La démocratie sénégalaise : le même spectacle que dans un ring de catch

L’analogie entre la politique et le catch est tellement féconde qu’on ne peut s’empêcher de l’explorer chaque fois qu’on a besoin d’expliquer certaines combines de nos hommes politiques. Le catch est un divertissement sportif, une activité physique et mentale dans laquelle le sport et le spectacle sont indissociables. Les hommes politiques agissent exactement comme des catcheurs professionnels :

- Les règles du jeu politique sont aussi aléatoires que celles du catch et même les arbitres ne sont pas épargnés des coups de gladiateur. En politique également on ne se gêne pas de changer les règles du jeu courant. C’est sous ce rapport qu’il faut comprendre les tentatives des autorités actuelles de réformer la CREI. Les intellectuels déviants justifient une telle manœuvre en donnant l’exemple du football dont les règles changent constamment. Oui, mais personne n’a jamais vu l’UEFA ou la FIFA changer les règles du football en plein championnat d’Europe ou en pleine coupe du monde.

- Dans les deux sphères les « arbitres » s’immiscent dans les joutes. Les arbitres du jeu politique sont les juges et les contre-pouvoirs, mais il leur arrive de s’immiscer astucieusement dans le jeu politique et faussent ainsi le cours de celui-ci. Dans une démocratie où les juges et les contre-pouvoirs ne sont pas impartiaux, la démocratie n’est qu’un cirque collectif où le dindon de la farce est le peuple. Les démocraties occidentales se contentent de regarder ce spectacle démocratique avec amusement et désinvolture tant que leurs intérêts ne sont pas menacés.

- Dans le catch, le spectacle l’emporte parfois sur le sport et c’est pourquoi le « you can’t see me » d’un Cena, le « RKO » d’un Orton et le « pedigree » d’un « Triple H » sont passivement encaissés par leurs adversaires dans le souci de déclencher les émotions du public. Car ce sont précisément ces émotions qui sont la source qui irrigue la vie de rêve de ces catcheurs professionnels. Les hommes politiques ont la même philosophie : crier, vociférer, calomnier ses adversaires exactement comme le catcheur fait son show.

- « Le catch se définit comme un combat-spectacle où les rôles du vainqueur et du perdant sont décidés à l’avance. Il met l’accent sur une dramatique particulière dont le spectateur est partie prenante, appelé à manifester son enthousiasme, son inquiétude ou son soutien pour le bon lutteur au style orthodoxe et loyal, et à conspuer le lutteur méchant, lâche, brutal et forcément tricheur ». Cette définition du catch rappelle étrangement les péripéties des dernières joutes présidentielles que notre pays a connues. La campagne électorale comme les résultats des élections étaient « truqués » d’avance et le peuple a été sommairement embarqué dans une large supercherie politique. Le peuple est censé être l’acteur principal de la démocratie, mais il ne fait que jouer un rôle que des officines occultes ont voulu bien lui faire jouer.

- Le catch, comme la politique, est un jeu dangereux où les protagonistes sont obligés des prendre parfois des risques extrêmes pour s’attirer la sympathie du public. C’est en exécutant des prises spectaculaires que les catcheurs égayent le public ; c’est en faisant le saltimbanque que les politiciens de métier distraient le peuple et détournent son attention des vrais problèmes. Les lanceurs de pierre, les brûleurs de pneus et les casseurs de véhicule d’hier sont aujourd’hui récompensés pour leur témérité, et les corrupteurs sont décorés par leur partenaire du crime collectif contre notre démocratie

- Le catch et la politique sont les seuls jeux où la tricherie est légale et fait même partie de l’essence du jeu : il arrive très souvent qu’un catcheur en mauvaise posture utilise un subterfuge pour détourner l’attention de l’arbitre (lequel tombe curieusement presque toujours dans le piège) et commettre un forfait afin de battre un adversaire plus fort. En politique c’est le même stratagème qui est employé par les politiciens. Quand le vent souffle au gré de son navire politique on se présente comme chef de parti, un Zorro dont la finesse et l’habileté politique sont au-dessus de la moyenne. En revanche lorsque le vent ne tourne pas au gré de son navire, on se cache derrière le masque de l’institution qu’on incarne pour envoyer ses adversaires à l’abattoir.

- Dans le catch, il arrive que des adversaires se liguent parfois contre un autre par des complots ourdis aux alentours du ring (il y en a même qui se faufilent dans le public) et exécutés de façon quasi parfaite pour se défaire d’un autre adversaire. Dans le complot politique de 2012, des politiques se sont ligués à des éditeurs, des diffuseurs, des producteurs culturels, des chefs religieux, des entrepreneurs et ont réussi à utiliser le peuple pour assouvir des desseins nullement populaires. Ce qui se passe à l’assemblée nationale est aussi à ranger dans ce registre. La composition du syndicat politique qu’on appelle « BENNO BOKK YAKAAR » en est également une parfaite illustration.

- Dans la politique sénégalaise comme dans le catch, la notion de catégorie n’existe pas : un piètre catcheur peut faire beaucoup plus de buzz que celui qui est plus performant. Gueuler, tricher, exposer son adversaire à la vindicte populaire, affabuler, etc. : tous les moyens sont licites pourvu qu’ils confèrent la célébrité. Cette absence de catégorisation explique largement la prolifération des partis politiques dans notre pays. Les plus insignifiants sont logés à la même tribune d’honneur que les ténors : les partis et les hommes politiques les plus faibles ont le même traitement médiatique que les grands partis politiques.

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck




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