DIPLOMATIE : Hollande à Washington pour convaincre Obama de s’engager plus

François Hollande devait être reçu ce mardi 24 novembre à la Maison Blanche afin de discuter avec Barack Obama d’un renforcement de la coalition internationale en vue de détruire le groupe Etat islamique. Mais parviendra-t-il à convaincre le président américain de s’engager davantage au Moyen-Orient ? Pas sûr.

Lors de sa rencontre avec le président américain ce mardi après-midi, François Hollande devrait plaider en faveur d’un rôle plus grand des Etats-Unis au sein de la coalition internationale, analysenotre correspondant à Washington Jean-Louis Pourtet. Il devrait dire à Barack Obama : les intérêts des Européens, vos meilleurs alliés, sont en danger. Nous ne pouvons attendre pour détruire l’organisation Etat islamique.

Mais le président américain est-il prêt à engager plus profondément son pays dans le conflit ? Même après les attentats de Paris, il reste attaché à sa présente stratégie d’un engagement minimal, que même ses partisans, y compris son ancien ministre de la Défense, Leon Panetta, jugent inefficace.

Sur le plan politique, Paris et Washington sont plutôt sur la même longueur d’onde. Même si pour la France Bachar el-Assad n’est plus la priorité, son départ est toujours d’actualité, on l’a redit hier à l’Elysée. Une position inconciliable avec les intérêts de la Russie et de l’Iran.

Rapprocher les Etats-Unis et la Russie

Ayant mis fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, Obama ne désire pas s’impliquer en Syrie. Il écoutera donc avec sympathie le plaidoyer de François Hollande, mais sans forcément lui promettre d’en faire plus.

Le président français a aussi une autre mission : tenter de rapprocher Washington et Moscou - où il doit se rendre jeudi - pour qu’ils combattent ensemble le groupe Etat islamique. Le secrétaire d’Etat John Kerry n’en a pas écarté la possibilité, mais le département d’Etat précise que les Etats-Unis veulent d’abord voir si la Russie bombarde le groupe EI ou les ennemis d’Assad.

La question du positionnement de la Russie est la question la plus centrale
Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique

« Pour faire une coalition large et unique, la question de la Russie est la plus centrale, analyse Camille Grand, Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. Les Russes sont engagés en Syrie mais jusqu’à présent ils ont surtout frappé les groupes de l’opposition à Bachar El Assad. Depuis quelques jours ils ont commencé à frapper l’Etat Islamique mais on ignore encore s’il s’agit d’un changement stratégique ou d’un mouvement tactique, dans l’ambiance qui suit les attentats de Paris et l’attentat contre l’avion russe dans le Sinaï. »

Depuis ce lundi 23 novembre, on note pourtant un changement important de vocabulaire à l’Elysée, commente notre envoyé spécial à Washington Florent Guignard. On ne parle plus de « coalition » mais de « coopération ». Une forme de rétropédalage après le discours de Versailles. C’est toute la difficulté pour François Hollande : comment rassembler des intérêts aussi contradictoires et comment faire en sorte que son activisme diplomatique ne se résume pas, in fine, à une vaste opération de communication.

Hollande en chef de la coalition

De mémoire de diplomate, on n’avait jamais vu ça, cette intense semaine diplomatique aux accents très martiaux. Des consultations tous azimuts pour intensifier la guerre, qui se font de manière très méthodique, très orchestrée, pour montrer que la France, et François Hollande, sont à l’initiative.

Cela a commencé vendredi 20 novembre, avec l’adoption aux Nations unies d’une résolution du Conseil de sécurité, ce à quoi la Russie n’a pas opposé son veto.
Ensuite hier lundi, François Hollande a reçu David Cameron, le jour même de l’arrivée du porte-avions « Charles-de-Gaulle » au large de la Syrie.

Aujourd’hui c’est donc Barack Obama à la Maison Blanche, jeudi Vladimir Poutine au Kremlin et dimanche le président chinois. En une semaine, François Hollande aura ainsi vu tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Un petit exploit, aux yeux de l’Elysée, à la hauteur de la riposte que la France compte mener.

Semaine marathon

Convaincre les Etats-Unis, la Russie et la Chine de travailler main dans la main contre Daech est donc loin d’être chose aisée. De même qu’avec d’autres pays comme l’Allemagne, dont François Hollande doit rencontrer la chancelière Angela Merkel ce mercredi. Berlin a choisi de ne pas participer à la coalition internationale, qui lutte contre le groupe Etat islamique depuis 2014.

Les pays arabes du Golfe ou encore la Jordanie sont membres de la coalition internationale qui bombarde le groupe Etat Islamique depuis 2014. Et des pays comme l’Iran ou la Turquie (voisine de la Syrie) sont par nature des partenaires essentiels dans la lutte contre Daech. Mais cette semaine, ils sont les grands absents du marathon diplomatique de François Hollande.

Intervention militaire contestée

Alors que la France a multiplié ces dernières années les interventions armées à l’extérieur — Mali, Libye, Irak, Syrie —, certaines voix contestent aujourd’hui cette militarisation de la lutte anti-terroriste, alors que la France a multiplié ces dernières années les interventions armées à l’extérieur : Mali, Libye, Irak Syrie. « Le mandat de Hollande a été celui d’un président militariste voir "bushiste" dans ses propos, qui a monté plusieurs interventions à l’extérieur sans qu’on ne se pose la question de savoir si cela n’a pas eu davantage d’effets indésirables que bénéfiques, affirme le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos de l’Institut français de Géopolitique. La question est posée ».

Le chercheur déplore « un débat occulté » par le traumatisme des attentats du 13 novembre. « Le débat est-il de savoir si on va réussir à monter une coalition unique contre l’Etat Islamique ? Ou de savoir s’il est faisable de l’écraser militairement ? » s’interroge Marc-Antoine Pérouse de Montclos pour qui la France aujourd’hui dans une impasse : « soit vous tapez uniquement sur l’Etat Islamique en faisant le jeu d’un dictateur sanguinaire, Assad, qui a beaucoup plus tué que l’Etat islamique. Soit vous tapez sur tout le monde et vous mondialisez la guerre. Soit vous ne faites rien et on vous reproche de ne rien faire »




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