MAURITANIE : Entretien exclusif avec Me TAKIOULLAH EIDDA, AVOCAT

Mauritanies1 - 1. Quelle est votre appréciation globale sur l’évolution de l’investissement en Mauritanie depuis l’arrivée au pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz ?

L’investissement porteur de développement systémique et horizontalement bénéfique à l’ensemble du pays, n’existe pas actuellement en Mauritanie et d’ailleurs n’a jamais existé. Certes, il y a eu des tentatives, dont une des plus importantes a tourné en queue de poisson ; mais toutes se sont heurtées au clientélisme, aux blocages de certains acteurs d’intérêts économiques locaux, au manque de suivi, voire à l’indifférence ou à l’incompétence des institutions de tutelle concernées.

2. La Direction Générale de la Promotion du secteur Privé (logée au Ministère des Affaires Economiques et du Développement-MAED) a organisé une journée de vulgarisation sur les principales réformes entreprises en vue d’améliorer le climat des affaires, le 27 mai dernier.

Quelle est votre évaluation de celles-ci ? Et quelles sont encore les insuffisances et faiblesses ?

Le MAED essaie de faire de son mieux, en divulguant et en mettant de l’avant une série de réformes visant à raccourcir les délais ; à démanteler les barrières financières relatives à la mise en place des entreprises ; à l’accès aux crédits bancaires, etc …

Mais le problème n’est pas là ! Le problème se trouve fondamentalement au niveau de la « culture et de l’environnement » relatifs à l’investissement ainsi qu’aux moyens mis en place par l’État pour conjurer les démons qui se dressent devant lui en Mauritanie.

Par exemple, à quoi ça sert d’avoir les statuts d’une entreprise en moins de 48 heures, si n’importe quel agent de l’État peut la cadenasser en 15 minutes. À quoi ça sert d’être branché dans un délai d’une heure au réseau électrique, si celui-ci n’est pas en mesure d’alimenter les installations de l’investisseur de façon permanente, fiable et à des coûts raisonnables ?

À quoi ça sert d’avoir accès aux services d’une banque locale si des doutes persistent quant à sa fiabilité et à la capacité de la Banque Centrale (BCM) d’assurer et d’assumer, le temps venu, les garanties à cet égard ?

À quoi ça sert de s’adresser à un tribunal si les parties savent que le dossier a été jugé d’avance ? Évidemment RIEN ! Et la zone franche de Nouadhibou en est l’exemple parfait à ce niveau, où après plusieurs années de sa mise en place, elle n’arrive toujours pas à attirer des investisseurs crédibles et porteurs d’espoir sur le long terme. Et pourtant, on a là une initiative et une idée géniales.

Donc, il ne faut s’obstiner à pelleter les nuages ! Il faut plutôt du sérieux, de l’objectivement crédible et des réformes puissantes qui ciblent le fond du problème, à savoir la mentalité insouciante et irresponsable des intervenants mauritaniens dans le secteur.

3. Le gouvernement mauritanien a adopté un nouveau Code de Commerce qui devrait être soumis à l’approbation des deux (2) chambres du parlement (sénat et assemblée nationale) à l’occasion de la session extraordinaire en cours. Avez-vous lu ce document important rapport aux règles qui gouvernement l’évolution du climat des affaires ? Quelles sont les innovations qu’il apporte dans ce domaine ?

Tout d’abord, je n’ai pas pris connaissance de l’ébauche de ce nouveau Code. Ceci dit, je le dis et je le répète : les textes, bien que très souvent imparfaits, ne sont pas ici en cause !

Le problème réside fondamentalement dans « l’environnement et la culture » de l’investissement en Mauritanie, lesquels ont démontré, sur une période de 55 ans, leur incapacité d’assoir une confiance qui invite, conforte et rassure les investisseurs à implanter leurs initiatives ou leurs entreprises en Mauritanie.

Quand on parle d’environnement, il faut comprendre par là, la stabilité politique et institutionnelle du pays ; la sécurité à l’intérieur de ses frontières ; la crédibilité de son administration ; la qualité de la formation de la main d’œuvre et le respect de la norme juridique et sa sanction.

Autant d’éléments qui favorisent l’instauration d’un climat d’affaires dépouillé de crainte et qui inspire la confiance, porte étendard de l’investissement.

Relativement à la stabilité et la sécurité, le pays réalise des acquis, lesquels il faut singulièrement saluer ici, bien que la situation dans la sous-région reste tumultueuse.

