ELECTION 2016 : Les Organisations de la Société civile s’opposent à la candidature de Deby (Déclaration commune)

CONFÉRENCE DE PRESSE DE LA SOCIETE CIVILE
NDJAMENA, LE 23 JANVIER 2016

DÉCLARATION LIMINAIRE

Mesdames et Messieurs les Représentant des missions diplomatiques
Mesdames et Messieurs les Représentants des Partis politiques et des Associations de la Société Civile
Mesdames et Messieurs les journalistes de la presse privée et publique
Honorables invités
Comme vous le savez, notre pays le Tchad, comme plusieurs de ses pairs de l’Afrique centrale connaitra en cette année 2016 des élections présidentielles.
Si les conditions d’organisation de ces élections ont souvent fait l’objet de contestations par les partis politiques d’opposition et les organisations de la société civile, c’est parce que dans ces pays, des chefs d’états dont certains ont régné pendant plus d’un quart de siècle cherchent à tout prix à se maintenir au pouvoir.
Cette obsession les amène souvent à se livrer à cette pratique déloyale de vouloir à tout prix définir de façon unilatérale les règles du jeu électoral afin d’en contrôler tout le processus.
Le Tchad notre pays n’a pas échappé à la règle et le dispositif multiforme de fraude électorale mis en place par le pouvoir ne laisse aucun doute sur l’issue des prochaines consultations : du choix de l’opérateur de la biométrie (MORPHO) jusqu’au Conseil Constitutionnel chargé de valider les futurs résultats des fraudes électorales en passant par une CENI taillée sur mesure et aux ordres, tout le dispositif est en place pour un cinquième sacre du candidat Idriss Deby ITNO.
La Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (C.T.D.D.H) rappelle au public que le bilan de 25 ans de règne du Président DEDY est connu de tous et dire qu’il a été un échec est un euphémisme.
Il suffit simplement de relever qu’après avoir engrangé des milliers de milliards depuis la date de commercialisation du pétrole de 2005 à nos jours, nos gouvernants sont incapables d’assurer la simple régularité des salaires des fonctionnaires et de juguler la misère chronique devenue le lot quotidien des tchadiens.
Sans vouloir revenir sur cette gouvernance calamiteuse dont nous avons toujours dénoncé les dérives, nous retiendrons simplement :
Que pendant 25 ans, les tchadiens ont vu leurs droits économiques violés.
Au regard de l’Article 11 du Pacte International relatif aux Droits Economiques Sociaux et culturels, la quasi totalités de leurs entreprises nationales sont, sous le couvert de la privatisation prônée par les bailleurs, bradées par le pouvoir au profit des parents des hauts responsables : l’exemple le plus patent parmi des dizaines est celui de la SNER, société d’état, devenue propriété exclusive du grand frère du chef de l’état.

