"La guerre entraine la guerre, la haine entraine la haine", dixit Dominique De Villepin.

Le terrorisme international sous le label de l’« islam » qui frappe le monde n’est certes pas une nouveauté, mais il a pris une dimension inquiétante ces derniers temps. En un mois, des actions terroristes meurtrières sont notées respectivement en Turquie, au Liban, en Egypte, en France et au Mali. A ces actions terroristes meurtrières s’ajoutent celles quasi quotidiennes au Nigéria, au Tchad, au Cameroun et au Niger. Ces attentats commis par différents groupes djihadistes dont les plus en vue sont l’Etat islamique, Boko Haram et Al-Mourabitoune (groupe lié à Al-Qaida) invitent à réfléchir sur la responsabilité directe de la Communauté internationale dans la terreur que vit l’humanité présentement.

Etat islamique, un « bébé » de Georges Bush et de Tony Blair
En droit international, tout recours à la force est strictement interdit sauf autorisation explicite du Conseil de sécurité des Nations Unies en vertu du Chapitre VII de la Charte ou par l’application du principe de légitime défense évoqué en son article 51. Face à l’impossibilité d’obtenir l’autorisation du Conseil de sécurité avec notamment l’opposition ferme de la France, les USA invoquent la légitime défense pour conférer un caractère « légal », sous le prisme du droit international, à leur invasion. Ainsi, Saddam Hussein est accusé de détenir des armes de destruction massive. L’invocation de la légitime défense n’était pas suffisante pour justifier la légalité de leur guerre « préventive » qui devait tout de même être bénie par le Conseil de sécurité. L’opération Iraqi Freedom déclenchée, le 20 mars 2003, unilatéralement par Georges Bush et ses alliés dont Tony Blair a une lourde responsabilité dans la naissance et le développement de l’Etat islamique. L’Iraqi Freedom a conduit à l’assassinat de Saddam Hussein, la déstructuration de l’Irak et la marginalisation des Sunnites au profit des Chiites. Ce cocktail a enfanté l’Etat islamique. Tony Blair l’a finalement reconnu et fait son mea culpa. « Je présente aussi mes excuses parce que nous nous sommes trompés dans la manière de planifier cette guerre, et pour notre erreur d’évaluation sur ce qui devait arriver, une fois le régime tombé », confesse-t-il. La responsabilité de Georges Bush et de Tony est directement engagée dans les différents attentats commis par leur « bébé », l’Etat islamique.
Responsabilité de l’OTAN au développement des groupes terroristes dans le Sahel
En Libye, le vote de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité des Nations unies le 17 mars 2011 était motivé par la protection des populations civiles et une aide humanitaire. Par la magie d’une ruse de l’OTAN (la Russie était foncièrement contre toute intervention militaire), ces objectifs se substituent par le dessein réel de renverser le régime du colonel Muammar Kadhafi. L’intervention de l’OTAN en Libye est alors faite dans la violation expresse de l’esprit de la résolution 1973. L’OTAN a également humilié l’Union Africaine en ne lui laissant pas dérouler son plan diplomatique de sortie de crise déjà enclenché à l’époque. « Je crois qu’il était très important de restituer la vérité historique. L’Union africaine (UA) a été la seule organisation au monde à refuser l’intervention militaire étrangère en Libye et avait proposé une sortie de crise pacifique », a révélé Jean Ping, ex-président de la Commission de l’Union africaine. La déstructuration et la désétatisation de la Libye expliquent le développement des nombreux groupes djihadistes dans le Sahel.
François Hollande veut internationaliser sa guerre et ses soucis contre Daesh
Avec l’adoption, ce 20 novembre, par le Conseil de sécurité de la résolution 2249, présentée par la France, l’ONU demande aux États membres de coordonner leurs actions contre l’EI et d’éliminer son « sanctuaire » en Iraq et en Syrie. Vu que des pays occidentaux comme les USA excluent toute intervention au sol, il ne serait pas une surprise que des Etats africains tels que le Sénégal soient sollicités pour faire ce boulot dans la lutte contre Daesh que François Hollande veut internationaliser. Rappelons que le président sénégalais Macky Sall dit placer le mandat de deux ans de son pays au Conseil de sécurité de l’ONU sous le signe de la lutte contre le terrorisme.
L’engagement de nombreux Etats y compris africains dans la lutte contre le terrorisme international ne sera probablement pas sans conséquences sur la sécurité de leurs populations. Une analyse des différents pays frappés par le terrorisme révèle que ceux-ci, hormis le Mali et le Nigéria, ont en général engagé une « guerre » pour reprendre le président Hollande contre des groupes djihadistes en dehors de leur territoire. Le Liban (Hezbollah), la Russie et la France ont « payé » de leurs interventions en Syrie. Le Tchad, le Niger et le Cameroun font les frais de leur participation au combat contre Boko Haram. Si l’Allemagne est, jusque-là, épargnée par le terrorisme international, elle la doit par sa diplomatie paisible. La diplomatie va-t-en-guerre n’est pas parvenue et ne parviendra jamais à tuer ce MONSTRE. Le phénomène du terrorisme est protéiforme et nécessite une réponse multidimensionnelle et structurelle.

Adama SADIO ADO
Chercheur en Sciences Politiques et en Sociologie
adosadio@yahoo.fr




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