En revanche, l’administration en générale et celle de l’institution judicaire en particulier, peines à trouver la crédibilité souhaitée, tellement le facteur humain manque de rigueur, de discipline, de compétence, voire de conscience patriotique.

N’en parlons pas de l’enseignement et de la formation de la main-d’œuvre, lesquels tirent le diable par la queue. Les concours du BAC en sont l’exemple pathétique : moins de dix pour cent de réussite, alors que l’État doit, tant qu’à moi, peser de tout son poids en faveur de ce secteur et lui allouer toutes les ressources nécessaires en deuxième position après celle de la défense nationale.

Il est donc temps pour la Mauritanie de réformer foncièrement son administration, particulièrement son système judiciaire, afin de le rendre objectivement plus crédible aux yeux des investisseurs. Et si cela passe par la création de structures spécialisées autonomes, il faut avoir le courage de les mettre en place.

Je pense entre autres à la création d’un « Tribunal d’Arbitrage Indépendant », géré en partenariat avec des institutions non mauritaniennes, reconnues pour leur crédibilité et leur indépendance, comme la Chambre de Commerce International (CCI), par exemple.

Mais pas seulement ! À ce stade de son sous développement, la Mauritanie doit aussi penser à créer, en partenariat avec des institutions financières internationales privées, une structure solide, capable de gérer et de garantir les flux financiers des investisseurs.

Une sorte de « Banque de développement et d’assurance des investissements », plutôt que de s’en remettre aux coffres forts de nos banques artisanales, lesquelles ont largement démontrées leurs limites et leurs modes de gestion pitoyables, auxquels personne ne fait confiance. Je veux dire par là qu’il faut innover, oser et bousculer les inerties. Comme on dit, seuls ceux qui n’ont pas d’imagination, trouvent refuge dans la réalité !

4. La Mauritanie, pays dont les banques publiques ont été totalement mises à genoux par des débiteurs de mauvaise foi au début des années 80, devrait au cours des prochains mois, être dotée d’une nouvelle loi sur le recouvrement des créances bancaires. Qu’attendez d’un tel outil juridique par rapport aux règles de remboursement qui conditionnent l’évolution du crédit, facteur important dans l’investissement ?

Je pense que cette loi vient répondre à des impératifs pratiques dans ce domaine. Car le crédit est la plate forme de la fluidité du circuit financier. Sans le crédit, rien ne bouge ! Mais faut-il encore qu’il y ait la possibilité de prêter à un maximum de personnes afin d’atteindre les objectifs principaux, à savoir : répondre aux initiatives économiques pour développer le pays, mutualiser l’endettement et contenir les effets pervers de celui-ci.

Et la seule façon de le faire c’est, d’une part, combattre et sanctionner sans pitié les pratiques prohibitives des banques elles-mêmes et, d’autre part, renforcer les capacités et l’expertise de la BCM. Sinon, nous reviendrons à la case départ. Et voici pourquoi :

Voyez-vous, les dernières crises bancaires en Mauritanie nous ont démontré à l’évidence que la BCM est quasiment impuissante à gérer le système bancaire mauritanien, compte tenu de la prolifération incontrôlée de celui-ci, son opacité malsaine, sa concentration entre les mains de quelques individus spéculateurs-commerçants et sa dépendance des initiatives des pouvoirs publics.

Rappelons nous que le taux de bancarisation en Mauritanie est de plus ou moins 2% pour presque trois (3) millions d’habitants. Pour se partager cette toute petite assiette financière, plus de 15 banques ont obtenues des agréments auprès de la BCM, selon des critères plus ou moins élastiques.

Plusieurs de ces banques se sont auto-déclarer « banques islamiques », sans qu’on ne sache vraiment en fonction de quel critère juridique elles vont fonctionner, ni à l’intérieur de quels paramètres elles vont se placer dans le système, d’autant plus que la BCM a déjà de la difficulté à faire respecter ses propres statuts et ordonnances auprès des banques primaires classiques.

En effet, aucune banque ne respecte intégralement les lois relatives à son fonctionnement, pas même la Banque Centrale de Mauritanie. À titre d’exemple, les articles 43 et 44 de l’Ordonnance 020-2007, Portant Règlementation des Établissements des Crédits, obligent chaque banque à publier le bilan, le compte d’exploitation générale, le compte de profits et pertes et le tableau des flux de trésorerie au plus tard le 30 Septembre dans le Journal Officiel (JO).

Aucune banque ne s’est jamais acquittée de cette obligation ! Pourtant, ces dispositions sont d’une importance capitale, car elles permettent aux investisseurs et aux déposants-épargnants d’avoir une idée claire sur la solidité, la capacité et la santé tout court de chaque banque. Mais bon, peine perdue !