Les tchadiens ont assistés impuissants à l’accaparement systématique de l’argent du Pétrole par une infime minorité de tchadiens qui n’hésite pas à étaler ses milliards alors que eux, représentants la grande majorité, croupissent dans la misère et ont du mal pour beaucoup d’entre eux, à assurer le repas quotidien.
Retenons que dans certaines zones des provinces, des tchadiens creusent des fourmilières pour nourrir leurs enfants avec des grains qu’ils recueillent à cette occasion et l’accès à l’eau potable est devenue pour ces compatriotes un parcours du combattant ; (au Burkina 75% en milieu urbain contre 20.9%pour le Tchad). Dans le cadre d’un classement de l’indice de développement humain 2010, évoqué dans le rapport d’une mission de l’organisation ACF Tchad (Action contre la faim) le Tchad est 184e sur 186 pays de la bande sahélienne ; le Tchad est donc un des pays les plus pauvres de la planète en ce qui concerne la lutte contre la malnutrition ; les 2/3 de la population vit sous le seuil de pauvreté et l’espérance de vie n’y est que de 45 ans.
22% des enfants tchadiens naissent chaque année avec un retard de croissance et en 2012, plus de 45 .000 décès sont reliés à la malnutrition et à l’insécurité alimentaire.
Avec (1 100 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes) et un faible taux de prévalence contraceptive (4,8%), le Tchad reste très en retard en termes de soins de santé maternelle et néonatale (source MEDECIN DU MONDE). la preuve est ainsi faite que le pouvoir tchadien n’a eu aucune politique sociale.
Des commerçants tchadiens ont fermé boutique et ont abandonné toute activité commerciale parce que les proches du Pouvoir se sont accaparés de tous les secteurs rentables et ont créé une situation de quasi-monopole dans les stations de services, les pharmacies, l’alimentation, les transports urbains et ruraux etc., parce que les commerçants issus du sérail bénéficient au mépris des dispositions du code des marchés publics, des marchés de gré à gré de plusieurs milliards, alors que leurs entreprises à eux sont déclarées en faillite les unes après les autres faute de marché.
Dans nos provinces, nos agriculteurs assistent souvent impuissants aux fréquentes invasions de leurs champs parce que le bétail en cause est la propriété soit du sous -préfet, du préfet, du gouverneur ou du Commandant de brigade, et surtout que le berger est d’autant plus arrogant qu’il est détenteur d’une arme à feu. L’agriculteur qui n’a que son champ pour survivre, est toujours puni en cas de conflit.
Le cadre et fonctionnaire constate que toutes les régies d’état génératrices de recettes et les secrétariats généraux des Ministères gestionnaires des crédits ont toujours à leur tètes les parents du chef de l’état alors que des cadres compétents écument les ombres des arbres de nos administrations.
Nos jeunes diplômés constatent avec amertume que le cursus et la compétence au Tchad ne sont pas des critères leur permettant l’accès à un emploi ; des individus au cursus douteux occupent des postes de conception pendant qu’eux comme nos jeunes bacheliers du reste, se retrouvent dans la rue et finissent par se transformer en vendeurs ambulants ou conducteur de moto taxi. La preuve est ainsi faite que le pouvoir n’a aucune politique d’emploi.
Des travailleurs tchadiens employés par des multinationales ont vu leurs droits sociaux au moment de leur démobilisation, détournés par les plus hautes autorités, et leurs actions de revendication, violemment réprimés par la police ; l’exemple des ex employers de TCC/ESSO est significatif à cet égard.
Des militaires démobilisés sont dans le dénuement car, leurs droits ne leurs sont pas versés après leurs dégagement parce que détournés par des responsables.
Les enfants et les épouses des militaires tués au Mali et au Nigeria sont réduits à mendier dans les ronds-points de Ndjamena faute de dédommagements.
Telles sont quelques-unes des preuves que la gestion volontairement artisanale des ressources nationales et la navigation à vue qui caractérise notre gouvernance économiques sont les principales causes des violations des droits économiques des citoyens.
Quant aux violations des Droits de l’Homme au sens strict, elles sont tellement nombreuses dans notre pays qu’elles ne tiendront certainement pas dans cette déclaration liminaire.
Nous disons simplement qu’au regard de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples, de la Constitution Tchadienne et des outils internationaux que le Tchad a ratifiés, on ne peut pas dire du système politique actuel qu’il est démocratique quand les pouvoirs Exécutif, législatif et judiciaire sont dans les faits entre les mains d’une seule personne.
On ne peut pas affirmer que le pouvoir actuel est respectueux des droits de l’homme quand il entretient un système judiciaire corrompu qui ne réprime que les plus faibles et dont les décisions ne sont pas exécutées quand elles sont rendues contre les plus forts.
