Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République Macky Sall

« Le silence devient un péché lorsqu’il prend la place qui revient à la protestation ; et d’un homme, il en fait un lâche », Abraham Lincoln.
Monsieur le président,
Le confusionnisme consiste à vouloir tuer dans l’œuf toute volonté d’expression plurielle sous le couvert de la restauration de l’autorité de l’Etat.
Monsieur le président, Ne pensez-vous pas que l’Etat de droit, réalité ou nouvelle utopie, doit être fondé sur l’auto-détermination du peuple ; autrement dit, ce n’est pas parce qu’à un moment donné, on a mérité la confiance d’une certaine majorité qu’on doit substituer son jugement et souvent son état d’âme à l’intérêt du peuple, sans penser à consulter ce dernier ?
Monsieur le président,
Comme vous le savez, surement… L’Etat de droit est l’exercice du pouvoir selon la volonté réelle et non supposée du peuple à l’exclusion de tout pouvoir violent et arbitraire. Un Etat de droit est d’abord une administration saine, intègre, compétente, dévouée, instruite pour une gestion sobre et vertueuse. Ne l’avez-vous pas pensé ainsi ? En réalité tout le peuple, vous attendait sur ce principe. Mais la réalité nous impose de vous poser un certain nombre de questions.
Monsieur le président,
A votre avis,
La gestion des ressources du Sénégal avec ses zones d’ombres jusqu’à présent non éclairées, est-elle transparente et vertueuse ? L’utilisation de la justice pour réduire votre opposition à sa plus petite expression est-elle républicaine et démocratique ?
Ne nous faudrait-il pas pour la construction d’une société démocratique, un pouvoir judiciaire indépendant, doté de moyens matériels et humains lui permettant d’agir avec célérité et équité ?
N’avons-nous pas besoin d’une assemblée nationale interpellative, qui dans de pareilles situations (le débat sur le pétrole) exige au gouvernement de s’expliquer devant le peuple ? Nos forces de défense et de sécurité ne devraient être aux ordres pour mater votre opposition. Ou est-ce toujours dans la logique de la réduction de l’opposition à sa plus petite expression ?
Monsieur le président,
Quelle que soit la confiance que les citoyens investissent dans la justice, la construction de l’Etat de droit ne saurait être une affaire du seul pouvoir judiciaire, car celui-ci n’a et n’aura pas les moyens d’assurer l’exécution de l’ensemble de l’activité législative et réglementaire du parlement et du gouvernement.
Pour que cela se fasse correctement, il faut une action concertée de tous les organes de l’Etat appuyés par les structures associatives militantes des droits de l’Homme.
Monsieur le président, La construction de l’Etat de droit est la somme des efforts des citoyens, de l’Etat, des associations et partis politiques, de l’opinion publique dont la presse plurielle constitue le baromètre.
Monsieur le président,
La protection des libertés et l’un des principes organisateurs de l’Etat de droit.
Le respect de l’opposition et le respect de l’individu signifie le respect de la diversité des opinions concernant la conduite des affaires publiques.
Ce qui m’amène à vous demander, est-ce le fait dénoncer les fraudes fiscales et le non payement d’impôts de l’assemblée nationale et de certaines maisons de presse ; méritait la radiation d’un haut fonctionnaire.
Monsieur le président,
La réforme constitutionnelle soumise à référendum le 20 mars, n’avait-elle pas prévu ?
« Le renforcement de la citoyenneté par la consécration de devoirs du citoyen »
Le citoyen, précise le texte, doit « défendre la patrie contre toute agression », contribuer à la lutte contre la corruption, « veiller à s’acquitter de ses obligations fiscales et participer à l’œuvre de développement économique et social de la nation ».
Ou c’est juste ce fonctionnaire n’est pas de votre parti, qu’il est radié.
Et pourtant la patrie avant le parti était un de vos slogans fétiches.

Monsieur le président,
La démocratie repose sur un certain nombre de valeurs, d’attitudes et de pratiques qui peuvent prendre différentes formes et expressions selon les cultures et les sociétés du monde : la tolérance, la solidarité, le compromis, l’égalité et l’équité, le respect... La démocratie implique des discussions, des confrontations, des conflits d’opinion. Le conflit est un processus normal et n’est pas négatif s’il est géré autrement que par la discrimination et la violence. Dans une démocratie des convictions divergentes, voire opposées, peuvent coexister du moment que chacun respecte la liberté d’opinion d’autrui.

Monsieur le président,
C’est la non-observation de ce principe élémentaire de la démocratie qui explique l’apparition d’Etats atypiques, démocratiques dans leurs inspirations, autoritaires dans leurs aspirations. Un tel Etat se détache progressivement du jeu des institutions, devenant ainsi un danger pour la république. Mais notons que les partis politiques d’opposition constituent la garantie de l’exigence républicaine ; en tant que tels, ils méritent le respect de la part du pouvoir, ce respect doit se traduire par :
1.L’organisation correcte des élections.
Juste pour vous dire, faciliter l’obtention de la carte d’identité comme celle de l’électeur est une prérogative obligatoire et sans excuse du seul ministère de l’intérieur ; même si le ministre en question est issu de votre parti.
2. L’institution et le respect des immunités parlementaires
Est-ce seulement les membres de Benno bok yakkar qui bénéficient de l’immunité parlementaire pour toute la législature ?
3.Le droit d’accès équitable aux médias
Est-ce normal, dans une campagne que la chaine nationale (RTS) soit privée à l’opposition ?
Et pourtant, sont nos maigres ressources via les impôts qui les (directeur, tous les agents) payent.
Monsieur le président,
Gardez alors à l’esprit, que vous serez tenu responsable de toutes les dérives notées sous votre magistère. Tel est le cri de cœur d’un citoyen sénégalais.
Et une dernière question, monsieur le Président Karim WADE, votre futur adversaire en 2019, est-il en exil forcé à Doha ?

Ahmadou Bamba THIOUNE, citoyen sénégalais
SG UJTL Mbacké
amabamba4@yahoo.fr



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