Général Labuze (Mali) : « La menace terroriste est affaiblie et contenue »

L’attaque de l’hôtel Radisson de Bamako a fait vingt victimes vendredi dernier, en plus des deux jihadistes abattus. Le gouvernement allemand envisage d’envoyer près de 650 soldats au Mali dans le cadre de la Minusma. Que doit-on en conclure de l’état des forces terroristes présentes au Mali ? Que penser de la double revendication de cette attaque, par le groupe Al Mourabitoune et par le Front de libération du Macina ? Quelles leçons tirer de cette attaque dans la lutte contre le terrorisme au Mali et au Sahel ? Le général Labuze est le chef de la force antiterroriste française Barkhane, pour le Mali. Il est l’invité de David Baché.

RFI : Le gouvernement allemand envisage d’envoyer jusqu’à 650 soldats au Mali dans le cadre de la Mission des Nations unies au Mali. Que pensez-vous de cette annonce ?

Général Labuze : C’est une excellente nouvelle. Ça montre l’engagement de la communauté internationale et en particulier de l’Europe pour le rétablissement de la paix au Mali. Le soutien de la communauté internationale au Mali donc, c’est une excellente nouvelle pour la Minusma.

Près de trois ans après le début de l’intervention militaire française au Mali et quelques jours après l’attaque de l’hôtel Radisson à Bamako, quelle est votre estimation de l’état des forces terroristes jihadistes dans le pays ?

Je vous dirai deux choses. La première : j’estime que la menace terroriste est affaiblie et contenue par le Mali et j’étendrais même aux pays du G5 Sahel puisque vous savez que Barkhane est une opération à vocation régionale. Et la deuxième chose : les structures régionales de coopération pour lutter contre le terrorisme et le réflexe de travailler ensemble sont en place. Donc je dirais que les conditions pour la lutte contre le terrorisme sont en place. A savoir une action dans la durée, partout et tous ensemble.

Est-ce que cette dernière attaque d’envergure dans la capitale malienne n’est pas justement le signe que les groupes terroristes sont moins affaiblis qu’on avait pu l’imaginer ?

Je vous dirais le contraire. Je pense que le Mali est sur le chemin de la paix et le drame auquel nous venons d’assister, c’est des tentatives désespérées d’un ennemi qui a beaucoup souffert, qui est disloqué, de perturber cette paix. C’est la réponse du faible au fort.

Selon vous, les groupes terroristes qui sont toujours actifs sur le territoire malien représentent combien d’hommes aujourd’hui ?

C’est très difficile à dire. Barkhane sort d’une opération longue dans le nord du pays, dans le Tigharghar. Nous avons neutralisé trois terroristes, c’est-à-dire beaucoup moins qu’avant. En cela, je dirais que le bilan est satisfaisant parce qu’il y en a beaucoup moins qu’avant. Donc dans le Nord, il reste peut-être deux ou trois chefs, rarement dans le pays à mon avis.

En Algérie, au Niger, en Libye ?

Je ne sais pas, mais je constate qu’actuellement en Libye ou en Syrie, il se passe des choses. Donc peut-être dans ces deux pays. Pour le reste du Mali, on entend parler du Front de libération du Macina dans ce qu’on appelle le centre du Mali : quelques dizaines de personnes. Au sud, à la frontière avec la Côte d’Ivoire, la katiba Khalid Ibn Walid très, très affaiblie par les forces de sécurité maliennes en liaison avec les forces ivoiriennes, puisqu’ils ont arrêté bon nombre de ses membres et démantelé une cellule à Bamako. Il ne reste plus de groupe constitué ayant la capacité de se protéger quelque part. Ils n’ont plus de refuge au Mali.

Ça veut dire une centaine, 200 hommes ?

Je ne me risquerais même pas à aller jusqu’au chiffre de 100.

Vous venez de citer la Syrie. Ça veut dire qu’on peut établir des liens entre le groupe Etat islamique et le Mali ?

Nous à notre niveau ici, nous n’avons aucun indice de lien entre l’Etat islamique et les quelques groupes terroristes restants dans la zone.

Sur la double revendication de cette attaque du Radisson, al-Mourabitoune puis le Front de libération du Macina, est-ce que l’une vous semble plus crédible que l’autre et d’après ce que vous savez de ces groupes, est-ce qu’on doit plutôt penser qu’ils sont en concurrence, ou au contraire, qu’ils sont alliés ?

La première, al-Mourabitoune, nous paraît plus crédible et à notre connaissance il n’y a pas de lien entre ces deux groupes terroristes.

Pourquoi vous semble-t-elle plus crédible ?

Lorsqu’on analyse la façon dont cela s’est passé, par rapport à d’autres actions conduites par ce groupe précédemment, c’est plus crédible.

Et donc aucun lien connu avéré entre ces deux groupes ?

A notre connaissance non.

Le Front de libération du Macina justement, mène des attaques régulières et meurtrières dans le centre du pays depuis janvier dernier. A ce jour, c’est l’armée malienne qui combat ces groupes dans ces zones. Dans quelle mesure, de quelle manière, est-ce que Barkhane soutient l’armée malienne dans le centre et dans le sud du pays ?

Dès que l’armée malienne le demande. Vous avez raison, depuis le début de l’année, on voit dans cette partie centrale du Mali quelques actions du Front de libération du Macina. Depuis la fin de l’été, elles sont de moins en moins nombreuses. Les forces armées maliennes font le job, ont conduit de très nombreuses opérations, avec ou sans nous. Donc je ne vais pas toutes vous les citer, mais depuis le début de l’année nombreuses sont les opérations forces armées maliennes ou Barkhane dans cette zone.

On compare volontiers le Front de libération du Macina au groupe Boko Haram, d’abord très réduit et qui a finalement pris l’ampleur et capacité de nuisance qu’on lui connaît. Aujourd’hui, y a-t-il un risque que le Front de libération du Macina connaisse la même trajectoire que Boko Haram ?

Je vous disais tout à l’heure que les forces armées maliennes faisaient le job face au Front de libération du Macina, on n’en est pas du tout là et je ne vois pas comment le Front de libération du Macina arriverait à développer ses actions.

Est-ce que vous pensez qu’au-delà de la réponse militaire ce combat contre les terroristes peut passer par un dialogue, qu’il y a des solutions politiques ou également de prévention à mettre en œuvre ?

Je pense que la réponse n’est pas que militaire, comme vous le dites, il y a d’abord le volet développement. Nous menons à la fois des actions sécuritaires pour neutraliser les terroristes, mais nous menons en même temps avec le Mali des actions d’aide au développement. Depuis les accords d’Anéfis d’octobre, les leaders communautaires et maliens font le tour du pays, justement pour expliquer toutes les conditions d’une mise en œuvre rapide de l’accord d’Alger de retour à la paix.

Depuis les attentats de Paris, la France renforce son engagement militaire en Syrie contre le groupe Etat islamique. Est-ce que vous craignez que cela se fasse au détriment de la présence française au Sahel ?

Non, il n’y a pas de crainte à avoir. La France agit là où ses partenaires ont besoin d’elle. La lutte contre le terrorisme en France, au Sahel et puis depuis quelque temps pour la France en Syrie, n’est pas exclusive d’un théâtre ou de l’autre.

Même en termes de financement ?

La réponse ne m’appartient pas.




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