On ne peut pas affirmer que le pouvoir actuel est respectueux des droits de l’homme quand il entretien des prisons occultes et que nos geôles regorgent de personnes arrêtées pour leurs opinions.
On ne peut pas dire du système actuel qu’il a instauré la justice quand la planification de la domination d’une catégorie de tchadiens sur le reste des populations est érigée en méthode de gouvernance.
On ne peut pas parler d’un appareil sécuritaire républicain et impartial quand la police, la gendarmerie, l’armée, la DGSIE, la garde nomade ainsi que les Commissariats des 10 Arrondissements de Ndjamena sont dirigés exclusivement par les membres d’une seule composante ethnique et que l’insécurité au Tchad est alimentée par une impunité qui n’existe nulle part ailleurs.
Ces responsables en charge de la sécurité n’hésitent parfois pas à pactiser avec les malfrats : l’exemple de la joaillère Hadjé Haoua à qui des brigands avaient arraché l’équivalent en or de 733 millions de f CFA après l’avoir lâchement assassinée est curieusement resté impuni après presque une année.
Les déclarations du ministre de la sécurité confirmant l’arrestation de ces brigands lors d’une cérémonie de présentation des malfrats arrêtés sont restées fraiches dans les mémoires ; au lendemain de cette déclaration, la police affirme curieusement aux parents de la disparue que ses assassins n’avaient pas été arrêtés.
Comment peut-on parler du bien-être de la population quand, pour mieux asservir les tchadiens, la cherté de vie et l’appauvrissement concomitant de la population sont systématiquement programmés et mis en œuvre par les plus hautes autorités.
Comment peut-on parler d’égal accès des citoyens méritants à des postes de responsabilité quand toutes les fonctions clefs et postes générateurs de recettes sont tous occupés par des membres d’une seule famille dont certains à peine sortis de l’adolescence.
Les récents massacres inacceptable des orpailleurs par la garde présidentielle dans le Batha, nous ont démontré jusqu’où le pouvoir est capable d’aller pour empêcher les autres tchadiens de s’enrichir confirmant ainsi sa politique d’appauvrissement systématique des citoyens pour mieux les asservir.
Il est permis d’affirmer ici que le Président Deby est le seul responsable de toutes ces dérives parce qu’il a conçu et planifié ce système actuel d’enrichissement de ses parents et d’appauvrissement concomitant des autres tchadiens et en a fait son véritable programme politique ; ce programme débouchera à terme , nous en sommes convaincus, sur une situation de troubles qui risque d’être incontrôlable.
Le système Deby que nous subissons depuis plus de 25 ans nous a suffisamment démontré que nous ne sommes pas tous égaux en droit parce qu’il a réussi à créer une société tchadienne d’une minorité de maitres et d’une majorité de serviteurs.
Nous pensons que notre pays n’à pas besoin de tout cela ; il a plutôt besoin de toutes les ethnies et toutes, elles se valent, méritent le même respect parce qu’elles doivent jouir des mêmes Droits.
Eu égard donc à ce qui a été décrit ci haut, la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (C.T.D.D.H) et les associations qui partagent son point de vue sur la question, demandent solennellement à M IDRISS DEBY ITNO de ne plus présenter sa candidature aux prochaines élections Présidentielles.
Même si le Président a modifié la Constitution pour s’assurer avec la mise en place de son dispositif de fraude, une présidence à vie, nous estimons qu’il est légitime pour nous de lui dire de ne pas se représenter pour la cinquième fois ; nous disons cela parce qu’il ne s’agit pas d’un candidat ordinaire, il s’agit d’IDRISS DEBY, auteur du bilan que nous avons dressé ci haut.
Nous sommes une organisation de défense des droits de l’homme et en cette qualité, nous sommes garants du bien-être des populations ; c’est ainsi que nous disons que nous les tchadiens avons aussi droit au bien être comme les autres peuples ; ce bien être, nous en sommes convaincus, passe par le retrait de l’actuel Président. Parce qu’à ce rythme, si le système Deby perdure encore cinq ans de plus, nous nous retrouverons dans un scenario où la grande majorité des tchadiens ira quémander sa simple nourriture chez Deby et ses parents. Nous ne sommes pas prêts d’accepter ce calvaire, cinq ans de plus.
C’est pourquoi, pour arriver à nos fins, nous nous réservons le droit d’engager des actions pacifiques, légales et citoyennes que nous confère la Constitution en cas de non retrait du candidat Deby.
Nous vous remercions de votre aimable attention.

Mahmat Nour IBEDOU
Secrétaire Général de la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (C.T.D.D.H)



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