LECTURE - La nouvelle opposition et la Présidentielle : Le syndrome Benno siggil senegaal

Au-delà de la bataille fratricide entre les deux Pds, il y a la guerre des nerfs entre la nouvelle opposition et le pouvoir. En réponse à Macky Sall qui veut la « réduire à sa plus simple expression », l’opposition unit ses forces. Mais ces retrouvailles libérales à quelques partis près risquent de finir comme le Benno siggil senegaal de Niasse et Tanor.

Ce qui se tramait donc chez Mamadou Diop Decroix, et sans doute l’œuvre de Abdoulaye Wade, va se concrétiser d’abord à l’Assem­blée nationale. Cette grande alliance Pds, Rewmi, Ucs, Bokk gis gis et Fsd/Bj, Aj/Pads semble être une réponse à Macky Sall qui a tenté d’étouffer le bébé de l’opposition en recrutant Djibo Kâ. C’est une première défiance. Il reste cette volonté de combattre le régime en dehors de l’Hémicycle qui, manifestement, a été négociée en haut lieu par les leaders des partis. Wade qui aurait reçu des plénipotentiaires des cinq partis cités ci-haut dans son salon de Versailles range, pour le moment, son orgueil pour recoller les morceaux de son Pds d’antan. Idrissa Seck, Pape Diop et Abdoulaye Baldé ne sauraient mener, dans tous les cas, le seul combat pour la libération de son fils qui l’a poussé à la sortie. Et peut-être qui l’a empêché de devenir le quatrième Président.

Idrissa Seck-Karim, une guerre différée
Idy et Wade se retrouvent, mais les comptes ne sont pas encore soldés. L’ennemi de ton ennemi est ton ami. Ces considérations peuvent faciliter les alliances. C’est le cas de Niasse et Tanor devenus « amis » dans l’opposition pour faire face à l’« ennemi » Wade. Mais que vaut Idy dans cette nouvelle coalition des forces de l’opposition ? Le leader de Rewmi, relégué par ses 8% à la dernière Présidentielle, joue la carte de l’humilité politique, en acceptant que le Pds- avantage numérique des députés oblige- dirige le groupe parlementaire et lui offre la vice-présidence. C’est la capitulation après deux vaines tentatives de créer un groupe. Mais au-delà, c’est que Idrissa Seck n’a pas les cartes pour prétendre s’imposer à ses ex-frères de parti. Lui qui rêve de reprendre ses « actions » qu’il avait placées dans le compte Pds n’en démord pas. Surtout dans un contexte de dissensions internes qui pourrait lui profiter. Seulement, Macky Sall qui détient le coffre et les décrets ne lésine pas pour récupérer ce qui est récupérable. Mais encore, l’ombre de Karim Wade, candidat déclaré à la Présidentielle, plane sur l’héritage du père. « Le fils a grandi, il veut maintenant prendre toute sa place », avait dit Seck dans son premier Cd de « lui et moi ». C’est aujourd’hui encore plus évident, la victimisation aidant. La guerre Idy-Karim est différée. Lorsque viendra l’heure des candidatures, cette nouvelle coalition de l’opposition pourrait disparaître, comme un certain Benno siggil senegaal de Tanor, Niasse et autres qui a échoué à cause des ego des « éternels ennemis » au point de laisser Macky Sall passer.

Pape Diop : Va pour la revanche contre Oumar Sarr !
L’on dit qu’il a été reçu par Wade en France. Et c’est lors de ce face-à-face, confie-t-on, que le « Vieux » lui a proposé cette alliance officialisée dimanche. C’est d’ailleurs son siège qui a accueilli la réunion de dimanche où le grand groupe de l’opposition et le Frtpe ont été retenus. Il faut se rappeler le clin d’œil charmant qu’il avait envoyé au Pape du Sopi lors du meeting de la Place de l’Obélisque le 21 novembre 2014. Au « gnibissil (reviens au Pds) ! » de la foule, le leader de Bokk gis gis répondait : « Tôt ou tard, la famille libérale se réunira à nouveau. » Et il avait même invité Idrissa Seck à revenir aux côtés de Abdoulaye Wade. Pape Diop a au moins osé défier Wade aux Législatives et a obtenu quatre députés. Sauf qu’aujourd’hui, il n’en a que deux, les deux autres étant revenus à Abdoulaye Baldé de l’Ucs. Entre-temps, il a perdu Thierno Lô, Bécaye Diop, Guirassy. Et aux dernières Locales, Dakar, son fief, lui a encore tourné le dos, comme en 2009, au profit de Khalifa Sall et Taxawu Dakar. Le patron de Bokk gis gis est un homme à la recherche d’une nouvelle base et n’est pas mieux loti que le Pds qui a tenu tête à la majorité dans la banlieue notamment. Il avait quitté Wade parce que celui-ci avait préféré Oumar Sarr au lendemain de sa défaite de 2012. Il ne rêve que de contrôler le Pds et prendre sa revanche sur le maire inamovible de Dagana. Mais Sarr se contente pour le moment d’être adjoint et ne se bat pas pour être titulaire. Nommé secrétaire général adjoint, il s’est vu promu, alors que c’est la preuve que Wade ne veut point lui confier le parti. Une brèche ouverte pour Pape Diop ? Tout dépend du prix à payer pour le faire revenir à la maison.

