GESTION-QUERELLES-ARRESTATION-LETHARGIE-IMMOBILISME : Le Pds dans le coma

Après sa perte du pouvoir, le Pds n’a pas connu de répit. Le successeur de Me Abdoulaye Wade a engagé la traque des biens mal acquis avec 25 anciens dignitaires de l’ancien régime sur la liste annoncée par le procureur de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) d’alors Alioune NDAO. Une nouvelle page politico judiciaire s’ouvre au Sénégal. Les libéraux étaient tenus de mener la résistance politique pour sauver leur peau mais aussi pour combattre le régime en place en vue de revenir au pouvoir en 2017. Quatre années après, le Pds se tient difficilement sur ses deux pieds. Etat des lieux de ce parti 04 années après sa perte du pouvoir.

LA GESTION PARTI

Me Abdoulaye Wade, comme le lui permet les statuts de son parti, a choisi le Maire de Dagana Omar Sarr pour coordonner le Pds. Beaucoup de responsables n’étaient pas d’accord sur ce choix surtout les frondeurs qui feront tomber le masque quelques années plus tard. Me Wade connaît ses hommes. Plusieurs responsables avaient la légitimité pour diriger le Pds mais sont-ils libres pour pouvoir mener le combat comme il se doit ? Ne trainent-ils pas de casseroles qui pouvaient servir d’arme de chantage pour le pouvoir pour freiner l’élan du parti ? Dans tous les cas, Me Wade a eu confiance en Omar. Il dirige les élections législatives et sort avec plus d’une dizaine de députés. Devant Me Ousmane Ngom, Omar Sarr, Aida Mbodj, Souleymane Ndéné Ndiaye, Woré SARR, Lamine Thiam etc., le Pape du Sopi désigne Modou Diagne Fada comme président du Groupe parlementaire des Libéraux. Ce poste est politiquement stratégique aussi bien pour le Parti que pour l’Opposition. Tous les ténors du Pds acceptent de s’aligner derrière Fada qui est pourtant loin d’être le plus méritant.
L’épisode de la traque s’ouvre. Les plus proches collaborateurs de Me Abdoulaye WADE sont interdits de sortir du pays sauf Fada. Pourquoi ? La bataille est engagée entre le pouvoir et l’opposition. Cette interdiction de sortie de territoire est attaquée devant la Cour de Justice de la CEDEAO par les avocats de l’Opposition qui gagnent. L’Etat du Sénégal refuse d’appliquer la décision de la Cour de Justice. Quelques mois après, Karim Wade est arrêté et s’en suivront des violations graves de ses droits et dans la procédure selon ses avocats. Entre temps, l’ancien Premier Ministre Abdoul Mbaye fera sa déclaration de politique générale suivie de Mme Aminata Touré Ministre de la Justice d’alors. Mais aucune initiative ne sera prise par le Groupe parlementaire du Pds pour interpeller le Premier Ministre Abdoul Mbaye et le Ministre de la Justice Mme Aminata Touré sur le cas Karim Wade encore moins sur le refus de respecter la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO. Or, le Groupe parlementaire avait la possibilité d’adresser une question orale aux Ministres concernés sur la question. Jusqu’à présent, 03 ans après l’emprisonnement de Karim Wade le Groupe parlementaire demeure inexistant dans ce combat qu’il devait porter à l’Assemblée Nationale. Mieux encore, ce combat pouvait être porté devant le Parlement de l’Union africaine. Omar Sarr Coordonnateur du Pds, Me Amadou Sall Chargé de la Communication, Me Ousmane Ngom, Farba Senghor, Pape Samba Mboup et les autres membres du Pds descendent sur le terrain. Les marches et les manifestations publiques s’enchainement pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme injustice et acharnement. Toutes les fédérations se mobilisent. On se rappelle lors de la campagne des législatives, Me Ousmane Ngom a été arrêté à Kolda. Les arrestations rythmaient le quotidien des libéraux. Presque tous les membres influents du parti ont fait la prison de 2012 à 2015. Au niveau international aussi, les militants du Pds se mobilisent surtout en France et aux Usa.
C’est dans ce contexte que le président Wade est rentré au Sénégal après deux ans d’absence. Il est accueilli par des milliers de Sénégalais tard dans la nuit. Le Pape du Sopi requinque son parti. Le 20 novembre 2014, il organise un méga meeting à la Place de l’Obélisque. A Touba aussi, il a effectué une visite qui a mobilisé toute la population de Mbacké jusqu’à la ville sainte.
Malgré toute cette mobilisation les choses n’ont pas réellement changé du côté des détenus politiques. Le pouvoir poursuit le procès Karim Wade qui sera jugé et condamné sans aucune résistance du côté de son parti. Les libéraux n’ont mené aucune bataille comme du temps du « Sopi », pour sauver leur candidat. Ils étaient tous devenus des observateurs devant la machine de la CREI. Auparavant, Samuel Sarr, Mamadou Lamine Massaly et d’autres responsables seront mis en prison. Le Pds traverse des moments difficiles avec Me Wade sans arme. En pleine crise, Modou Diagne Fada et un groupe d’amis ouvrent un front dans le Pds encore affecté par l’emprisonnement de Karim Wade et l’agression que subissent certains caciques. Ils défient Wade et décident de réformer le parti pour organiser des renouvellements. Fada et Cie ont caché leur jeu alors que dès le départ, tout le monde savait leur objectif. Le président du Groupe parlementaire serait en contact avec des gens du pouvoir. Certains parmi les frondeurs étaient reçus nuitamment par Souleymane Jules Diop on ne sait pour quelle raison. Les rencontres entre Fada, Moustapha Cissé Lô Vice président de l’Assemblée et Moustapha Diakhaté président du Groupe parlementaire de Benno Bokk Yakar étaient connus par tous les hauts responsables du Pds. Selon certains responsables libéraux, « Fada n’est utile que pour déstabiliser le Pds et saboter la bataille de ses frères. C’est sa feuille de route ».
L’enfant de Darou Moukhty avait profité des investitures aux élections locales pour positionner certains de ses amis. Et lorsqu’il était Ministre il avait casé beaucoup de gens qui sont aujourd’hui dans son clan. Fada déroule son agenda pour récupérer le Pds. Il n’y parviendra pas. Il défie le président Wade qui réplique en confirmant Omar Sarr à son poste de Coordonnateur doublé du poste de Secrétaire général adjoint. Il met en place un Secrétariat national. Le poste de chargé des Elections jadis tenu par Fada et maintenant confié à Sada Ndiaye. Les querelles internes se multiplient. Des clans se forment. Les structures des Cadres, des femmes et des Jeunes sont infiltrées. Le Comité Directeur est devenu une foire où tout s’y passe avec une pléthore de membres. Certains, semblait-il, rendaient compte directement au pouvoir. Même le Cabinet de Me Wade était infiltré par le pouvoir à travers ses proches et ses hommes de confiance. Ceux qui avaient peur d’aller en prison, restaient dans le parti pour servir d’agent de renseignement. Le Pds est en berne. Il n’est plus d’attaque. Toutes les structures sont affectées par cette léthargie.

