FINANCES : Le franc CFA souffle ses 70 bougies

Le franc CFA, créé le 26 décembre 1945, fête ses 70 ans. La monnaie africaine est vivement critiquée. Accrochée à l’euro, elle impose une monnaie forte à des économies encore faibles et freine leur émergence.

Le franc CFA, qui fête ses 70 ans, a été créé le 26 décembre 1945, peu après que la France a signé les accords deBretton Woods. Le « franc des colonies françaises d’Afrique » deviendra par la suite le « franc de la Communauté financière africaine » pour les Etats membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), et le « franc de la coopération financière en Afrique centrale » pour les pays membres de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC). Jusqu’en 1993, seize pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale disposaient d’une monnaie unique. Le franc CFA dispose d’une parité fixe. Depuis la création de la zone euro, sa valeur ne dépend plus du franc mais de la monnaie unique européenne.

La zone franc regroupe actuellement 14 pays d’Afrique sub-saharienne, unis, selon la Banque de France, autour de « quatre principes fondamentaux : garantie de convertibilité illimitée apportée par le Trésor français, fixité des parités, libre transférabilité et centralisation des réserves de change ».

Les pays africains de la zone jouissent donc d’une monnaie forte mais qu’on accuse aujourd’hui de miner la croissance économique. En août 2015, à l’occasion des 55 ans de l’indépendance de son pays, le président du Tchad lance le pavé dans la marre. Idriss Déby Itno déclare que « le moment est venu de couper ce cordon qui empêche l’Afrique de décoller. Il faut que cette monnaie africaine soit maintenant réellement la nôtre ».

« Ce n’est pas rien, une monnaie unique, c’est important, tempère Moussa Mara, ancien Premier ministre malien, expert-comptable de profession. Le franc CFA a permis d’intégrer économiquement les pays de la zone. » D’autre part, le franc CFA étant garanti par l’euro, il a permis d’intégrer les pays de la zone au commerce mondial. « Aujourd’hui, les commerçants maliens, ivoiriens ou autres, n’ont pas de problèmes pour importer des marchandises puisqu’ils disposent d’une monnaie dont la solvabilité n’est pas remise en question. »

Rigueur contre croissance

Autre argument en faveur du franc CFA, celui-ci apporte une réelle stabilité macro-économique aux pays africains qui l’utilisent. Les billets étant fabriqués par la Banque de France, les pays africains sont toujours restés dans les normes européennes. Leur inflation ne peut dépasser les 3%, et leur dette 70% du produit intérieur brut. De plus, les Etats ne peuvent pas avoir recours à la planche à billets pour corriger leurs économies.

Mais ces atouts sont remis en cause par les besoins actuels des économies africaines de la zone. Il faut avant tout nourrir la croissance et, de ce point de vue, une monnaie forte n’aide pas. La rigueur budgétaire des Etats se fait au détriment du développement économique. Aujourd’hui, les pays ont besoin d’investissements. Or, une monnaie forte rend très difficile l’obtention de crédits, ou à des taux prohibitifs…

« Les pays africains sont engagés dans des programmes d’émergence avec des investissements publics massifs pour développer notamment leurs infrastructures, explique Kako Nubukpo, ancien ministre de la Prospective du Togo. On devrait autoriser les banques centrales à financer ces investissements. » Cette difficulté à emprunter se retrouve à tous les échelons du secteur privé. « Les grandes entreprises, les artisans, les commerçants, les jeunes entrepreneurs n’ont pas accès au crédit, ajoute Moussa Mara. Pour investir, une personne sur quatre se tourne vers les banques. Les autres vont chercher l’argent auprès de leurs familles, de leurs amis ou autres… »

Faible compétitivité

Grâce au franc CFA, les pays africains prennent part au commerce mondial. Mais ils apparaissent aujourd’hui peu compétitifs. Avec une monnaie forte, il est facile d’importer mais difficile d’exporter. « En dehors de la Côte d’Ivoire, tous nos pays ont des balances commerciales déficitaires », se désole Kako Nubukpo. « Si le riz importé de Thaïlande arrive au Mali avec un prix moins élevé que celui produit dans la zone de l’Office du Niger, vers Ségou, alors les agriculteurs maliens n’arriveront pas à vendre leur production », complète Moussa Mara.

Et le commerce régional ne compense pas cette difficulté, d’autant que depuis 1993 les francs CFA d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ne sont plus interchangeables. Aujourd’hui, moins de 15% des échanges de la zone franc se font entre pays africains, contre 60% réalisés avec l’Union européenne. Les économies de la zone franc sont assez similaires : « Le Bénin ne va pas échanger son coton avec celui du Togo », sourit Kako Nubukpo. En outre, la monnaie forte n’incite pas non plus les pays africains à développer leur industrie puisque ces derniers peuvent importer quantités de produits manufacturés à bas coûts, venus notamment de Chine.

