Alexeï Vassiliev : « La Russie peut être utile à l’Afrique »

Alexeï Vassiliev, le Monsieur Afrique du Kremlin, participe aux MEDays à Tanger, où Jeune Afrique l’a rencontré. Interview.

Cinquante ans de coopération russo-africaine
Alexeï Vassiliev est l’ancien représentant spécial de la Russie pour les relations avec l’Afrique. Conseiller du président Poutine, il est membre du conseil de politique extérieure du ministère des Affaires étrangères. De 1975 à 1979, il fut correspondant de la Pravda en Égypte. Il a couvert le Soudan, le Yémen, la Libye et l’Éthiopie. Présent à Tanger du 11 au 14 novembre pour la 8e édition des MEDays, il revient sur l’évolution des relations entre le continent et son pays.

Jeune Afrique : Votre présence aux MEDays 2015 est-il le signe que la Russie s’intéresse à nouveau à l’Afrique, 30 ans après la chute de l’URSS ?

Alexeï Vassiliev : Oui, nous reprenons pied. Les sanctions économiques européennes au moment de la crise ukrainienne y sont sans doute pour quelque chose… Grâce à ce boycott économique, nous avons été obligé de diversifier nos partenaires. Je crois que l’Afrique est une formidable opportunité pour la Russie car elle nous offre la possibilité de sortir de notre dépendance envers l’Union européenne. Et j’ai la conviction que la Russie peut être utile à l’Afrique. Nous sommes davantage dans une logique d’échange et de solidarité.

Dans quels pays en particulier vous implantez-vous, du côté des vieux partenaires de l’URSS ?

Vous savez, 25 ans après la chute du mur, la réalité africaine n’est plus la même, le renouvellement politique s’est opéré, et c’est une nouvelle génération d’hommes politiques qui gouverne le continent. Les chefs d’État ont oublié pour la plupart la parenthèse communiste. Il est clair que nous avons gardé des liens avec l’Angola, l’Afrique du Sud, la Guinée Conakry car plusieurs générations d’hommes et de femmes ont étudié à Moscou. C’est aussi le cas en Égypte, en Algérie ou au Maroc.

Et dans quels secteurs comptez-vous vous imposer ?

La Russie est l’un des plus petits investisseurs économiques actuellement en Afrique. Donc, nous partons de rien, même si nous avons eu une expérience à l’époque de l’URSS. Nous pensons humblement pouvoir apporter notre expérience en terme énergétique surtout. Nous sommes déjà présents en Afrique, en matière d’industrie de l’armement, pour le meilleur ou pour le pire, mais c’est un fait. Nous avons aussi des compétences en terme de recherche scientifique dont l’Afrique pourrait profiter.

Vous êtes un afro-optimiste ?

Je ne peux pas dire que je sois afro-optimiste ou aussi optimiste que certains. Mais quelque chose me donne un peu d’espoir : des opportunités se profilent. Certains pays sont plus rapides que d’autres en terme de développement mais à peu près tous ont besoin de consolider leurs bases. L’Afrique doit d’abord sortir de la période de troubles qu’elle traverse. Pour dire la vérité, je suis un peu inquiet car il y a encore beaucoup trop de coup d’états, de crises politiques, de révolutions, de contre-révolutions. Ma petite expérience de l’Afrique me laisse penser que le continent nécessite surtout plus de temps pour s’unifier et fortifier ses institutions, en terme de Constitutions, d’armées, etc…

Certains disent pourtant qu’après l’Asie, c’est l’heure de l’Afrique ?

Oui, certains parlent aussi de l’africanisation du monde. Pour ma part, je préfère rester prudent. Certes, c’est en Afrique que les changements sont les plus visibles actuellement… Imaginez, à l’époque où je couvrais l’Afrique, il y avait cinq ou six pays seulement avec des universités. Aujourd’hui, tous les les pays en sont dotées. Quelque soit le niveau des universités, c’est un pas immense pour l’éducation à la base du progrès et peu importe le niveau des universités. Autre indice positif, autrefois, tout était dominé par les accords de Breton Woods. Cette institution était gérée par les intérêt égoïstes d’un groupe de quelques puissances… Aujourd’hui, on en revient et certains pays africains émergents commencent à faire entendre leur voix. C’est un premier pas, même si leur poids reste encore très limité sur la scène internationale… Arrêtons d’imposer des modèles. L’Afrique prendra le temps qu’il faut pour trouver son propre chemin, son modèle de développement.

J’ai souvent constaté à quel point l’Occident imposait ses règles en Afrique. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas pu investir en Afrique
C’est quoi, la méthode russe en Afrique ?

La méthode russe en termes de business est un peu nouvelle, elle se cherche. Une chose est sûre, nous n’avons pas grand chose à faire en Afrique, en termes de petites et moyennes entreprises même si il y aura toujours des exceptions. Seuls de gros investissement portés par l’État russe ont de l’avenir en Afrique. Je pense que Moscou doit être là pour accompagner le business, je dirai même, pour le soutenir. C’est le cas en Afrique du Sud concernant l’extraction de la manganèse, qui connaît un vrai succès. C’est pareil en Angola, avec les diamants ou le pétrole et quelques projets gaziers… Bien qu’on nous aie souvent caricaturé à cause de nos différends avec l’occident, nous sommes une nation avec le respect des souverainetés. Je me souviens, quand je participais à des négociations du G8, j’ai souvent constaté à quel point l’Occident imposait ses règles en Afrique. Et cela a d’ailleurs longtemps joué contre nous, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas pu investir en Afrique. Aujourd’hui, nous, nous sommes pour la coopération bilatérale, nous ne voulons pas nous imposer.

