Leçon de géopolitique : Le succès de la CPI se nourrit de l’échec de nos institutions africaines.

Selon que vous soyez puissant ou misérable, la Justice vous rendra innocent ou coupable, disait Victor Hugo. Cette phrase, divinement inspirée que l’on est tenté de tropicaliser en disant selon que vous soyez africain et noir, les jugements de la CPI vous rendront coupable et condamnable. C’est du moins ce que pense l’africain lambda, parce que plus de 15 ans après sa création, la Cour Pénale Internationale (CPI) n’a jusqu’ici poursuivi et juger que des africains et pour en rajouter disons même des justiciables noirs. Et pourtant, tout est en place sur le plan juridique pour poursuivre tout présumé coupable, quelque soit sa nationalité, sa race, son continent, sa religion et sa fortune. La CPI s’intéressera t-elle un jour aux criminels politiques qui mettent à feu et à sang notre monde pour le gouverner par la terreur ?

La CPI est la première juridiction pénale permanente et internationale censée connaitre les crimes les plus graves touchant l’humanité au rang desquels citons : le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre (Rationae materiae). Régi par le Traité de Rome entré en vigueur le 1er juillet 2002, la Cour ne peut connaitre que des crimes graves ayant été commis à partir de cette date. Sa compétence temporelle ou Rationae Temporis n’est nullement rétroactive. Les graves crimes que juge la CPI devront être commis sur le territoire d’un Etat partie. Il s’agit de la compétence Rationae loci. La Cour peut être saisie par des Etats parties ayant signé et ratifié le Traité de Rome et par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Elle peut également s’autosaisir d’un dossier déterminé si les infractions commises rentrent dans son champ de compétence. Tous ces modes de saisine sont subordonnés au principe de subsidiarité selon lequel, la CPI ne peut connaitre d’un dossier que dans les cas où l’Etat sur le territoire duquel les crimes graves ont été commis ne peut ou ne veut faire prendre en charge ledit dossier par ses juridictions nationales compétentes à cause, soit, d’un contexte sécuritaire fragile dû à une guerre civile, soit pour des raisons politiques. Mais il peut arriver que des crimes graves perpétrés sur le territoire d’un Etat non partie puissent être pris en charge par la Cour. Dans ce cas, l’Etat signifie son acceptation à la Cour. Ce fut le cas notamment de la Côte d’Ivoire où au lendemain de la chute de Laurent Gbagbo, à une époque où le pays n’était pas membre de la CPI, les nouvelles autorités confièrent la prise en charge des graves crimes commis sur le territoire ivoirien à la Cour à cause d’un contexte sociopolitique plus que fragile. C’est ainsi qu’aujourd’hui, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé se retrouvent à la barre de la CPI. Enfin, le Rationae personae selon lequel, peuvent tomber dans le champ d’application de la CPI, les ressortissants des Etats partie suspectés ou les ressortissants des Etats non partie mais dont les faits incriminés se seraient déroulés sur le territoire d’un Etat partie.

Les Africains sont-ils les seuls à commettre des atrocités dans ce monde ici bas ?

C’est lors de la saisine que les choses se compliquent. Sur le plan de la géopolitique, l’on peut comprendre qu’un Etat africain et faible ne puisse pas porter plainte contre une puissance occidentale au risque de s’exposer à des représailles commerciales et financières. Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies peut saisir la Cour mais les membres permanents du Conseil opposeront leur veto. Seul espoir donc, s’il en est, c’est l’auto saisine que la CPI peut exercer, en tout lieu, à tout moment, pourvu que les compétences Rationae loci, Rationae materiae, Rationae Temporis et Rationae personae soient respectées. Pourquoi donc ne pas poursuivre George W. Bush pour sa fausse guerre en Irak ou encore Tony Blair ? Pourquoi pas Nicolas Sarkozy pour sa guerre en Lybie, et pourquoi Vladimir Poutine ou encore Bachar Al Assad ne sont pas inquiétés ? Sont-ils moins coupables que Laurent Gbagbo, Jean-Pierre Mbemba, Charles Taylor ou encore le touareg malien Abou Tourab ? La Justice n’est donc plus ce grand bâton qui doit frapper sans discrimination aucune ? Mais au-delà, la vraie question que l’on peut se poser reste la suivante : peut-on réellement assurer une bonne Justice sur le plan international lorsque l’on sait que la puissance géopolitique, diplomatique et des ressources est la seule règle d’or ?

Utopie ! Serait-on tenté de crier. Seule alternative, c’est la création d’une juridiction pénale africaine pouvant connaitre, poursuivre, juger ou acquitter des africains. C’est la seule solution pour ne plus voir des blancs de la CPI juger des noirs de l’Afrique. Le succès de la CPI, aujourd’hui, se nourrit de l’échec de nos institutions africaines.