LES JEUNES DEMOBILISES

L’Ujtl et le Meel sont les principales structures des jeunes du Pds. Le jour de la condamnation de Karim Wade par la CREI, les leaders sont arrêtés pour le délit de soupçon de trouble à l’ordre public. Toussaint Manga et Victor Diouf sont en prison depuis lors. Personne au sein du Pds n’a osé bouger pour exiger leur libération. Les rares initiatives se passent dans les salles de rédaction. Au niveau de l’Assemblée Nationale, leur affaire n’est pas prise en compte par le Groupe Parlementaire. Fada qui voulait placer le député Fatou Thiam à la place de Toussaint Manga refuse même de citer le nom de ce dernier. Le parti ne peut pas donc compter sur lui pour défendre le dossier de Toussaint devant le Ministre de la Justice. L’a-t-il fait pour les autres ? Les Elèves et Etudiants sont dans la même situation. La jeunesse devrait être le fer de lance du Parti. Les jeunes du Pds ont toujours été au devant du combat pour la démocratie et la liberté. Mais, l’arrestation de leur leader n’a pas excité leur indignation. Au contraire, nous voyons une jeunesse libérale agonisante et décapitée. Sont-ils en manque de leaders charismatiques capables de soulever les foules ? Le constat est là. Le candidat du Pds, l’Adjoint et le patron des jeunes sont tous en prison. Et personne n’a bougé. Si demain, Me Wade était mis en prison, il est évident que rien ne sera fait pour sa libération. Le Pds est devenu un parti sans âme ni force. Avant-hier, nous avons entendu Fada fustiger les responsables libéraux qui réclament le retour de Wade. Mais à la place des dénonciations, il devait être le premier à descendre sur le terrain, mais faudrait-il qu’il le fasse devant les députés d’abord. Il est lui-même absent dans tous les combats.