La Russie est engagée militairement en Syrie, on peut l’imaginer aussi intervenir en Afrique ?

Personnellement, je ne fais pas partie de ceux qui soutiennent une intervention militaire russe dans le monde sans les autres, ni en Syrie, ni ailleurs. Daesh est un problème beaucoup trop complexe. Si un front anti-terroriste international était créé, alors oui, je serais pour. La Russie seule aura dû mal à vaincre cette nébuleuse, mais c’est une opinion personnelle.

Et que pensez-vous justement de la crise migratoire et des difficultés de l’Europe pour endiguer le phénomène, on l’a encore vu à travers le dernier sommet de La Valette à Malte ?

Je n’ai pas grand chose à dire là-dessus, enfin si une seule : l’Europe paye pour le passé.




AFRIQUE-MONDE

logo article

SECURITE : L’armée libyenne reprend la ville de Syrte à l’EI

05/12/2016 par :

Le gouvernement d’union nationale a annoncé lundi la reprise totale de la ville de Syrte. (...)

logo article

Mali : les partisans de Sanogo venus en masse au premier jour de son procès

01/12/2016 par :

Les partisans d’Amadou Haya Sanogo ont pris leurs quartiers à Sikasso, où a débuté mercredi le (...)

logo article

De Rabat à Madagascar, comment Mohammed VI étend l’influence du Maroc sur tout le continent africain

29/11/2016 par :

Rwanda, Tanzanie, Sénégal, Éthiopie, Madagascar, et bientôt Nigeria et Zambie. Jamais Mohammed VI (...)

logo article

Burundi : le conseiller du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe, aurait échappé à une tentative d’assassinat

29/11/2016 par :

Willy Nyamitwe, conseiller en communication du président burundais Pierre Nkurunziza aurait été (...)

logo article

Sommet de Madagascar : l’Arabie saoudite devra patienter avant d’adhérer à la Francophonie

26/11/2016 par :

Malgré le plaidoyer de certains chefs d’États africains en faveur d’une adhésion de l’Arabie (...)

logo article

AFRIQUE : Les 5 questions que vous vous posez sur le sommet de la francophonie à Madagascar

25/11/2016 par :

Une trentaine de chefs d’État et de gouvernement sont attendus à Antananarivo pour le XVIe sommet (...)

logo article

RDC – Interview exclusive de Matata Ponyo : « J’ai navigué dans des eaux infestées de crocodiles »

22/11/2016 par :

Le Premier ministre congolais sortant s’est confié en exclusivité à Jeune Afrique au sujet de ses (...)

logo article

OPINION : Pour une négociation politique tous azimuts au Burkina Faso

22/11/2016 par :

Affirmer qu’il règne une tension politique dans notre pays qui est à l’image de celle qui oppose le (...)

logo article

Pierre-Claver Mbonimpa : « Les présidents africains ont la même maladie »

20/11/2016 par :

De passage à Paris où il a été invité par Human Rights Watch pour recevoir le prix Alison Des Forges (...)

logo article

Maroc – UA : Mohammed VI sollicite l’intervention d’Idriss Déby Itno et reporte sa visite en Éthiopie

16/11/2016 par :

Le roi du Maroc a demandé au président tchadien ce lundi d’intervenir auprès de la présidente de la (...)

logo article

États-Unis : Trump promet d’expulser jusqu’à 3 millions d’immigrés clandestins

13/11/2016 par :

Le nouveau président élu des États-Unis Donald Trump a promis d’expulser jusqu’à 3 millions (...)

DEPECHES

5 décembre 2016

GAMBIE : En Gambie, l’opposant Ousseynou Darboe sera bientôt libre. Son procès en appel a pris une dimension particulière après la victoire inattendue d’Adama Barrow à la présidentielle. Le leader du Parti démocratique unifié était l’un des principaux opposants au régime de Yahya Jammeh. Il avait été condamné en juillet à trois ans de détention, notamment pour manifestation illégale et son procès en appel s’est ouvert ce lundi. Les juges de la cour d’appel viennent d’annoncer sa remise en liberté provisoire

29 novembre 2016

URGENT : Un avion qui transportait une équipe de football brésilienne s’est écrasé près de la ville colombienne de Medellin. La police colombiennes annonce 76 morts

29 novembre 2016

HAITI : Jovenel Moïse a été déclaré vainqueur de la présidentielle haïtienne dès le premier tour, selon les résultats préliminaires annoncés ce mardi 29 novembre par le Conseil électoral provisoire (CEP). Le nouveau président a appelé les Haïtiens à s’unir pour relever le pays.

11 novembre 2016

DEPECHE/USA : Des milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, ont à nouveau défilé dans la nuit de jeudi à vendredi dans les grandes villes américaines aux cris de « Pas mon président ! ». Des rassemblements parfois émaillés de violences comme à Portland. Trump accuse les média

7 novembre 2016

DEPECHE : Monsieur Macky SALL, Président de la République, et Sa Majesté Mohammed VI Roi du Maroc présideront la signature d’un Protocole d’accord pour la création d’un Centre de Formation dédié à l’Entreprenariat, ce mardi 08 novembre 2016 à 13 heures au Palais de la République. Après cette cérémonie, les deux Chefs d’Etat sont attendus à l’Hôpital Principal de Dakar pour procéder à la remise solennelle de médicaments offerts par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité au Ministère de la Santé. Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc visitera, à cette occasion, le Pavillon Boufflers (Maladies infectieuses) ainsi que la Maternité de l’Hôpital. Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République souhaite la bienvenue et un agréable séjour au Sénégal à son illustre hôte.

DOSSIERS

KIOSQUE

BIENTÔT DISPONIBLE

+ POPULAIRES