La BCM a aussi le devoir d’évaluer les ratios risques (Ratio Cooke), de façon systématique et quotidienne, de chaque banque afin de fixer les limites du danger des prêts que celle-ci accorde à ses clients, et ce, en fonction de ses capitaux propres mais aussi de la protection des intérêts de ses déposants. Or, la BCM a failli par le passé à cet égard, et les exemples de la Maurisbank (et d’autres) sont là pour nous le rappeler.

Au lieu que le risque-crédit soit mutualisé et ventilé sur l’ensemble des déposants-épargnants en Mauritanie, la BCM le laisse, avec ses centaines de milliards d’ouguiyas en jeu, à la merci d’une poignée d’hommes d’affaires, ce qui est grave, voire catastrophique si deux ou trois parmi ces affaireux se déclarent en défaut !

Ces quelques débiteurs, « affaireux », sont eux mêmes propriétaires de banques et commerçants à la fois. Le résultat en est que non seulement ces individus sont à la fois les seuls principaux débiteurs banquiers de presque l’ensemble du crédit-risque de la BCM, mais aussi et surtout les principaux « débiteurs » des déposants-épargnants, clients des banques dont ils sont les propriétaires !

En d’autres termes, ils empruntent à la BCM, avec un taux d’escompte très avantageux et utilisent, en plus, les dépôts et les épargnes de leurs propres clients pour fructifier leurs propres commerces et business, se plaçant ainsi en flagrant délit de conflit d’intérêt, et ce, au mépris de l’autorité de la BCM, qui dédaigne à les appeler à l’ordre ! Sans parler des taux usuraires qu’ils imposent en double standard à leurs clients !

Pire, dans ces cas de figures, le système bancaire est carrément détourner de sa mission originelle, celle de mettre les liquidités financières à la porté de toutes les initiatives, de toutes les catégories sociales et enfin de compte au service du développement économique du pays.

Alors, oui c’est une bonne loi, mais le système est perverti à outrance par les mauvaises pratiques et par l’absence de contrôle. Et c’est là où le bas blesse.

5. On trouve une importante diaspora mauritanienne aux quatre (4) coins du monde. Celle-ci est à l’origine d’importants transferts de fonds vers le pays et contribue ainsi à l’équilibre économique et social de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de famille vivant au pays, dans un environnement marqué par une forte prévalence du taux de pauvreté et donc la précarité.

Avez-vous une idée globale du montant de ces ressources ? Comptez-vous saisir les autorités pour mener le travail nécessaire en vue d’en déterminer le montant à l’exemple des pays voisins (Sénégal, Maroc, Mali, Algérie) et corriger ainsi une négligence inadmissible ?

Tout d’abord, une remarque s’impose ici : le problème de la diaspora mauritanienne est un problème endémique ! Outre la volonté politique, il faut une ferme et irréversible volonté d’ouverture à l’égard de cette importante communauté, le tout dans le seul et unique but de servir l’intérêt supérieur de la Mauritanie.

Quoique éparpillés sur des continents éloignés, avec des modes de vie et dans des environnements différents, les membres de la diaspora partagent tous une même et triste réalité : l’abandon presque total de l’État mauritanien.

En effet, aucune action n’a été prise au bénéfice des membres de la diaspora de la part de l’État mauritanien, pas même la simple mise en place des moyens leur permettant de participer aux élections législative et présidentielle et ainsi exercer leurs devoirs de citoyens.

Pour revenir à la question, il est impossible de répondre à votre question !!! Et cette impossibilité relève surtout du dysfonctionnent du système bancaire mauritanien, expliqué en réponse à la question précédente.

Car, je présume que l’État mauritanien lui-même ignore les montants et les mécanismes auxquels obéie la circulation de ce flux d’argent, faute de sa part d’avoir mis en place les mécanismes nécessaires à la régulation de cette manne financière importante générés par les membres de la diaspora.

Comme vous le saviez, les membres de la diaspora, génèrent chaque année des dizaines de millions de dollars, lesquels sont en grande partie, transférés aux familles et aux dépendants à travers le circuit informel. Seule une infime partie passe par les bureaux de change et les comptoirs de WesternUnion.

Il est donc temps pour les autorités mauritaniennes de se pencher sur les besoins de sa diaspora, source d’expertise et d’entrée de devises sonnant, en l’incluant dans ses priorités relatives au développement économique et social du pays. SOURCE CRIDEM




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