Baldé-Karim : le rêve du tandem de l’Anoci
En 2009, même au pouvoir, Abdoulaye Baldé n’était pas donné vainqueur d’avance. Son prédécesseur à la mairie de Ziguinchor, Robert Sagna, a longtemps fait la pluie et le beau temps. A la chute du régime de Wade, Baldé était donné pour mort. Politiquement. Et la majorité s’est déployée à forts renforts pour le « dégager ». Son enracinement dans le fauteuil aux dernières Locales, alors qu’il est dans l’opposition, lui confère le statut de « baobab » que tous voulaient déraciner. Le « baobab » (Robert Sagna) est tombé, vive le baobab ! Il étoffe ainsi son leadership politique et peut désormais rêver national avec son Ucs, après avoir confirmé local. Il est d’ailleurs l’un des rares potentiels adversaires de Macky Sall à contrôler une capitale régionale, après Idrissa Seck à Thiès et Khalifa Sall à Dakar. Le leader de l’Ucs s’est ainsi procuré une arme politique qui peut faire mal à Macky Sall à la prochaine Présidentielle. Le Président ne cracherait pas sur un tel poids, puisque Djibo Kâ pèse moins que Baldé. Mais le dossier de la Crei est encore un obstacle à des retrouvailles. Dans tous les cas, le Centriste a de quoi proposer au mieux offrant, s’il n’est pas candidat ou s’il y a un second tour. Wade l’a compris en comptant sur lui pour combler le vide que Fada et « ses » députés vont laisser au groupe parlementaire des Libéraux et démocrates. Le tandem de l’Anoci peut-il se reproduire pour la Présidentielle ?

Decroix, le poids plume qui conduit les poids lourds
L’idée de ce Front pour la régularité et la transparence du processus électoral (Frtpe) viendrait de lui. Son nom s’était confondu au Front pour la régularité et la transparence des élections (Frte) qui, en 2000, avait largement contribué à la chute du régime socialiste par une surveillance accrue du fichier électoral. Le Rapport des missions d’observations des élections présidentielles du 27 février et 19 mars 2000 avait souligné le rôle déterminant du Frte dans la correction des inscriptions multiples, du noyau dur des électeurs inscrits, bref de la fiabilité du fichier électoral. Aj/Pads est donc un poids plume devant le Pds, Bgg, Ucs, Rewmi, mais reste le meneur de jeu de cette équipe. Comme il l’est pour le Fpdr- ou ex ?-, pour ce front en gestation qui s’est concrétisé dimanche. Et avant pour la coalition Boolo taxawu askan wi. La Gauche a toujours digéré cette ingratitude politique. Et Decroix lui-même l’avait avoué en 2013 dans les colonnes du journal Le Quotidien : « La Gauche a toujours eu la compétence pour contester et abattre un système, mais n’est pas encore compétente pour s’emparer du pouvoir et l’exercer. »

Cheikh Bamba Dièye, l’intrus
Il n’a jamais digéré le choix du beau-frère du Président pour diriger la coalition Benno bokk yaakaar aux dernières Locales. Cheikh Bamba Dièye était déjà, après son départ du gouvernement, un opposant au pouvoir. L’élection de Mansour Faye à la mairie de Saint-Louis, son successeur, le radicalise. Il devient un « intrus » accepté dans cette opposition « naturelle », rejoint le front en gestation chez Decroix et, aujourd’hui, s’allie avec eux à l’Assemblée nationale et dans le Frtpe. Tout comme Aj, le Fsd/Bj est un lilliputien autour du Pds, de Rewmi, de Bgg, de l’Ucs. Mais l’homme a-t-il toujours toute sa crédibilité ? Peut-être espère-t-il prendre sa revanche sur Macky Sall.

hamath@lequotidien.sn

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