Indépendance monétaire

Faut-il alors supprimer le franc CFA ? Dans un premier temps, les pays de la zone qui veulent conserver leur monnaie unique souhaitent plus de flexibilité. « Il faut desserrer les taux du franc CFA sans le quitter, estime Moussa Mara. Qu’il soit moins sous tutelle, qu’il soit moins fort et qu’il n’ait pas un cours fixe ». En clair, l’idée serait de décrocher de l’euro et d’arrimer le franc CFA à un panier de devises avec lesquelles commercent les pays africains : dollar, yuan…

D’ici 2020, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a pour ambition de créer sa monnaie unique. Un projet qui est dans les cartons depuis le début des années 2000. Mais ce qui manque aujourd’hui, c’est la volonté politique, d’après Kako Nubukpo : « Les dirigeants africains redoutent la réaction de Paris. Ils pensent que faire évoluer le franc CFA serait rompre avec la France mais beaucoup d’Etats qui étaient dans la zone franc sont sortis sans drame : le Laos, le Cambodge, le Vietnam, le Maroc, la Tunisie et l’Algérie… Nous devons prendre notre destin en main, mais ce qui fait peur, c’est la qualité de la gouvernance. Le fait de prendre son destin en main a une contrepartie, c’est d’être sérieux dans la gestion. C’est la grande question : est-ce que nous, Africains, voulons être sérieux dans la gestion de la destinée de nos nations ? » RFI




AFRIQUE-MONDE

logo article

Mali : les partisans de Sanogo venus en masse au premier jour de son procès

01/12/2016 par :

Les partisans d’Amadou Haya Sanogo ont pris leurs quartiers à Sikasso, où a débuté mercredi le (...)

logo article

De Rabat à Madagascar, comment Mohammed VI étend l’influence du Maroc sur tout le continent africain

29/11/2016 par :

Rwanda, Tanzanie, Sénégal, Éthiopie, Madagascar, et bientôt Nigeria et Zambie. Jamais Mohammed VI (...)

logo article

Burundi : le conseiller du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, aurait échappé à une tentative d’assassinat

29/11/2016 par :

Willy Nyamitwe, conseiller en communication du président burundais Pierre Nkurunziza aurait été (...)

logo article

Sommet de Madagascar : l’Arabie saoudite devra patienter avant d’adhérer à la Francophonie

26/11/2016 par :

Malgré le plaidoyer de certains chefs d’États africains en faveur d’une adhésion de l’Arabie (...)

logo article

AFRIQUE : Les 5 questions que vous vous posez sur le sommet de la francophonie à Madagascar

25/11/2016 par :

Une trentaine de chefs d’État et de gouvernement sont attendus à Antananarivo pour le XVIe sommet (...)

logo article

RDC – Interview exclusive de Matata Ponyo : « J’ai navigué dans des eaux infestées de crocodiles »

22/11/2016 par :

Le Premier ministre congolais sortant s’est confié en exclusivité à Jeune Afrique au sujet de ses (...)

logo article

OPINION : Pour une négociation politique tous azimuts au Burkina Faso

22/11/2016 par :

Affirmer qu’il règne une tension politique dans notre pays qui est à l’image de celle qui oppose le (...)

logo article

Pierre-Claver Mbonimpa : « Les présidents africains ont la même maladie »

20/11/2016 par :

De passage à Paris où il a été invité par Human Rights Watch pour recevoir le prix Alison Des Forges (...)

logo article

Maroc – UA : Mohammed VI sollicite l’intervention d’Idriss Déby Itno et reporte sa visite en Éthiopie

16/11/2016 par :

Le roi du Maroc a demandé au président tchadien ce lundi d’intervenir auprès de la présidente de la (...)

logo article

États-Unis : Trump promet d’expulser jusqu’à 3 millions d’immigrés clandestins

13/11/2016 par :

Le nouveau président élu des États-Unis Donald Trump a promis d’expulser jusqu’à 3 millions (...)

logo article

L’état d’urgence « devrait être prolongé jusqu’à l’élection présidentielle »

13/11/2016 par :

LE SCAN POLITIQUE/VIDÉO - Le premier ministre souhaite que les mesures d’exceptions restent en (...)

DEPECHES

29 novembre 2016

URGENT : Un avion qui transportait une équipe de football brésilienne s’est écrasé près de la ville colombienne de Medellin. La police colombiennes annonce 76 morts

29 novembre 2016

HAITI : Jovenel Moïse a été déclaré vainqueur de la présidentielle haïtienne dès le premier tour, selon les résultats préliminaires annoncés ce mardi 29 novembre par le Conseil électoral provisoire (CEP). Le nouveau président a appelé les Haïtiens à s’unir pour relever le pays.

11 novembre 2016

DEPECHE/USA : Des milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, ont à nouveau défilé dans la nuit de jeudi à vendredi dans les grandes villes américaines aux cris de « Pas mon président ! ». Des rassemblements parfois émaillés de violences comme à Portland. Trump accuse les média

7 novembre 2016

DEPECHE : Monsieur Macky SALL, Président de la République, et Sa Majesté Mohammed VI Roi du Maroc présideront la signature d’un Protocole d’accord pour la création d’un Centre de Formation dédié à l’Entreprenariat, ce mardi 08 novembre 2016 à 13 heures au Palais de la République. Après cette cérémonie, les deux Chefs d’Etat sont attendus à l’Hôpital Principal de Dakar pour procéder à la remise solennelle de médicaments offerts par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité au Ministère de la Santé. Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc visitera, à cette occasion, le Pavillon Boufflers (Maladies infectieuses) ainsi que la Maternité de l’Hôpital. Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République souhaite la bienvenue et un agréable séjour au Sénégal à son illustre hôte.

29 octobre 2016

ACTUALITE : Monsieur Gorgui Ndong, Spécialiste en Gestion des Ressources humaines, précédemment membre du Collège du Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT), est nommé Ministre délégué auprès du Ministre du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie, chargé de la Restructuration et de la Requalification des banlieues, en remplacement de Madame Fatou Tambédou.

DOSSIERS

KIOSQUE

BIENTÔT DISPONIBLE

+ POPULAIRES