Ex Détenus de Guantanamo au Sénégal : Décryptage

Le Sénégal va accueillir deux ex détenus présumés terroristes de Guantanamo. Il s’agit de Omar Khalifa Mohammad Abu Bakr,et Salem Abdul Salem Ghereby .Eu égard aux interrogations et craintes légitimes des uns et des autres, il est utile de visiter leur parcours terroriste , le contexte de leur arrestation et de se faire une idée des conclusions de l’évaluation des services compétents Américains les concernant. Il faut aussi s’interroger sur le pourquoi de l’implication d’Amnesty International dans ce transfert et sur les risques que pose cette opération sur la sécurité nationale.
- Parcours terroriste d’Omar et Salem.
Les deux Libyens ont fait partie d’une organisation Islamique Libyenne affiliée à Al Qaeda dénommée Groupe Islamique Combattant Libyen dont l’objectif était de défaire Kadhafi en Lybie. Ils ont été formateurs, propagandistes et experts en maniement d’explosifs. Ils ont longtemps côtoyé le premier cercle d’Usama Ben Laden et D’Ayman Al Zawari et ont participé à beaucoup de camps d’entrainement d’Al Qaeda.
Omar a été arrêté par les forces de sécurité Pakistanaises en Mars 2002 lors d’un assaut contre une maison d’hôte supposée à l’époque liée à Al Qaeda dans la localité de Faisalabad. Quand a Salem il a été capturé par les mêmes forces Pakistanaises en Décembre 2001 avec un groupe de personnes supposées avoir fui les montagnes après la bataille de Tora-Bora.
- Contexte de leur arrestation
Les deux ont été arrêtés dans le cadre de la stratégie Américaine de lutte contre le terrorisme post 11 Septembre 2011 (sous Bush fils) appelée « Global War on Terror » GWOT en sigle, ou Guerre Globale contre le Terrorisme qui renvoyait a une guerre totale contre le terrorisme sans aucune prise en compte de la dimension juridique, humanitaire de la guerre et a fortiori des droits de l’homme avec comme conséquence toutes les dérives, tortures, sévices et maltraitance maintenant connues de tous. Les prisons de Guantanamo, d’Abu Graib et autres en sont des exemples plus qu’éloquents.
Cette stratégie du GWOT a été écartée par Obama dès son arrivée au pouvoir et remplacée par une autre dénommée « Overseas Contingengy Operations » OCO en sigle, ou Operations Extérieures d’Urgence, qui se veut moins totalitaire et plus respectueuse des droits de l’homme. C’est dans ce cadre qu’il faut situer la volonté de fermeture de Guantanamo par l’administration Obama et les transferts de ses prisonniers vers d’autres pays. A cet effet, une task force composée principalement de six administrations américaines différentes a été mise en place pour analyser et évaluer le degré de dangerosité des pensionnaires de Guantanamo sous l’égide du Ministre de la Justice ou Attorney General.

- Conclusions et recommandations de la task- force concernant Omar et Salem.
Si l’on en croit le « Long War Journal ‘ » et le « New York Times » du 4 avril 2016, pour Omar la task force a d’abord estimée en Janvier 2010 « qu’il était trop dangereux pour être transféré…… » avant d’évoluer dans son évaluation en Aout 2015 en déclarant que « sa détention n’était plus nécessaire comme protection contre une menace sécuritaire significative contre les Etats Unis » Plus loin dans le même document , la task force déclare prendre acte « du passé et des connexions terroristes » d’Omar , mais trouve que le « risque qu’il présente pourrait être mitigé par son état de santé significativement compromis , son adhérence a la discipline de la prison et son engagement pris avec sa famille de s’amender positivement »
En outre, la décision américaine de transférer Omar recommande aux autorités du pays qui le recevra de prêter une attention spéciale à la menace qu’Omar « peut poser en termes de propagande, recrutement et de formation pour les autres ».
En ce qui concerne Salem son transfert a été approuvé il y a déjà de cela six ans. Ce combattant djihadiste avéré est un expert formateur en explosifs qui a côtoyé le premier cercle de Ben Laden et a participé à plusieurs camps d’entrainement. Cette proximité avec les explosifs lui aurait couté un œil et quelques doigts. Il est jugé apparemment moins dangereux qu’Oumar.
Des deux, il y en donc au moins un dont la présence au Sénégal reste une menace pour la sécurité nationale selon les experts américains eux-mêmes. Malgré ce qui précède, le Sénégal a accepté de les recevoir sur son sol « pour des raisons humanitaires » avec la bénédiction des organisations de Droits de l’Homme.
Droits de l’Homme versus Sécurité nationale ?
En déclarant urbi et orbi que ces deux personnages ne présentent aucun danger, la vice –présidente d’Amnesty international Afrique de l’ouest n’est pas dans son rôle. L’intérêt des activistes des Droits de l’Homme pour opération ne se comprend que dans leur volonté manifeste et louable de mettre fin aux procédures d’exception et prisons américaines nées de la stratégie GWOT initiée et mise en œuvre par l’Administration Bush. Cette croisade avait fait long feu avec le trio, Rumsfeld, Cheney et C. Rice qui ont fait prévaloir la Sécurité Nationale US au détriment des droits de l’homme. On peut se poser la question de savoir si l’administration Obama fait mieux avec ce que d’aucuns appellent les « exécutions extra-judiciaires » commises avec l’utilisation de drones qui frappent et tuent (avec forcement des dommages collatéraux) des cibles identifiées ou profilées par des techniciens de la Sécurité et du Renseignement puis soumis à l’Exécutif pour validation.
Le Sénégal a adopté une démarche a contrario en acceptant au nom de ces mêmes droits de l’homme et « pour des raisons humanitaires » d’accueillir des personnes jugées toujours dangereuses par les services de sécurité Américains.
La décision est souveraine, et a été certainement bien étudiée, mais elle met sur la table la délicate problématique de l’équilibre à trouver entre la Sécurité Nationale et les Droits de l’Homme en matière de terrorisme.
On peut légitimement se demander si les gains diplomatiques et le confort psychologique que procure l’image d’un Sénégal bon Samaritain, respectueux des droits de l’homme, marque de fabrique de cette opération, valent notre sécurité à nous tous. La vigilance s’impose à nos services de sécurité pour la surveillance de ces hôtes assez spéciaux. Désengagés du terrorisme de façon coercitive ils le sont, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’ils sont dé- radicalisés, d’où la nécessité de factoriser le risque de récidive dans la gestion de cette opération.


Mamadou Diouf. Diouf1@un.org.
Expert Conseiller en Sécurité / Nations Unies -RCA



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