« AND FALAAT MACKY SALL AK DOUDOU KA » : Du saupoudrage pour cacher un catalogue de carences dans l’exécution du FONGIP

Battu aux dernières élections locales par le maire sortant Abdoulaye Baldé, président fondateur de l’Ucs à Ziguinchor, Doudou Kâ, responsable politique de l’APR et Administrateur général du Fongip, n’a pas trouvé mieux pour rebondir que de mettre en place un mouvement de façade, celui dénommé « And Falaat Macky Sall Ak Doudou Ka ». Ce que des centaines de citoyens à travers le pays, qualifient de saupoudrage pour cacher un catalogue de carences dans l’exécution du Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP). Entre des projets qui attendent d’être financés depuis plus d’un an, des recrutements qui se font en catimini, des affectations de règlement de compte qui sont opérées, le Fonds de Garantie des Investissement Prioritaires au service de la réalisation d’ambitions politiques risque, si rien n’est fait, d’inhiber la politique de résorption du taux élevé de jeunes sans emploi, initiée par
l’Etat du Sénégal.

La récente rencontre entre le président de la République, alors en vacances, et des Directeurs généraux à Popenguine, avait toute sa raison d’être ; si l’on sait que dans certains secteurs stratégiques de développement, des responsables, investis de la mission de créer de l’emploi et de promouvoir le développement économique, social et environnemental du pays, font plus dans la politique politicienne aux fins de se maintenir à leurs postes, plutôt que de s’employer à sortir les populations de la pauvreté ambiante et de la précarité sociale dans lesquelles elles se débattent. Au rang de ces directeurs dans le collimateur de la « critique populaire », figure en bonne posture Doudou Kâ, responsable politique de l’APR et patron du Fonds de Garantie des investissements Prioritaires (FONGIP).

« Le mouvement And Falaat Macky Sall ak Doudou Kâ, de la farce pour rester dans les grâces du chef de l’Etat »

A la quête d’une certaine notoriété sur le plan politique pour espérer mériter la confiance du chef de l’Etat, Doudou Ka, alors l’Administrateur du FONGIP avec tous les moyens qu’il a investis, a été laminé par Abdoulaye Baldé maire sortant de Ziguinchor aux dernières élections locales. Pour tenter de se relever, on se le rappelle, le 22 août dernier, le mouvement « And Falaat Macky Sall ak Doudou Kâ, pour l’émergence de la Casamance » a été officiellement lancé à Ziguinchor par des maires et des responsables du Pds, de l’Ucs, de Rewmi et du mouvement Tekki, déclarait-il. Lui qui disait avoir enrôlé en plus de 23 maires de l’APR, 11 maires de l’opposition dont 06 du PDS, 02 de l’UCS, 02 autres du Rewmi et 01 du Tekki, a été vite démenti par certains élus qui n’ont apparemment pas accepté de monnayer leur dignité contre quelques billets de banque. C’est le cas de Gassama, maire de Boutoupa Camaracounda.
« Je confirme ma participation, mais je refuse de me prononcer », avait-il déclaré. Son collègue Ibrahima Diedhiou, maire d’Adéane, n’est pas passé par quatre chemins pour exprimer sa désapprobation : « j’ai commencé la politique bien avant Doudou Ka et je ne suis pas son alter ego dans ce domaine. Aussi, ne puis-je me ranger derrière lui, c’est insensé. Je ne suis pas venu à Dakar pour rencontrer Doudou Ka ou encore Abdoulaye Baldé qui est mon leader. Je suis venu pour le développement de ma commune, avec le programme d’urgence du développement local, rien d’autre », dira-t-il.
« Cette réaction en dit long sur la tentative de manipulation de l’administrateur général du FONGIP qui voulait faire croire au président de la République que les élus de la Casamance sont acquis à sa cause », a déclaré Karamba Tamba du secrétariat régional de l’UCS de Sédhiou. Poursuivant, il dira : « Comment quelqu’un qui a reçu le soutien inconditionnel du pouvoir et qui n’a pas pu battre mon secrétaire général Abdoulaye Baldé lors des dernières élections locales à Ziguinchor, peut espérer faire croire au président qu’il détient la clé de sa réélection à la prochaine présidentielle. C’est peine perdu ». Enfonçant le clou, le maire d’Oukoute à Oussouye, joint au téléphone, reconnait avoir participé à cette rencontre, mais se dit préoccupé par le développement de la Casamance et non d’une personne. Sur le même registre, Ousmane Diaité, le coordonnateur régional du Rewmi à Sédhiou, pense que
« Le mouvement And Falaat Macky Sall ak Doudou Kâ, est de la farce pour rester dans les grâces du chef de l’Etat ». Il aurait fait mieux de chercher à réaliser des performances au FONGIP au lieu de se faire de fausses illusions en politique. L’heure n’est pas à la réélection de Macky, surtout que personne ne connait pour le moment la date à laquelle la présidentielle se tiendra. Le coordonnateur régional du Rewmi n’a pas manqué de fustiger le comportement de Yaya Diao de leur formation politique qui est désormais maire néo-apériste de la commune de Samine (département de Goudomp). « Il est parti presque seul, laissant derrière des conseillers ancrés dans le Rewmi et imbus d’un certain nombre de valeurs qui obéissent à l’éthique et à la déontologie. Nous ne cherchons pas à aller brouter dans le champ d’autrui, nous prenons le soin d’entretenir le nôtre pour qu’il serve à tous et non à une poignée de
personnes », a martelé Ousmane Diaité sur un ton rageur.

