que, selon les économistes de la CEA, « il se pourrait en fait que la corruption sur le continent ne soit pas pire que dans les autres régions du monde », contrairement à ce que laissent souvent penser certains indicateurs.

Des conclusions différentes selon les études

Pour illustrer les limites des méthodes de mesure actuelles de la corruption, le document de la CEA cite par exemple le cas de l’Afrique du Sud, dont le classement varie de manière très significative en fonction de l’indice observé. En effet, d’après le baromètre de Transparency International, 83 % des Sud-Africains estiment que la corruption a augmenté dans leur pays entre 2014 et 2015. Dans le même temps, International Budget Partnership (IBP), une coalition internationale d’organisations de la société civile, classe l’Afrique du Sud parmi les trois pays les plus transparents en matière d’« exécution budgétaire dans le respect de la loi », de surveillance par les institutions de contrôle mais aussi d’accès du public à l’information.

Ces enquêtes renvoient des images très contradictoires d’un même État. Et il s’agit là d’un aspect important du débat. Car les travaux qui font autorité, comme l’indice de perception de la corruption de Transparency International, les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale, l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine ou encore les enquêtes Afrobaromètre sont souvent utilisés par les bailleurs de fonds et les influencent dans leurs décisions d’investir ou d’allouer l’aide au développement et lorsqu’ils analysent le risque pays. De fait, la recommandation de la CEA est assez radicale : n’utiliser aucun des indicateurs actuels de manière exclusive.

Quand la CEA semble considérer que la dimension internationale de la corruption (rapatriement des avoirs et blanchiment d’argent) doit être sérieusement prise en compte, l’économiste de l’OCDE affirme que c’est d’abord sur le plan local qu’il faut travailler
Pour Bakary Traoré, analyste à l’OCDE, « il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Car les indices de perception de corruption, quoique imparfaits, ont leur utilité. Ce sont notamment des outils de sensibilisation qui permettent de recueillir l’opinion des citoyens, qui sont les premières victimes », explique-t-il. Bakary Traoré souligne qu’il est difficile de prendre en compte toutes les dimensions de la corruption dans une seule enquête : « Chaque indice est élaboré dans un objectif précis. On a souvent tendance à lui donner une importance qui va au-delà de l’objectif initial. »

De même, quand la CEA semble considérer que la dimension internationale de la corruption (rapatriement des avoirs et blanchiment d’argent) doit être sérieusement prise en compte, l’économiste de l’OCDE affirme que c’est d’abord sur le plan local qu’il faut travailler en mettant en place des institutions de contrôle comme le Kenao, au Kenya, ou le Bureau du vérificateur général, au Mali. Et surtout en donnant à celles-ci le moyen d’être efficaces.

Les deux parties s’accordent cependant sur une ligne à suivre : utiliser avec précaution les indices de perception, les appuyer sur des enquêtes plus transparentes et représentatives et les compléter par des indicateurs quantitatifs. Et ainsi obtenir des mesures de la corruption plus élaborées et plus utiles. JEUNE AFRIQUE



AFRIQUE-MONDE

logo article

Le "New York Times" a recensé tous les mensonges de Trump (et ils sont nombreux)

24/06/2017 par :

DONALD TRUMP - Cette compilation fait froid dans le dos. Deux journalistes américains du New (...)

logo article

Les musulmans de France fêteront la fin du ramadan dimanche

24/06/2017 par :

Les musulmans de France fêteront dimanche l’Aïd el-Fitr, la fête de la rupture du jeûne qui marque (...)

logo article

Ghana : fin des privilèges diplomatiques pour les anciens présidents

24/06/2017 par :

Ce changement de traitement concerne non seulement les anciens chefs d’Etat mais aussi les (...)

logo article

Soudan du Sud : la fête de l’indépendance annulée

24/06/2017 par :

Comme en 2016, la fête nationale ne sera pas célébrée cette année. Le gouvernement sud-soudanais a (...)

logo article

Ryad déjoue une attaque d’envergure contre le premier lieu saint de l’islam

24/06/2017 par :

L’Arabie saoudite a annoncé avoir déjoué un attentat d’envergure contre la Grande mosquée de La (...)

logo article

Jammeh retourne en Gambie

20/06/2017 par :

En Exil en Guinée Equatoriale, Yaya Jammeh n’oublie pas, pour autant, la Gambie. Par le biais (...)

logo article

Zeinab demande le divorce à Jammeh

20/06/2017 par :

Zeinab Suma aurait officiellement demandé le divorce à Yaya Jammeh. L’ex première dame, que les (...)

logo article

Gambie : Un Sénégalais arrêté pour 2 meurtres, 4 viols et 4 incendies

20/06/2017 par :

Dix chefs d’accusations pèsent sur la tête d’un Sénégalais, dont l’identité n’a pas été révélée, en (...)

logo article

Texas : Une Sénégalaise battue à mort par son époux ivoirien

20/06/2017 par :

L’affaire fait les choux gras de la presse en Côte d’Ivoire. Hermann Fulgence Gninia, 41 ans, un (...)

logo article

Aboubacry Ba nommé Dg d’un groupe de presse à Conakry

20/06/2017 par :

Le journaliste Aboubacry Ba, employé de la chaîne Canal Plus, a été nommé à la tête du groupe (...)

logo article

9 morts : Bilan définitif de l’attaque de Bamako

20/06/2017 par :

Le bilan définitif de l’attaque terroriste de dimanche après-midi au campement Kangaba, dans la (...)

DEPECHES

18 juin 2017

Trump tweets : "Je suis enquêté pour avoir tiré le directeur du FBI par l’homme qui m’a dit de déclencher le directeur du FBI. Chasse aux sorcières !"

18 juin 2017

Le Chili bat le Cameroun pour son premier match en Coupe des Confédérations

19 mai 2017

VIOLENT ACCIDENT SUR L’AUTOROUTE : PAS DE MORT ; QUE DES DÉGÂTS MATÉRIELS IMPORTANTS

3 mai 2017

Sénégal : Khalifa Sall et ses co-détenus restent en prison

12 avril 2017

Un élève de Limamoulaye kidnappé et tué

DOSSIERS

KIOSQUE

BIENTÔT DISPONIBLE

+ POPULAIRES