L’attentat de Bamako réveille le spectre de "l’insaisissable" Mokhtar Belmokhtar

Fortement suspecté d’avoir commandité la prise d’otages sanglante à l’hôtel Radisson de Bamako, le jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar, plusieurs fois annoncé mort, fait montre de sa capacité de nuisance dans la région du Sahel.

Depuis le 20 novembre, l’ombre de Mokhtar Belmokhtar plane de nouveau sur le Sahel. Ce vendredi-là, alors qu’une prise d’otages meurtrière est en cours à l’hôtel Radisson Blu de la capitale malienne Bamako, un groupe affilié à Al-Qaïda affirme avoir commandité l’attaque. Il s’agit d’Al-Mourabitoune, l’organisation créée et dirigée par le jihadiste algérien. "Nous les Mourabitoune, avec la participation de nos frères [...] d’Al-Qaïda au Maghreb islamique [Aqmi], revendiquons l’opération de prise d’otages à l’hôtel Radisson", indique la voix d’un homme dans un document sonore diffusé dans la soirée de vendredi par la chaîne d’informations qatarie Al-Jazira.

Peu de temps avant, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, indiquait sur TF1 que Mokhtar Belmokhtar était "sans doute à l’origine" de l’attentat. L’opération terroriste menée au cœur de Bamako porte en effet la marque de cette figure clé de l’insurrection jihadiste en Afrique du Nord et dans la région du Sahel-Sahara : attaquer un établissement fréquenté par les dignitaires maliens et de nombreux hommes d’affaires étrangers en plein milieu de la capitale d’un pays où la France est engagée militairement depuis près de trois ans.

Le 7 mars dernier, Al-Mourabitoune avait déjà revendiqué le premier attentat visant des Occidentaux à Bamako, au bar-restaurant La Terrasse. Bilan : cinq morts, parmi lesquels trois Maliens, un Français et un Belge. Le même groupe s’était attribué la responsabilité de l’attaque sanglante menée en août contre un hôtel de Sévaré, à quelque 600 kilomètres au nord-est de Bamako, qui avait fait 17 morts.

De l’Afghanistan au Sahel

Mais le plus grand coup d’éclat de Mokhtar Belmokhtar remonte au 16 janvier 2013 lorsque ses hommes, alors regroupés au sein d’une unité appelée les "Signataires par le sang", avaient pénétré sur le site du complexe gazier d’In Amenas, à quelque 1 300 km au sud-est d’Alger, et capturé des centaines d’Algériens et d’étrangers, en représailles à l’intervention française au Mali. Au total, 40 employés de 10 nationalités différentes et 29 assaillants avaient péri.

Capture d’écran de Mokhtar Belmokhtar non datée fournie par l’agence de presse de Mauritanie. © ANI/AFP/Archives
Depuis, celui que l’on surnomme "le Borgne" ou encore "Mister Malboro" - en raison ses activités présumées dans la contrebande de cigarettes - a été annoncé mort plusieurs fois, notamment en juin dernier et en avril 2013. Chaque fois, son décès a été démenti.

De tous les sobriquets dont Mokhtar Belmokhtar est affublé, "l’insaisissable" résume le mieux son pouvoir de nuisance. Aujourd’hui partisan d’une grande coalition avec les jihadistes du Niger, du Tchad et de Libye, ce quadragénaire algérien s’est imposé comme l’un des chefs fondamentalistes les plus redoutés du Sahel. De fait, l’homme "traîne une triste réputation de jihadiste violent et cruel, acquise dans le maquis algérien", soulignait en 2013 l’hebdomadaire "Jeune Afrique".

Après avoir été formé en Afghanistan où il a été gravement blessé à l’œil droit, d’où son surnom "le Borgne", Mokhtar Belmokhtar a en effet participé à la guerre civile en Algérie dans les années 1990. Au fil des ans, il est devenu une figure de la contrebande, du trafic d’armes et des insurrections dans la région, notamment au Mali où, en 2012, il s’allie avec Aqmi pour s’emparer, avec la rébellion touareg, des régions du nord du pays avant de fondre sur Bamako. Une offensive qui a motivé le déclenchement de l’opération Serval de l’armée française en janvier 2013.

Recherché par l’EI

Longtemps associé à l’ancien GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), qui a prêté allégeance à Al-Qaïda en janvier 2007 pour devenir Aqmi, Mokhtar Belmokhtar a créé à l’hiver 2012-2013 son propre groupe, les "Signataires par le sang", tout en restant lié à la nébuleuse du défunt Oussama Ben Laden.

À l’époque, comme le rappelle "Le Monde", un porte-parole de Mokhtar Belmokhtar avait expliqué la démarche à l’agence Associated Press : "Il nous est plus facile d’opérer sur le terrain en ayant quitté formellement Aqmi, qui demeure lié à l’appellation ’Maghreb’. Nous voulons élargir notre zone d’opérations à travers tout le Sahara, allant du Niger au Tchad, y compris au Burkina Faso."

Courant 2013, Mokhtar Belmokhtar a ensuite fondé Al-Mourabitoune, fruit d’une fusion entre son organisation et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). En mai dernier, il a réaffirmé la loyauté de son groupe à Al-Qaïda et démenti l’allégeance à l’organisation État islamique (EI) proclamée par un autre dirigeant des Al-Mourabitoune.

La concurrence à laquelle se livrent les deux mouvements est telle qu’en août, la section libyenne de l’EI diffuse, via les réseaux sociaux, un avis de recherche contre Mokhtar Belmokhtar, qui se serait réfugié à Derna, dans l’est de la Libye. Un appel qui témoigne du "combat sans merci pour le leadership du jihad mondial", estimait alors sur RFI Romain Caillet, chercheur sur les mouvements jihadistes. La prise d’otages sanglante perpétrée vendredi à Bamako en est la tragique illustration. FRANCE24



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