Ahmed M. Thiam




AFRIQUE-MONDE

logo article

Mali : les partisans de Sanogo venus en masse au premier jour de son procès

01/12/2016 par :

Les partisans d’Amadou Haya Sanogo ont pris leurs quartiers à Sikasso, où a débuté mercredi le (...)

logo article

De Rabat à Madagascar, comment Mohammed VI étend l’influence du Maroc sur tout le continent africain

29/11/2016 par :

Rwanda, Tanzanie, Sénégal, Éthiopie, Madagascar, et bientôt Nigeria et Zambie. Jamais Mohammed VI (...)

logo article

Burundi : le conseiller du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, aurait échappé à une tentative d’assassinat

29/11/2016 par :

Willy Nyamitwe, conseiller en communication du président burundais Pierre Nkurunziza aurait été (...)

logo article

Sommet de Madagascar : l’Arabie saoudite devra patienter avant d’adhérer à la Francophonie

26/11/2016 par :

Malgré le plaidoyer de certains chefs d’États africains en faveur d’une adhésion de l’Arabie (...)

logo article

AFRIQUE : Les 5 questions que vous vous posez sur le sommet de la francophonie à Madagascar

25/11/2016 par :

Une trentaine de chefs d’État et de gouvernement sont attendus à Antananarivo pour le XVIe sommet (...)

logo article

RDC – Interview exclusive de Matata Ponyo : « J’ai navigué dans des eaux infestées de crocodiles »

22/11/2016 par :

Le Premier ministre congolais sortant s’est confié en exclusivité à Jeune Afrique au sujet de ses (...)

logo article

OPINION : Pour une négociation politique tous azimuts au Burkina Faso

22/11/2016 par :

Affirmer qu’il règne une tension politique dans notre pays qui est à l’image de celle qui oppose le (...)

logo article

Pierre-Claver Mbonimpa : « Les présidents africains ont la même maladie »

20/11/2016 par :

De passage à Paris où il a été invité par Human Rights Watch pour recevoir le prix Alison Des Forges (...)

logo article

Maroc – UA : Mohammed VI sollicite l’intervention d’Idriss Déby Itno et reporte sa visite en Éthiopie

16/11/2016 par :

Le roi du Maroc a demandé au président tchadien ce lundi d’intervenir auprès de la présidente de la (...)

logo article

États-Unis : Trump promet d’expulser jusqu’à 3 millions d’immigrés clandestins

13/11/2016 par :

Le nouveau président élu des États-Unis Donald Trump a promis d’expulser jusqu’à 3 millions (...)

logo article

L’état d’urgence « devrait être prolongé jusqu’à l’élection présidentielle »

13/11/2016 par :

LE SCAN POLITIQUE/VIDÉO - Le premier ministre souhaite que les mesures d’exceptions restent en (...)

DEPECHES

29 novembre 2016

URGENT : Un avion qui transportait une équipe de football brésilienne s’est écrasé près de la ville colombienne de Medellin. La police colombiennes annonce 76 morts

29 novembre 2016

HAITI : Jovenel Moïse a été déclaré vainqueur de la présidentielle haïtienne dès le premier tour, selon les résultats préliminaires annoncés ce mardi 29 novembre par le Conseil électoral provisoire (CEP). Le nouveau président a appelé les Haïtiens à s’unir pour relever le pays.

11 novembre 2016

DEPECHE/USA : Des milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, ont à nouveau défilé dans la nuit de jeudi à vendredi dans les grandes villes américaines aux cris de « Pas mon président ! ». Des rassemblements parfois émaillés de violences comme à Portland. Trump accuse les média

7 novembre 2016

DEPECHE : Monsieur Macky SALL, Président de la République, et Sa Majesté Mohammed VI Roi du Maroc présideront la signature d’un Protocole d’accord pour la création d’un Centre de Formation dédié à l’Entreprenariat, ce mardi 08 novembre 2016 à 13 heures au Palais de la République. Après cette cérémonie, les deux Chefs d’Etat sont attendus à l’Hôpital Principal de Dakar pour procéder à la remise solennelle de médicaments offerts par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité au Ministère de la Santé. Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc visitera, à cette occasion, le Pavillon Boufflers (Maladies infectieuses) ainsi que la Maternité de l’Hôpital. Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République souhaite la bienvenue et un agréable séjour au Sénégal à son illustre hôte.

29 octobre 2016

ACTUALITE : Monsieur Gorgui Ndong, Spécialiste en Gestion des Ressources humaines, précédemment membre du Collège du Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT), est nommé Ministre délégué auprès du Ministre du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie, chargé de la Restructuration et de la Requalification des banlieues, en remplacement de Madame Fatou Tambédou.

DOSSIERS

KIOSQUE

BIENTÔT DISPONIBLE

+ POPULAIRES