LES CADRES AU SALON

Les Cadres du Pds sont nonchalants. Leur fort, c’est la rédaction de communiqués de presse. De 2012 à nos jours, les structures du Pds confondues ont publié plus de 500 communiqués de presse sans effet. Les Cadres oublient qu’en période de guerre, mêmes les Officiers de réserve rangent leur veste pour mettre la tenue de combat. Ces intellectuels de Wade sont totalement absents du terrain politique. Le Pds est dans une situation d’exception qui exige un comportement exceptionnel. Mais cette posture de bureaucrate ne rime pas avec cette situation de crise que connait le Pds. Chaque semaine, ils envoient des communiqués élastiques pour dire la même chose contre le président Macky Sall qui n’en a cure. Ces intellectuels doivent évaluer leur stratégie et changer de méthode car cette forme de combat n’a aucun rendement. Les Cadres de Wade mènent une opposition de salon. Ils ont certainement peur de la prison, et pourtant ils devaient tous se rendre à la Dic pour se constituer prisonniers en même temps qu’Omar Sarr. Cela aurait marqué les esprits. Voir des centaines de Cadres et de responsables se constituer prisonnier devant le procureur de la République en guise de soutien à Omar Sarr, cela aurait un effet. Mais, il faudra avoir le courage politique pour prendre un tel risque. C’est ce courage qui manque au Pds. Ce n’est pas tout. Car les libéraux ne sont pas non plus solidaires entre eux. Ils se considèrent tous comme des ennemis. Des fois, ils oublient même que l’adversaire c’est Macky Sall. A ces faits s’ajoutent les nombreux départs : Me Ousmane Ngom, Me Souleymane Ndéné Ndiaye, Alioune Sow, Mamadou Lamine Keita, Modou Diagne FADA, Aminata Lo, Serigne Mbacké Ndiaye etc.. Seulement, il faut juste préciser que tous ces départs sont motivés par des calculs purement politiques dictés par un besoin de rapprochement avec le pouvoir pour des raisons inavouées.

CES ENCOMBRANTS MOUVEMENTS

Le Pds et son candidat Karim Wade comptent plus de 100 mouvements de soutien sans aucune utilité ni pour le parti encore moins pour leur leader. Certains mouvements n’existent que sur les plateaux des télévisions. Comment comprendre que depuis l’arrestation de Karim Wade, ces mouvements de soutien ont du mal à se faire entendre ? Les leaders sont dans des querelles de leaderships injustifiables. Chaque président de mouvement se prend pour le confident de Karim Wade. Ils n’ont aucune importance pour ce dernier qui vient de boucler ses 03 ans en prison. Qu’est ce que ces mouvements apportent-ils à Wade Fils ? Ils n’ont jamais organisé une manifestation d’envergure depuis l’arrestation de Karim et chaque lundi, ils se bousculent devant la prison de Reubeuss pour se faire voir. Il y a trop de fourberie dans ces mouvements. Karim serait fier d’eux, s’ils avaient réussi à s’unir et à mobiliser les Sénégalais autour de leur cause pour la liberté, et contre l’injustice comme ils le disent. Mais ils se mènent des batailles, chacun veut être le leader oubliant leur mentor dans la prison chaude de Reubeuss. Pauvre Karim. Pauvre Wade…
Le Pds est malade. Il souffre pour plusieurs raisons. Omar Sarr est un homme très courageux mais on lui reproche d’être trop hermétique. Sa légitimité et son engagement politique sont indiscutables. Toutefois, il gagnerait à s’ouvrir aux autres responsables du Pds, à communiquer et à partager plus. Son engagement l’a conduit en prison. Depuis l’arrestation d’Omar Sarr le Comité Directeur ne s’est pas tenu. C’est tout simplement, parce que cette situation n’était pas prévue. On se demande pourquoi, le parti ne bouge pas pour exiger sa libération ?
La situation du Pds est préoccupante aujourd’hui. Le pouvoir s’est donné les moyens pour affaiblir la formation libérale. Malgré cela, les responsables comme Me Amadou Sall, Babacar Gaye, Lamine Ba, Doudou Wade, Sada Ndiaye, Woré Sarr, Aida Mbodj, Ndèye Gaye Cisse et d’autres essaient de sauver la face . Il leur faut plus d’unité et d’engagement sinon d’autres responsables vont rejoindre Karim Wade en prison avant la présidentielle. L’opposition ne serait-elle pas ainsi en train d’être réduite à sa plus simple expression ?

Diogoye FAYE




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