ENTRETIEN : « Pour une croissance à plus de 5 %, il faut mettre l’accent sur l’agriculture en Afrique »

L’économie en Afrique subsaharienne tourne au ralenti. Selon des prévisions de la Banque mondiale présentées le 5 octobre, la croissance de la région atteindra 3,7 % en 2015 contre 4,6 % en 2014, soit le taux le plus faible depuis la crise financière mondiale de 2008-2009.

Pour la Banque mondiale, ce recul s’explique par la chute brutale des cours des matières premières et le ralentissement de l’économie chinoise. Le pétrole, les minerais et les métaux représentent les trois quarts des exportations du continent. Or, si l’offre est abondante, la demande mondiale est plus faible. Pour Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, ce ralentissement de la croissance « est une opportunité pour les pays africains de relancer leurs réformes afin de moderniser leur économie ».

Le ralentissement de la croissance de l’Afrique signifie-t-il que la pauvreté augmente sur le continent ?
Il est vrai que le niveau de vie des populations en Afrique subsaharienne n’a pas connu la même progression que les taux de croissance de ces vingt dernières années. Et le ralentissement de la demande extérieure en matières premières, notamment de la Chine, observé cette année, a provoqué un ralentissement de cette croissance. Mais cela ne veut nullement dire que la pauvreté augmente. Au contraire, elle continue de reculer. En 1990, 56 % des Africains vivaient dans la pauvreté extrême. Ce pourcentage est passé à 43 % en 2012.
Par ailleurs, si on la compare aux autres régions du monde, l’Afrique a des taux de croissance élevés. Des pays comme la Tanzanie ou la Côte d’Ivoire affichent, comme bien d’autres, des taux de croissance de l’ordre de 7 % et 9 %. Les pays exportateurs de pétrole sont les plus touchés par la crise boursière chinoise et la baisse des cours des matières premières, et c’est cela qui baisse la moyenne de la région. Mais il ne s’agit pas d’une mauvaise performance et il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Qu’est-ce qui explique que l’on soit à des niveaux encore plus bas qu’au lendemain de la crise financière de 2008 ?
La crise que nous avons observée cette année et celle de 2008-2009 sont deux chocs tout à fait différents. La crise de 2008 était liée à une perturbation des marchés financiers. L’Afrique a été beaucoup moins affectée parce que les courroies de transmission étaient différentes. La crise de 2015, elle, est liée à la fin du « super-cycle » des prix des matières premières. Les effets sont plus directs sur les économies africaines, parce qu’elle est liée à une source essentielle de croissance en Afrique : précisément, les matières premières.
Les crises sociales et l’instabilité politique récentes ont-elles eu un impact sur le résultat que présente la Banque mondiale ?
Il faut en finir avec la perception selon laquelle chaque fois qu’il y a une crise sociopolitique dans un pays africain, cela provoque une perturbation économique dans la région. Si l’on observe bien, les pays qui ont connu des crises politiques majeures récemment sont le Burundi, le Burkina Faso, le Soudan du Sud… Or, ces pays ne constituent pas les économies les plus larges en Afrique subsaharienne. La principale cause du ralentissement de la croissance en Afrique, c’est la chute des prix des matières premières

Pourquoi certains pays s’en sortent mieux que d’autres ?
Regardez les pays qui ont été le plus touchés : l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, le Gabon, la République démocratique du Congo et la Guinée équatoriale. Ils sont tous de gros producteurs et exportateurs de matières premières, notamment de pétrole. Ceux qui s’en sont le mieux sortis sont ceux qui en sont le moins dépendants. Ce sont des pays qui sont soit essentiellement agricoles soit pour lesquels le plus gros des exportations est agricole. Mais la fin de ce « super-cycle » des matières premières est une opportunité de relancer des réformes afin de diversifier leurs sources de croissance. Avec, par exemple, la mise en œuvre de bonnes politiques pour stimuler la productivité agricole.
L’agriculture est-elle donc la solution pour le développement de l’Afrique ?
C’est l’une des solutions des plus sûres et les plus durables. Si l’on veut maintenir des taux de croissance à plus de 5 %, il faut absolument mettre l’accent sur l’agriculture et la transformation sur place des produits agricoles. Pour la Côte d’Ivoire, grand producteur de cacao, l’enjeu est de transformer la valeur ajoutée liée au cacao. Il faut une révolution agricole en Afrique subsaharienne qui ne se fera pas tant que n’est pas résolu le déficit énergétique auquel il est confronté. Et là aussi, la solution est l’électrification. La COP 21 devrait offrir une opportunité aux pays africains de développer des partenariats avec le secteur privé afin de pouvoir offrir par la suite des énergies renouvelables à bas prix aux populations.

La démographie galopante en Afrique, mentionnée dans le rapport, est-elle un problème ou un atout ?
Cela est un problème s’il n’y a pas d’investissement dans le capital humain. La croissance démographique est un atout quand on a une population suffisamment formée, qui puisse arriver sur le marché du travail avec un niveau de productivité élevé de manière à contribuer de manière significative à l’augmentation du PIB. A l’inverse, lorsque les personnes arrivent sans qualification sur le marché du travail, cela constitue un fardeau. C’est pourquoi l’un des enjeux majeurs en Afrique est l’investissement non seulement dans le capital humain mais aussi dans la santé, l’éducation.
Vous proposez une gestion plus stricte des dépenses publiques pour relancer la croissance. Va-t-on vers une nouvelle vague de plans d’ajustement structurel ?
Je ne crois pas. A l’époque où l’on parlait de ces questions, il y avait en Afrique un débat idéologique entre le rôle du secteur privé et celui du secteur public : fallait-il tout faire reposer sur l’Etat ou permettre aux investisseurs privés de participer aux projets de développement ? Cette question n’est plus d’actualité. Car tout le monde est conscient que le secteur privé est le moteur de la croissance. Les mesures mises en place ont contribué à la consolidation des fondamentaux : la nécessité d’une gestion macroéconomique saine, l’ouverture du marché et des frontières. Il faudrait poursuivre ces efforts en réduisant la perception du risque en Afrique. Cela rassurera les investisseurs étrangers et favoriser le développement du secteur privé local. Mais, en aucun cas, il ne s’agit de relancer des réformes structurelles des années 1980 et 1990. Nous entamons une nouvelle ère.
LE MONDE.FR



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