Des projets en attente d’être réalisés et des garanties hypothécaires inhibent le FONGIP

Pour un projet qui entend résorber le taux élevé de chômeurs à travers le pays et qui a déjà reçu plus de 15 milliards et qui prévoit d’en recevoir 20 d’ici à 2017, il y avait de quoi espérer financer des milliers de projets. Mais, ironie du sort, après que des individuels, des associations et des groupements d’intérêt économique ont fait l’effort de rédiger des projets bancables, écrits du reste par des ingénieurs de projets, l’attente dure pour certains depuis plus d’une année, assombrissant leur avenir. « J’attire l’attention des autorités étatiques sur la nécessité de financer au plus vite les projets des jeunes de la région de Sédhiou. Ils sont nombreux à en rédiger, mais un nombre infime jouit du privilège d’être entrés dans leur fonds », a expliqué Abdoulaye Diallo du conseil régional de la jeunesse de Sédhiou. Même son de cloche dans les autres villes de la zone sud du pays.
A Kolda, la situation est plus durement vécue, surtout par les artisans. « Alors qu’on nous avait annoncé en grandes pompes que le FONGIP se porte garant pour nous permettre d’accéder aux financements sans difficultés, voici qu’aujourd’hui on réclame à nos membres une garantie hypothécaire, faite de papiers de maison et d’autres documents qui ne nous sont pas forcément accessibles », s’est désolé Abdoulaye Baldé, secrétaire général de la chambre des métiers de Kolda. De Ziguinchor à Kédougou, en passant par Sédhiou et Bignona, les femmes se plaignent. « On s’attendait même à ce qu’une discrimination positive soit faite en faveur des femmes pour leur permettre enfin d’accéder au financements par le billet du FONGIP. Mais près de deux ans après le lancement de ce fonds, on a l’impression que les femmes sont encore ignorées », a regretté Madame Biaye, coordonnatrice régionale du réseau « Siggil Jiguène
 ».

Le FONGIP, « une aubaine pour les banques, un fardeau pour les ayants droit »

Selon une étude réalisée en 2009 par le ministère chargé des PME, le gap de financement des PME est estimé à environ 500 milliards de francs CFA. L’absence de garanties suffisantes requises par les banques, est l’une des principales difficultés d’accès au crédit pour les PME (environ 51% des motifs de rejet des demandes de financement des PME). Considérant ce qui est dit précédemment, même un profane pourrait comprendre que La création du Fonds de Garantie des Investissements prioritaires a pour objet d’améliorer les conditions de financement des opérateurs économiques intervenant dans les filières prioritaires, afin d’accroitre durablement leur productivité.
Au regard de ce qui se passe sur le terrain et des informations qui sont recueillies çà et là, on peut dire que le FONGIP, un instrument destiné à l’initiative privée, devient de plus en plus un « fardeau pour les ayants droit et une aubaine pour les banques », a informé Abdourahmane Kidjéra, un économiste de formation. Dans une explication aux allures d’un cours magistral, il a relevé les manquements suivants : « Le FONGIP a commis une grave erreur en laissant le choix aux banques classiques de définir les taux d’emprunt sur des fonds qu’elles ont captés grâce à lui. C’est le laisser aller total. Pour les mutuelles évoluant dans le système financier décentralisé, elles reçoivent l’argent du FONGIP à un taux d’intérêt de 2%. A leur tour de le prêter à un taux d’intérêt ne devant pas excéder les 8% ». Monsieur Kidjéra de poursuivre : « Evidemment, nous sommes jusque-là dans la théorie. Une chose est de
mettre à la disposition des structures financières des fonds, l’autre chose est de savoir faire le suivi pour en faire profiter aux PME et aux GIE, entre autres ». Mettant fin à notre entretien téléphonique, il a invité l’administrateur général du FONGIP à être plus regardant sur ce que font les banques et les mutuelles car il dit être convaincu que ces dernières se servent des fonds pour financer des projets de leurs sociétaires avec des taux d’intérêt plus importants, au détriment des véritables cibles.
D’autres griefs non moins importantes sont imputés à Monsieur Doudou Kâ dans l’exécution du FONGIP, parmi lesquelles des voyages d’affaire très coûteux, aux allures de bamboula, et la gestion du personnel. Il lui est reproché d’opérer des affectations très fréquentes qui déstabilisent. C’est le cas à Sédhiou et à Kolda. « On ne sent plus le FONGIP sur le terrain maintenant. Devrais-je en déduire que leur élément le plus dynamique a quitté la zone sud pour animer la zone centre ? », se demande Abdoulaye Baldé, secrétaire général de la chambre des métiers de Kolda. Selon des sources concordantes, Madame Traoré, en service à la direction général du FONGIP, administrerait la zone sud à distance, au grand dam des populations. Elle serait accompagnée dans ce travail par le maire Yaya Diao qui a quitté le Rewmi pour l’APR et qui serait, aujourd’hui, agent du FONGIP basé à Ziguinchor. Des acteurs de la société
civile, au fait de cette situation, n’excluent pas d’entreprendre une sortie pour dénoncer dans le but de faire profiter au mieux les retombés de ce projet aux populations de la zone sud qui se débattent dans une précarité sociale sans précédent. A la lumière de tous ces manquements constatés dans l’administration du FONGIP, une évaluation ne s’impose-t-elle pas pour rectifier et atteindre les objectifs visés ?

Dossier réalisé par Ibrahima Diallo, correspondant à Sédhiou DIRECT INFO



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